Affaire Altrad : Placé en garde à vue, Bernard Laporte se défend dans une lettre

Affaire Altrad : Placé en garde à vue, Bernard Laporte se défend dans une lettre©Media365

Aurélien CANOT, publié le mardi 22 septembre 2020 à 15h25

Bernard Laporte, Mohed Altrad, Serge Simon, Nicolas Hourquet et Claude Atcher ont été placés en garde à vue à Paris ce mardi midi. Le président de la FFR dénonce une « tentative de putsch » dans une lettre adressée aux clubs.



L'étau se resserre autour de Bernard Laporte et de Mohed Altrad. Les deux hommes ont été placés en garde à vue ce mardi midi à Paris dans le cadre de l'affaire Altrad, a annoncé le Parquet National financier. Le président de la Fédération française de rugby (FFR) et le président du club de Montpellier ne sont pas les seuls dans ce cas, puisqu'ont également été placés en garde à vue trois autres personnes : le vice-président de la FFR Serge Simon, le responsable des relations internationales au sein de l'instance fédérale Claude Atcher ainsi que Nicolas Hourquet, en charge lui des relations internationales de la FFR. Pour être entendu sur ses liens avec Mohed Altrad dans le cadre de cette affaire de conflits d'intérêts avec le groupe présidé par l'homme fort du MHR et également sponsor du XV de France - une affaire qui avait déjà pollué la campagne de Laporte - le patron des Bleus avait été convoqué mardi matin tôt par la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE), à qui le parquet national financier avait confié l'enquête préliminaire, ouverte en 2017.

A dix jours des élections, le timing est mal choisi pour Laporte...

En cause : des pressions supposées de Laporte auprès de la Commission d'appel de la FFR pour réduire en juin de cette même année 2017 des sanctions (de 70 000 à 20 000 euros, et sans match à huis clos, comme décidé dans un premier temps) prononcées précisément contre le club de Montpellier, déjà propriété à l'époque de l'hommes d'affaires franco-iranien appelé à devenir deux ans plus tard le sponsor des Bleus. Le rapport des inspecteurs généraux du Ministère des Sports faisait également état de l'existence là aussi présumée d'un contrat à hauteur de 150 000 euros de prestations d'image entre la société BL Communication, dont le gérant n'est autre que Laporte, et Altrad Investment Authority, contrat finalement abandonné par l'ancien sélectionneur du XV de France et ex-manager du RC Toulon, à en croire le JDD. A noter que cette garde à vue intervient à dix jours des élections à la présidence de la FFR, qui verra l'ancien Secrétaire d'Etat aux sports entre 2007 et 2009 briguer un second mandat. En attendant, celui qui aura comme principal opposant Florian Grill, se trouve dans la tourmente. Pour se défendre, l'intéressé a fait parvenir une longue lettre aux clubs. La voici :

Chers amis,

A 10 jours d'une échéance capitale pour notre Fédération, une campagne coordonnée de déstabilisation s'abat sur le rugby français. C'est une véritable tentative de putsch dont la motivation des auteurs ne fait aucun doute. Tout ceci participe d'une véritable stratégie électoraliste assez nauséabonde. À l'heure où je vous écris, je serai auditionné ce mardi 22 septembre dans le cadre d'une enquête préliminaire de ce que d'aucuns ont qualifié d'« affaire ALTRAD ». C'est une étape logique et normale, issue d'une procédure qui fût entamée, il y a près de 3 ans et pour laquelle j'ai hâte de m'exprimer. Je souhaite vous préciser que c'est une enquête préliminaire et qu'à ce titre, qu'il n'y avait objectivement plus aucun caractère d'urgence à m'entendre avant l'élection.

Devant les risques d'interférence sur le processus électoral et sur la sincérité du scrutin, nous avions demandé un report de quelques jours au Procureur du PNF en charge de cette enquête. Cela nous a été refusé à plusieurs reprises avec comme seule explication, celle de difficultés d'organisation calendaire. Dans cette conjonction des calendriers, je ne puis y voir qu'un dessein. La campagne de presse autour de cette convocation va être savamment orchestrée pour faire un mauvais buzz dans les médias. C'est écrit.

Ce tribunal médiatique a un seul objectif : me présenter à vos yeux comme coupable sans possibilité de me défendre et en faisant fi de la présomption d'innocence, droit fondamental nous protégeant toutes et tous. Je ne suis d'ailleurs pas mis en cause par la justice et j'ignore encore à ce jour tout de ses investigations. Dans le cadre d'une enquête préliminaire, personne n'a accès au dossier. Je suis très respectueux du travail de la justice et je réclame depuis des mois que ce dossier soit mené à terme au plus vite. Mais la méthode est révoltante. Les nombreux refus du Procureur concernant le report de cette audition sont indignes de la justice d'un pays comme la France. Lorsque la justice se mêle à la politique, les deux se fragilisent. Je vais affronter cette épreuve avec force et sérénité. Je n'ai dans ce dossier dont j'ignore tout du contenu, aucune responsabilité.

Je n'ai rien à me reprocher. Au contraire j'ai tout mis en œuvre pour faire gagner le Rugby que nous aimons. Ce Rugby amateur qui était resté le parent-pauvre des plusieurs décennies de léthargie d'une Fédération qui ne réformait plus, trop occupée à capitaliser pour bâtir un stade pharaonique et ruineux. Je dérange car j'ai réussi, avec vous. Je dérange le monde professionnel, que j'ai obligé à contribuer solidairement au monde amateur, et qui aimerait beaucoup me voir chuter au profit d'une équipe plus malléable pour ne pas dire servile.

Il est évident que je suis en colère. Non pas pour moi, car je n'ai rien à me reprocher, mais pour vous dirigeants de Clubs bénévoles. On tente par des moyens incroyables de vous voler cette élection, de vous dérober votre vote pour lequel je me suis battu. Ce calendrier est révoltant et indigne du fonctionnement d'une démocratie éclairée. Je le dis haut et fort : nous allons nous battre, résister, et nous révolter.

Meeting après meeting, sondage après sondage, je vous sais derrière moi, derrière mon bilan et celui de mon équipe. Je ne laisserai pas ces basses manœuvres voler votre scrutin. Je vous appelle à voter pour un avenir juste, où l'argent généré par le rugby professionnel revienne aux bénévoles. Je vous appelle à voter pour que vous les clubs puissiez décider souverainement de l'avenir de leur sport, et cela sans subir les déstabilisations procédurières, les pressions médiatiques ou politiciennes. Je vous appelle à voter pour une fédération française de Rugby forte, indépendante, au service exclusif de ses clubs, comme je le suis depuis quatre ans. Vous voulez comme moi, une fédération puissante, défendant ses Clubs amateurs forts et ses XV de France rayonnants et performants.

A ceux qui ont d'autres desseins,

A ceux qui pensent pouvoir abandonner les Clubs amateurs à leur sort,

A ceux qui pensent que le XV de France n'est pas important,

Ceux-là me trouveront toujours sur leur chemin et ils devront répondre de leurs actes.

Je suis plus que jamais déterminé à défendre cet idéal. Nous devons nous battre et résister.

Le 3 octobre à midi, ce sera une nouvelle page de victoires pour le rugby français qui va s'écrire, car notre équipe va l'emporter. L'avenir est prometteur. Je compte sur vous autant que vous pouvez compter sur moi.

Votre Président, Bernard LAPORTE

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