Tulett : "Tout le monde me chambre, évidemment"

Tulett : "Tout le monde me chambre, évidemment"©Panoramic, Media365
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Thomas Siniecki, Media365 : publié le mercredi 07 décembre 2022 à 15h00

A l'approche de France - Angleterre, difficile de trouver un trait d'union plus évident entre nos deux footballs que Darren Tulett, notre confrère de beIN SPORTS. Toujours aussi sémillant à 57 ans, il vit dans l'Hexagone depuis 1988.



Darren, quelle joie ! Ce sera France - Angleterre !
C'est toujours rigolo. Evidemment, tout le monde me chambre et a envie de me taquiner, surtout mes collègues à beIN SPORTS... Tous sont venus dès dimanche soir pour me dire de me préparer à faire mes valises, car la Coupe du Monde allait se terminer samedi (sourire). Mais ça fait partie de votre petite arrogance française... On sait très bien que vous n'y croyez pas vraiment, certains disent surtout que le plus terrible serait de se faire sortir par les Anglais ! C'est l'hôpital qui se fout de la charité, les deux sont aussi mauvais l'un que l'autre sur ce sujet. Au vu de nos passés respectifs, on sera tous très chauvins le jour du match, les deux sont convaincus de la victoire.

Pourtant, il y a eu très peu de France - Angleterre...
C'est dingue, ce sera le premier match à élimination directe ! On a l'impression qu'il y en a eu assez souvent, mais non... Nous, on préfère quand c'est en Coupe du Monde, on avait gagné 3-1 en 1982 et 2-0 en 1966. L'Europe, on en est déjà sortis, ce n'est pas la même histoire d'amour. Notre progression est linéaire, la logique voudrait qu'on aille plus loin et qu'on gagne, mais il faut aussi être réalistes : notre seule victoire, c'était en 1966. On souffre depuis des lustres. On a rarement été au niveau, et lorsqu'on a été bons, on n'a pas eu de chance face à la triche de Diego Maradona, par exemple.

"De parfaits inconnus me disent que je les ai un peu réconciliés avec l'Angleterre"

Vous étiez au stade lors de la fameuse victoire des Bleus 2-1 à l'Euro 2004, au Portugal...
Mon téléphone a failli exploser, vu le nombre d'amis français qui voulaient partager ça... en se foutant de ma gueule ! C'était assez remarquable, mais c'est normal de chambrer et c'était un super souvenir. C'était n'importe quoi, on avait dominé et même dans 95% des tribunes, puis il y a eu ces deux buts de Zinedine Zidane tout au bout. Les quelques supporters français se sont réveillés et se sont mis à chanter. C'était ma deuxième année dans L'Equipe du Dimanche sur Canal+, c'était terrible car les Français commençaient à me reconnaître. Quand je suis descendu pour la conférence de presse de Jacques Santini, il n'y avait pas de traducteur et il m'a demandé si je pouvais officier. Le supplice ! Et puis en zone mixte, ensuite, chaque joueur est venu me taper dans la main pour me dire 'Good game'... Mais moi, si l'Angleterre perd, je ne le vis pas avec intensité comme vous. Peut-être parce que j'y suis habitué depuis longtemps (sourire) ! Je joue le jeu, je suis chauvin pour énerver, mais en vrai je hausse les épaules et je passe à autre chose. Sinon, je ne serais plus là depuis longtemps, je suis quand même un Anglais qui vit en France depuis 30 ans !

Mais il y a effectivement cette différence fondamentale : on gagne, et pas vous ! Au moins, vous avez deux pays à supporter.
Les Français de 30 ou 40 ans ont vu leur équipe être championne du monde deux fois. En Angleterre, 75% du pays n'a rien vu du tout ! Si on gagne, ce serait chouette pour moi, mais ce ne serait pas une bonne idée pour mon job (sourire) ! L'Euro 2016 en France était formidable, avec les émissions en public, des consultants et des moments fabuleux... Il y a quatre ans, prendre l'antenne en disant que la France est championne du monde, c'était aussi incroyable. Si les Bleus vont encore plus loin, on vivra à nouveau ces moments. S'ils se font sortir par l'Angleterre, plus personne ne voudra être là, on ne verra plus que moi (rires) ! Bon, il faut être sérieux, je suis anglais quand même ! Oui, je paie mes impôts en France depuis 30 ans, mais il y a ces petites lignes bêtes qui s'appellent des frontières. D'ailleurs, je suis aussi un quart gallois... Mais si la France gagne, c'est vrai, tout ne sera pas perdu. Je transférerai mon soutien, d'autant que je connais les joueurs français et pas les Anglais.


A l'inverse, on imagine que nos confrères anglais vous sollicitent aussi, vous allez passer une semaine chargée ! Etes-vous fier d'être ce symbole sportif entre les deux pays ?
Oui, c'est très sympa et assez rigolo, après toutes ces années, d'être un ambassadeur de mon pays après 20 ans de télévision en France. C'est fou, dans un premier temps je n'étais que le petit Anglais rigolo qui parlait de Premier League, et 20 ans plus tard je suis encore là... Je me pince, c'est dingue, personne ne m'a dit 'Allez ça suffit Darren, la blague a assez duré, rentre chez toi.' C'est une petite fierté, je suis Darren d'Angleterre et j'espère donner une belle image. Parfois, de parfaits inconnus me disent qu'ils me connaissent depuis longtemps et que je les ai un peu réconciliés avec l'Angleterre, c'est très touchant. On pourrait me donner une chambre à l'ambassade ! Pour le moment, je dois me contenter du tennis dans les jardins (sourire)... Pour la BBC, je suis celui qui est de l'autre côté, celui qui connaît la France et qui peut dire des choses, je suis l'espion au service de sa Majesté ! Chez vous, il y a Julien Laurens qui est marié à une Anglaise et travaille dans les médias, ainsi que Philippe Auclair qui connaît extrêmement bien notre culture depuis très longtemps. On a échangé les rôles !

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