Aït-Saïd : "Je vais finir en beauté !"

Aït-Saïd : "Je vais finir en beauté !"©Media365
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Aurélien CANOT, Media365, publié le lundi 27 septembre 2021 à 10h55

Au même titre que d'autres héros des Jeux de Tokyo, Samir Aït-Saïd a eu le plaisir la semaine dernière dans le cadre du dispositif mis en place par BNP Paribas lors du tournoi de Metz de commenter un match de tennis (Monfils-Kohlschreiber) sur la plateforme We Are Tennis. Le gymnaste revient pour nous sur ses débuts au micro. Le porte-drapeau de la délégation française au Japon se replonge également sur ces Jeux qui ne lui ont pas laissé que de bons souvenirs.


Porte-drapeau remarqué de la délégation française lors des Jeux de Tokyo, quatrième des anneaux malgré une terrible blessure et à trois ans de Paris 2024, où il a déjà prévu de prendre sa revanche et d'enfin décrocher sa première médaille d'or olympique, Samir Aït-Saïd a vécu une expérience plus particulière encore en fin de semaine dernière. Dans la continuité du dispositif mis en place lors des tournois de Marseille et de Lyon, plus tôt cette saison, BNP Paribas a en effet de nouveau permis à des champions pas forcément habitués de l'exercice de commenter un match de tennis, à l'occasion du tournoi de Metz remporté par le Polonais Hubert Hurkacz. Le gymnase a donc pu se tester au micro aux côtés de Charlotte Gabas sur la plateforme We Are Tennis. Le Francilien, qui a de surcroît eu le privilège de se tester sur un match du numéro 1 français Gaël Monfils (contre l'Allemand Philip Kohlschreiber), revient pour nous sur ses débuts de commentateur. Un baptême du feu qu'il a adoré, et qu'il revivrait bien volontiers. En exclusivité pour notre site, Aït-Saïd se replonge dans ces JO de Tokyo cruels pour lui, même s'il gardera à tout jamais ces Jeux dans sa mémoire.

Samir Aït-Saïd, comment s'est passée votre première expérience de commentateur ?
C'était assez marrant parce que je suis pas un grand connaisseur de tennis, donc ça m'a permis d'apprendre plein de choses. Déjà, je suis content que notre Français ait gagné (Gaël Monfils s'est imposé 7-6,6-4). Je lui ai porté chance (rires). C'est vrai que l'Allemand était coriace, il était sérieux et il ne lâchait rien. Ce sont deux joueurs qui se connaissent par coeur, donc ça a été cool de commenter ça. Et le fait que Charlotte (Gabas) explique aussi de temps en temps, franchement c'était très intéressant.

Quel est le plus dur dans l'exercice de commentateur ?
De ne pas bien connaître le tennis (rires). Mais je me suis excusé auprès des internautes avant même de commencer. Le plus dur, c'est de ne pas forcément tout connaître. En face, il y a des connaisseurs, des pros, des fans de tennis. Moi, je suis toujours ouvert à l'apprentissage. Je suis quelqu'un qui aime découvrir et apprendre des autres, donc ça a été une opportunité pour moi de découvrir ce milieu-là du tennis. Même si je m'y connais un petit peu, parce que je suis déjà allé plusieurs fois à Roland-Garros. Mais d'un point de vue externe, c'est intéressant. Merci à BNP Paribas pour ce moment, ça a été très agréable. Maintenant, je suis un connaisseur à fond du tennis, je suis chaud, ça y est. Je vais remplacer Marc Maury (rires).

Pratiquez-vous le tennis de temps en temps ?
Pas du tout. La seule fois où j'ai tapé la balle, c'était avec Djokovic à Roland-Garros, et c'était assez drôle parce que je ne touchais pas la balle.

Djokovic, rien que ça ?
Oui, j'avais été invité en 2016 par Roland-Garros ou adidas, je ne me rappelle plus, et on avait eu une rencontre entre sportifs. J'étais allé sur  le court avec Djokovic pour échanger des balles. C'était marrant et devant du public en plus, c'est sympa. Je n'ai rien touché du tout, j'ai entendu le public qui était mort de rire et c'est tout.

"Sur une finale olympique, c'est mort, tu ne peux pas abandonner !"



Revenons aux Jeux. La déception est-elle digérée ?
Oui et non. Elle est digérée dans le sens où il faut passer à autre chose, mais elle ne l'est pas, parce que j'ai encore plus la dalle qu'avant d'avoir commencé ces Jeux. Mais je suis requinqué à deux cent pour cent pour ces Jeux de Paris. Je vais aller récupérer ce que j'ai laissé au pied du podium à Tokyo, et on va finir en beauté avec une médaille, à la maison chez moi. J'ai commencé ma carrière dans la région parisienne et je vais la terminer en région parisienne.

Avec une telle blessure, vous avez conscience que finir quatrième, c'est presque un exploit ?
Peut-être, mais il est difficile pour moi de me dire que je suis quatrième à cause d'une blessure. Blessure ou pas blessure, je suis quatrième et je n'en suis pas content. En qualification, j'étais troisième. En plus, j'avais une marge d'erreur, parce que j'ai fait une erreur sur la figure que j'ai inventée. Cette blessure est arrivée au mauvais moment, mais il faut savoir accepter : ça fait partie de la vie d'un sportif de haut niveau. Il faut accepter, se requinquer et repartir rapidement au front.

On parle souvent de votre grain de folie. Quelqu'un d'un peu moins fou que vous aurait-il déclaré forfait après cette blessure ?
Honnêtement je pense. Sur un championnat d'Europe ou du Monde, peut-être que j'aurais déclaré forfait. Mais sur une finale olympique, c'est mort, on ne peut pas abandonner. J'étais prêt à ce que ça pète complètement et que je me fasse opérer plutôt que d'abandonner.

Décrivez-nous ce que vous avez ressenti. Était-ce vraiment atroce ?
En fait, du moment où mon coach m'a soulevé pour attraper les anneaux, j'ai commencé à sentir le coup de poignard, et après je sentais comme une fermeture éclair qui remontait dans mon biceps. Je sentais craquer et j'ai eu des coups de poignard tout au long de l'exercice. J'ai serré les dents, mon kiné m'a fait un garrot. Ca a été le moment le plus long de ma vie.

Une quatrième place avec cette blessure incroyable, peut-on vraiment parler d'échec ?
Bien sûr. Pour moi, quatrième, c'est un échec. J'entends beaucoup dire : "Quatrième au Jeux, c'est énorme !" Non ce n'est pas énorme. Je ne viens pas pour être finaliste ou juste participer. Je viens pour aller chercher cette médaille et parce que c'est un honneur pour moi déjà de représenter la France. Alors quand tu décroches une médaille en plus, c'est le graal. Donc oui, c'est un échec.

"Beaucoup de monde pensait que ma carrière allait s'arrêter sur les Jeux de Rio"

Après avoir compris que vous ne pourriez pas gagner, avez-vous eu immédiatement la tête à Paris et aux Jeux 2024 ?
A partir du moment où j'ai décidé de faire la finale, je savais que la médaille s'était envolée, parce que je n'étais pas à cent pour cent. J'étais complètement sur un bras et pas sur les deux. Je n'ai pas peur du terme. Si on est prêt à gagner, on est prêt à perdre, et en l'occurrence, je savais très bien que c'était perdu d'avance. Je ne voulais pas abandonner pour autant, ni baisser les bras. Je voulais me battre coûte que coûte. Même si je finissais dernier, tant pis. Mais au moins, je n'aurais eu aucun regret. Mais du moment où j'ai pris la décision de faire cette finale, je savais que la médaille s'envolait.

La bonne chose, c'est que les prochains Jeux vont arriver plus rapidement que d'habitude. Vous n'aurez pas quatre ans à attendre...
C'est ça. Les Jeux de Tokyo ont été très longs et là ceux de Paris vont arriver très vite, donc c'est top.

En plus, ce sera chez vous avec le public...
Oui, en public. Il y aura la famille, les amies, les enfants. Pour un sportif de haut niveau, c'est le plus important. Briller ou du moins essayer de briller devant sa famille et son public, c'est une fierté énorme.

Ce serait d'autant plus exceptionnel que si l'on revient quelques années en arrière, c'est presque votre carrière qui s'était envolée...
Beaucoup de monde pensait que ma carrière allait s'arrêter sur les Jeux de Rio. J'ai donné ma parole qu'il était hors de question que je termine de cette manière et sur une grosse blessure comme ça. Je veux terminer sur une médaille olympique et je ferai tout pour terminer sur une médaille olympique. Je ferai de mon mieux pour montrer que quand on veut quelque chose dans la vie, il faut se battre coûte que coûte, malgré les coups du sort, malgré les drames ou tout ce qui peut arriver dans une carrière de sportif de haut niveau. Dans la vie, il n'y a jamais rien de simple, jamais rien qui tombe comme ça en claquant des doigts, il faut se battre quand on a un objectif, et tout faire et tout mettre en place pour le réaliser.

"Vous voulez un salto ? Je vais vous faire un salto !"

Vous revenez sans médaille mais forcément avec des souvenirs pleins la tête, d'autant que vous étiez le co-porte drapeau de la délégation française lors de la cérémonie d'ouverture...
Bien sûr. De toute façon, c'est un statut et rôle que je garderai à vie. C'est magnifique de porter toute une délégation dans ce stade olympique, c'est extraordinaire ! En plus lors des Jeux qui se passent avant les Jeux chez nous, c'est grandiose. Pas une fois, je n'ai sorti mon téléphone, parce que j'avais envie de vivre le moment à fond. Moi sur mon portable, je n'ai aucun film de la cérémonie d'ouverture, j'ai tout en tête et c'est extraordinaire.

Que s'est-il passé dans votre tête pour en arriver à faire un salto en pleine cérémonie ?
Oui, il fallait l'oser. Après, moi, je suis un enfant dans ma tête et quand mes potes m'ont dit : "Fais un salto. On va mettre de l'ambiance parce qu'il n'y a pas de public et peu d'ambiance. Il faut que l'on marque la présence des Français et que tout le monde se souvienne de la cérémonie d'ouverture des Français"... Il ne faut pas longtemps pour me chauffer. Alors j'ai dit "Pas de souci : vous voulez un salto, je vais vous faire un salto". Voilà, j'ai fait le salto et après on a chanté cette Marseillaise et ça a été top. Franchement, ça a été la folie. Ils m'ont chauffé juste avant de rentrer dans le stade olympique.

Il ne fallait pas le rater...
Non, non, je n'allais pas le rater. Même si ça aurait été marrant que je me loupe devant des millions de téléspectateurs. Si je m'étais défoncé (sic), ça aurait été la honte (rires).

"Ladji Doucouré, sors de ce corps !"

Gaël Monfils, lui, a été tout près de la chute en sautant par-dessus le filet lors du match que vous avez commenté...
Oui : Ladji Doucouré, sors de ce corps ! (rires) C'est vrai, il a failli prendre une jolie gamelle, mais voilà après tout, on reste des êtres humains. Des gamelles, tout le monde en fait. A combien de personnes c'est arrivé déjà de se prendre une gamelle en descendant les escaliers ! Un sportif de haut niveau, ce n'est rien d'autre qu'un être humain.

Comment avez-vous réagi sur le moment, aux commentaires ?
Il m'a fait rire. J'ai sorti une connerie, j'ai fait une référence à Ladji par rapport au 110 mètres haies. Il (Monfils) a tout tenté, j'aime bien ce genre de réaction, le mec est prêt à tout pour tenter ça. Même s'il s'était pété la gueule (sic), respect à lui, parce qu'il aura tout tenté pour réussir son coup.

Ces premiers pas dans la peau de commentateur vous ont-ils donné envie de renouveler l'expérience ?
Grave. C'est avec grand plaisir.

Le fait de commenter en cabine et pas directement depuis le stade, n'est-ce pas trop frustrant ?
Non, personnellement, je m'en fous. Moi tu peux me mettre n'importe où, du moment qu'il y a une bonne ambiance. Je ne suis pas le genre de mec qui va vouloir le strass et les paillettes, je m'en tape. On était dans une loge et c'était top. Il y avait une bonne ambiance, on a rigolé avec Charlotte et le reste du staff, c'est le principal. On a passé un bon moment.

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