Ferro, la bonne planque

Ferro, la bonne planque©Media365
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Thomas Siniecki, publié le lundi 05 octobre 2020 à 14h00

Emmanuel Planque, devenu l'entraîneur de Fiona Ferro il y a moins d'un an, est partie prenante de la transformation de la joueuse française, qui défie lundi Sofia Kenin en huitièmes de finale de Roland-Garros.



Fiona Ferro n'a de timides que ses airs. Déjà, elle l'est de moins en moins, comme elle l'a prouvé en gardant le micro samedi soir sur le court Philippe-Chatrier afin de remercier d'elle-même les spectateurs. Et dans sa gestion de carrière, c'est aussi déterminé que sur le court. En fin d'année dernière, elle a décidé de contacter Emmanuel Planque, l'ancien entraîneur de Corentin Moutet et surtout de Lucas Pouille : "Elle m'a téléphoné pour qu'on aille boire un café. J'étais assez surpris, on ne s'était jamais parlé. Elle m'a exposé un peu son plan, son projet. Elle m'a demandé de devenir son coach. J'étais extrêmement surpris, on ne peut pas dire que j'ai de sérieuses références sur le tennis féminin... Elle était très claire, le projet semblait très cohérent. Je lui ai simplement demandé de pouvoir réfléchir."

"Depuis que je travaille avec lui, je me suis professionnalisée sur pas mal de points, confirme la nouvelle coqueluche du tennis féminin français. Que ce soit l'alimentation, la récupération, la façon de jouer, plein de petits trucs comme ça. J'étais surprise qu'il ne soit pas parti directement du box samedi quand j'ai gagné, puisque c'est ce qu'il fait habituellement. Du coup, je l'ai regardé : il m'avait juste dit de mettre ma veste." Evidemment, ce n'est pas pour ça que Ferro est allée chercher Planque, mais bien pour faire passer un cap à son jeu.

Planque : "C'est très touchant, j'ai une vraie responsabilité"

Ce dernier, découvrant donc le circuit WTA, apporte son expérience et sa confiance : "Pourquoi elle ne pourrait pas gagner le prochain match ? Si vous avez une réponse, je veux bien. Modestement, on va essayer de se préparer avec beaucoup d'ambition, sans pour autant manquer d'humilité et de respect à qui que ce soit." Depuis quelques mois, Planque est forcément conforté par le projet qu'il a accepté : "Elle sait que rien n'est impossible sur le plan des progrès, mais que ça passe naturellement et nécessairement par du travail. Elle prend plaisir à beaucoup travailler, elle s'investit beaucoup, elle est très curieuse. On ne s'interdit rien sur le plan technique. On a envie, chaque jour, d'enrichir son bagage. Je suis assez content de la voir jouer des amorties, des coups touchés, des chips, des volées."

Alors qu'il ne l'imaginait pas forcément au départ, Planque s'épanouit déjà, lui aussi, dans ce début - idyllique - d'expérience : "La chose dont je suis le plus fier, c'est ce rapport basé sur le respect et la confiance, au-delà même des résultats. Les choses sont au bon endroit, et je trouve ça très, très riche. C'est un bon signal à envoyer aux parents : oui, quand vous envoyez vos gamins ou gamines dans un club de sport, ils peuvent aussi faire de superbes rencontres, et il y a de super éducateurs qui vont leur permettre de vivre des moments géniaux, dans une forme d'équilibre affectif riche. En réalité, elle m'apprend autant de choses que je lui en apprends. Je ne sais même pas si je lui en apprends, finalement... C'est assez nouveau pour moi, cette relation affective et professionnelle avec une fille."


Avant Pouille et Moutet, Planque avait aussi travaillé avec Michaël Llodra : "Pour moi, c'est très différent des quêtes des garçons. Les filles sont en quête de progrès, de dépassement. J'ai le sentiment qu'elles mettent beaucoup d'elles-mêmes dans le travail, je trouve que c'est très touchant. J'ai une vraie responsabilité. Et je suis prêt à quitter ma famille dix ou onze mois par an, je n'ai pas de problème avec ça, mais j'ai besoin de sens. J'ai besoin de savoir pourquoi je le fais." Pouille n'avait jamais atteint les huitièmes de finale à Roland-Garros. Alors oui, aux yeux de Planque, ça doit faire sens.

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