Clarey : " C'est le couronnement de ma carrière ! "

Clarey : " C'est le couronnement de ma carrière ! "©Panoramic, Media365

Aurélien CANOT, Media365, publié le vendredi 11 février 2022 à 13h29

De passage vendredi dans nos locaux, le si sympathique Johan Clarey, devenu à 41 ans le 7 février dernier à Pékin le médaillé olympique le plus âgé en décrochant l'argent sur la descente, revient sur une performance à laquelle il avoue qu'il n'aurait même pas osé rêver sachant qu'il aurait très bien pu prendre sa retraite il y a quelques années et ne pensait pas disputer ces Jeux. Mais de retraite, il n'en est plus forcément question désormais pour le héros, pas forcément fermé à en reprendre pour une année supplémentaire. Même s'il n'a pas encore pris sa décision.

Johan Clarey, avec quelques jours de recul, réalisez-vous ce que vous avez réussi sur cette descente des Jeux de Pékin ?
Oui, je commence à réaliser depuis que je suis sorti de la bulle olympique. Je suis rentré hier soir (jeudi soir) en France et là-bas, on est vraiment dans une bulle. On n'a pas de rapport avec l'extérieur, on a bien sûr le téléphone avec les réseaux sociaux, les médias et tout ça. Mais on est entre athlètes. Là, je commence à réaliser petit à petit avec les journées que je fais : les interviews, les plateaux télé... Ca dépasse un peu le cadre du sport que j'ai habituellement et c'est là que je vois que les Jeux Olympiques, c'est vraiment quelque chose.

Qu'est-ce que représente cette médaille d'argent pour vous ?
Un accomplissement. C'est le couronnement de ma carrière. Avant ça, j'avais toujours l'impression qu'il me manquait quelque chose. Et là, depuis que j'ai ça... Si demain, on me disait : « Tu arrêtes ta carrière », je dirais ok, car j'ai fait un peu ce que je voulais, donc pas de souci.

Elle aurait pu s'arrêter bien avant votre carrière...
Oh oui, plein de fois ! Honnêtement, à 34 ans, 35 ans, j'aurais pu m'arrêter, mais j'avais quelque chose qui me disait au fond de moi que je n'étais pas allé au bout de moi-même, ni au bout des choses. Je vivais de saison en saison, je pouvais m'arrêter chaque saison. Et, finalement, je ne me suis pas donné d'horizon lointain. Et c'est peut-être aussi ce qui a fait que j'ai été performant ensuite et que j'ai eu moins de pression.

Laisser une telle trace dans l'histoire des Jeux, c'est quand même assez grandiose...
Oui, et aussi dans l'histoire de mon sport, et ça, ça fait toujours quelque chose, parce que je n'ai pas eu la carrière d'un immense champion. Mais je vais laisser une trace au moins, et ça, c'est cool. Parce que les Jeux Olympiques, c'est quand même autre chose que tout le reste.

Vous êtes devenu à 41 ans le médaillé olympique le plus âgé de l'histoire. N'êtes-vous pas agacé de voir votre âge revenir constamment sur la table à force ?
Non, pas du tout. C'est presque une fierté. Ce n'est pas une médaille que j'ai acquise à 20 ans, sur un talent qui m'est tombé dessus comme ça. C'est une médaille que j'ai eue avec beaucoup de patience, d'abnégation et de travail. Je suis allé la chercher avec tout ce que j'ai pu avoir comme galères. Et j'en suis fier, du coup. Donc l'âge, c'est plutôt une fierté. C'est plus difficile d'avoir une médaille à 41 ans qu'une médaille à 20 ans avec tout le talent du monde. Je n'ai aucun problème à ce que l'on m'en parle et je prends ça avec beaucoup de plaisir (il sourit).

« Pour moi, les Jeux Olympiques, je n'y allais pas  »

D'autant plus de plaisir encore peut-être que vous semblez n'avoir jamais été aussi fort qu'aujourd'hui ?
Oui, je n'ai pas fait un exploit d'un jour en étant tombé de nulle part. Quand je me pointe au départ, je suis quand même sixième mondial, j'ai fait dix podiums en Coupe du monde, j'ai été vice-champion du monde deux ans avant, je ne viens pas de nulle part. Je n'étais pas dans les favoris, évidemment, mais j'étais dans les outsiders qui pouvaient le faire. C'est pour ça que je dis que c'est un accomplissement mais aussi le couronnement d'une carrière. Car je n'arrive pas de nulle part, j'arrive après une carrière qui n'était pas dégueulasse non plus (sic). C'est important aussi.

On ne s'attendait pas non plus à ce que vous soyez le héros de cette équipe de France de ski alpin qui accumule les déceptions sur ces Jeux jusqu'à maintenant ?
J'espère vivement que je ne vais pas être le seul médaillé français en ski alpin et que mes potes vont réussir à ramener des choses. On a encore de belles chances avec le géant, le slalom, les courses dames en vitesse. J'espère vraiment qu'ils vont réussir à ramener des choses. Je leur souhaite de tout mon cœur. Je me suis dit que je lançais bien les choses et que ça lançait super bien la quinzaine olympique et que ça leur enlèverait peut-être un peu de pression aussi. Parce que souvent, les slalomeurs, quand arrive le dernier jour de compétition et qu'ils n'ont pas eu de médaille en ski alpin, ils ont beaucoup de pression. Là, ils vont être un peu plus relax. J'espère que ça va les aider à ce niveau-là. Je leur souhaite vraiment de faire des médailles et j'espère que l'on sera plusieurs.

Le dixième qui vous prive de la médaille d'or vous reste-t-il néanmoins en travers de la gorge, à vous le compétiteur de tous les instants ?
Pour l'instant, non. Pour moi, l'objectif, c'était de repartir avec quelque chose autour du cou, ça, ça a été atteint, donc j'en profite. Après, c'est sûr que ces dix centièmes, quand je vais y repenser... Après, c'est aussi l'histoire de notre sport. C'est toujours à coup de centièmes. Parfois, tu les as pour toi, parfois, tu les as contre. Ça se joue tellement à rien. En plus, c'est Beat Feuz, le plus grand descendeur de ces quatre dernières années. Si ça avait été un inconnu, je l'aurais peut-être eu plus en travers, mais vu que c'est lui, ça va, ça passe.

Quelle analyse faites-vous de votre descente ce jour-là ?
Honnêtement, je n'ai rien à me reprocher. Dans le choix de mon matériel comme dans tout ce que j'ai fait ce jour-là. Il y a toujours des petits centièmes, personne ne fait une course parfaite, mais je n'ai pas été loin de faire tout ce que je voulais faire. Au niveau des trajectoires, de la prise de risques, de l'engagement... J'ai fait très peu de fautes, donc, non, je n'ai rien à me reprocher. Si j'avais fait une course avec une grosse faute, j'aurais vraiment eu les boules. Là, ce n'est pas le cas, donc pas de regret.

Le vent et cette neige artificielle ont-ils été difficile à appréhender ?
Ca avait été difficile en début de semaine. On a eu beaucoup de problèmes, de grosses journées très venteuses. On s'est même dit que ça allait être difficile de courir, avec ce froid et cette neige très difficile à skier. Et bizarrement, le jour de la descente, ça a été parfait. Il y avait très peu de vent, les conditions étaient très régulières, il faisait presque chaud, à -10°C, mais il faisait chaud pour nous. C'était plutôt pas mal. Dans les huit premiers, il y avait les sept meilleurs mondiaux, donc ça prouve que c'était une course très régulière. Et ça donne un peu plus de valeur à la médaille encore.

« Ce que je vais faire ? C'est vraiment du cinquante-cinquante »

Si on vous avait dit que vous seriez là à raconter comment vous avez obtenu la médaille d'argent des Jeux de Pékin, à 41 ans, vous ne l'auriez pas cru ?
Non, jamais. Si on m'avait dit ça il y a six ans... Incroyable ! Déjà d'être présent à Pékin... Il y a trois ans, il y avait eu les essais pour les vêtements des Jeux Olympiques, et on m'avait presque forcé à y aller, car, pour moi, les Jeux Olympiques, je n'y allais pas. J'ai essayé ces vêtements, mais j'ai fait ça en cinq minutes, vite fait, en me disant que de toute façon, je ne serais pas aux Jeux, donc ça ne servait à rien. Et je me retrouve vice-champion olympique à ces Jeux. Le destin est parfois bizarre.

Le talent, vous l'avez toujours eu. En revanche, pour ce qui est de la chance...
Oui, je me suis beaucoup blessé. Dans ma carrière, j'ai connu 90% de mauvais moments pour 10% de bons. Bon, les bons étaient superbes et ça valait le coup, mais j'ai surtout passé beaucoup de temps dans les centres de rééducation ou dans les hôpitaux à essayer de reconstruire un corps bien cabossé. Et puis à partir de 31 ans, 32 ans, j'ai arrêté de me blesser et c'est là que j'ai commencé à construire quelque chose de bien. C'est mon histoire. Elle est particulière, mais c'est ce qui fait aussi qu'elle est belle.

Elle est belle et elle ne peut pas s'arrêter maintenant...
(Il rit) C'est vraiment un double discours, et c'est aussi ce que j'ai dans ma tête. Une partie de moi me dit que si j'arrête là-dessus, c'est magnifique, parce que c'est super, que j'arrêterais sur un truc qui est beau et entier. Parce que l'on fait un sport dangereux quand même, c'est aussi à prendre en compte. « Tu es entier, tu n'es pas blessé et tu finis sur un super beau truc ». Et il y a une autre partie qui me dit : « Pourquoi tu n'essayerais pas de faire ça encore une année, au moins ? » Il y a les Championnats du monde en France l'année prochaine, ça peut être un bel objectif aussi. Donc je suis vraiment partagé. C'est du cinquante-cinquante pour savoir ce que je vais faire. Là, je suis à chaud après les Jeux. C'est quand même récent. Il faut que je prenne un peu de temps, de calme et que je discute avec mon entourage pour savoir ce que je vais faire.

Si vous en restiez-là, ne craignez-vous pas de ressentir un immense manque ?
Ah si ! C'est sûr. Je suis content de faire quelques courses en fin de saison pour pouvoir continuer là-dedans et continuer sur l'enthousiasme. Mais c'est sûr que j'ai peur d'avoir des regrets et que cet immense manque vienne trop rapidement. C'est pour ça qu'il faut que je réfléchisse. Ma carrière n'a fait que monter depuis six ans. Là, je termine pratiquement au sommet de ce que je peux faire. Bon, si j'avais eu l'or olympique, ça aurait été encore plus fantastique. Je ne suis pas loin d'avoir fait tout ce que je voulais faire et ce que j'avais à faire, et je ressens vraiment un sentiment d'apaisement que je n'avais pas eu avant. Là, je l'ai.

Avez-vous eu le temps de suivre d'autres épreuves de ces Jeux ?
Dans le village olympique où on était, il y avait le ski alpin et le bobsleigh, donc je suis un peu allé voir le bobsleigh, c'était top ! Voir les installations, tout ça, c'était assez incroyable ! Le biathlon, c'était un peu loin, mais on suivait à la télé tous les jours.

Vous n'avez donc rien manqué de la performance de Quentin Fillon Maillet ?
Non, mais en biathlon, j'en étais sûr ! C'est une équipe tellement forte ! Quentin est en train de faire une razzia. Et maintenant qu'il a eu la médaille d'or, il va être assez relaxé et peut rentrer avec six médailles, c'est possible. Ce serait un exploit monumental.

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