Ultra-trail - Défi Sport Planète/Thévenard : "J'en ressors grandi"

Ultra-trail - Défi Sport Planète/Thévenard : "J'en ressors grandi"©Jean-Louis Carli/MAIF, Media365

Aurélien CANOT, Media365, publié le mardi 25 octobre 2022 à 16h02

Xavier Thévenard s'est lancé un défi inédit avec son partenaire MAIF : parcourir 250 km dans des corridors verts autour de Paris pour sensibiliser les jeunes à l'écoresponsabilité. Arrivé vendredi dernier après 48h de parcours, le Jurassien revient pour nous sur cette expérience inédite qui lui a permis de véhiculer des messages fondamentaux sur la protection de l'environnement.



Xavier Thévenard, vous venez de réaliser la "Trace Sport Planète», 250 kilomètres autour de Paris dans des corridors écologiques. Quel est votre ressenti après un tel défi ?
C'est déjà un sentiment d'accomplissement. 250km dans un environnement qui n'est pas le mien, en alternant course à pied, vélo, kayak, c'est une vraie aventure en soi et j'en ressors grandi. Nous avons vu des choses assez troublantes et quelques bonnes surprises. En Île-de-France, il y a de nombreux endroits protégés et remplis de biodiversité, c'est évidemment positif. Mais, en se rapprochant de la ville, l'impact de l'homme était assez important et visible avec la monoculture des grands champs, les passages incessants des avions, les pesticides et même les décharges sauvages. Le comportement de l'être humain sur le non-respect de la nature pose vraiment question. La nature nous fait vivre, il faut la respecter.

L'objectif était de sensibiliser les jeunes à l'écoresponsabilité et à l'environnement tout au long du parcours. Quelles sont les questions qui sont le plus revenues ?
Généralement, c'était en lien avec ma pratique et ma perception du sport, mais aussi beaucoup sur mes engagements écologiques comme mon choix de ne plus prendre l'avion. Nous avons parlé d'empreinte carbone, de dérèglement climatique et de tout ce qui risque de se passer ces prochaines années. Les échanges avec les jeunes générations sont importants pour leur faire prendre conscience de tout ça. Et MAIF l'a bien compris en me proposant de rencontrer des jeunes publics pendant le parcours.

« Un aller retour Paris - New York en avion remplit déjà le quota de l'année »

Et avec les traileurs, vous parlez de vos convictions communes ?
Oui c'est un sujet récurrent. Je pense que la sensibilisation à ces enjeux est plus élevée chez les ultra-traileurs car nous évoluons dans un sport en contact direct avec la nature. Ensuite ce que nous voulons, c'est amener un ordre de grandeur. Aujourd'hui un nombre important de personnes réalisent les bons gestes en se déplaçant en vélo, en consommant moins de viande ou en triant ses déchets, mais ce n'est pas suffisant. Beaucoup de comportements permettent de faire baisser son empreinte carbone, contribuer à l'intérêt général et préserver la bonne santé de toutes les espèces dans le monde.

Comment en êtes-vous arrivé à ce choix de ne plus prendre l'avion ?
En grandissant, à force de lecture et de documentation, j'ai compris beaucoup de choses sur le dérèglement climatique. On en observe déjà les conséquences et l'effondrement de la biodiversité qui permet de nous nourrir. Je n'ai pas le droit de détériorer un environnement qui me procure du bonheur et que j'aime contempler. Prendre l'avion pour aller à l'étranger c'est hyper délétère pour l'environnement. Il faut simplement respecter les accords de Paris : nous devons tous être à 2 tonnes de CO2 par personne et par an pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Un aller-retour Paris-New York représente 2,5 tonnes, donc le quota est déjà plus qu'entamé....

Prendre soin de la planète semble presque inné chez vous. Comment avez-vous été sensibilisé à cette cause ?Assez naturellement... Quand tes souvenirs d'enfant sont d'aller jouer dehors ou cueillir des champignons en plein massif jurassien, tu t'attaches à ces images et cet univers intact. Ces odeurs ou lumières m'ont suivi tout au long de ma vie d'adulte, avec une volonté logique de protéger cet environnement qui m'a procuré énormément de bonheur plus jeune. En grandissant, on prend ensuite conscience du fonctionnement de notre société, et des décalages apparaissent entre notre mode de vie et le milieu naturel dans lequel nous évoluons.

« Les biens matériels ne valent pas grand chose face à la force des relations humaines !"

Que signifie avoir un comportement écoresponsable exemplaire ?
Personne n'est irréprochable, moi le premier. Je consomme environ 4 tonnes de CO2 par an alors que l'objectif pour 2050 est de 2 tonnes. J'essaye de mettre le maximum de choses en place pour réduire mon empreinte carbone. Je tente aussi de me servir aussi de ma petite notoriété dans le milieu du trail pour prêcher la bonne parole, avec le soutien de partenaires comme MAIF, très engagé avec le mouvement Sport Planète. Il faut donc réussir à inverser la tendance car l'être humain fonctionne beaucoup par mimétisme, nous avons toujours voulu faire comme le copain ou le grand frère. Si nous arrivons à réinventer un imaginaire, ça fera effet boule de neige : rouler en SUV dans Paris sera ringard et s'occuper de son jardin à la mode !

Comment voyez-vous l'avenir et plus précisément celui du sport ? L'heure est-elle à l'optimisme ?
C'est une bonne question car les scientifiques ne cessent de nous alerter sur les conséquences du dérèglement climatique et celles d'un futur à +2 degrés, que nous allons atteindre si nous ne changeons rien. Nous aurons alors à mon sens d'autres préoccupations que celle de vouloir faire du sport. Nous serons focalisés sur nos besoins primaires : se loger, se nourrir, se soigner. Je ne sais pas quelle place aura le sport là-dedans. Les activités sportives seront peut-être celles de reconstruire son logement, jardiner ou être obligé de faire ses déplacements à pied. Je suis de nature optimiste, et je trouve que l'avenir est excitant dans le sens où nous avons tous un défi à relever. Ne plus avoir de besoins superficiels ne signifie pas que nous allons être malheureux. Jadis, les gens se déplaçaient à pied, cultivaient la terre, le tout dans le partage et l'entraide. Pour moi les biens matériels ne valent pas grand chose face à la force des relations humaines.

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