GP de Turquie : Le Grand Prix en questions

GP de Turquie : Le Grand Prix en questions©Panoramic, Media365

Mathieu WARNIER, publié le lundi 16 novembre 2020 à 08h30

Retour en questions sur le Grand Prix de Turquie, remporté ce dimanche par le septuple champion du monde Lewis Hamilton.


Lance Stroll a-t-il payé cher une erreur de son écurie ?

UNE DIVERGENCE STRATEGIQUE MALVENUE. Auteur d'une pole position magistrale ce samedi, Lance Stroll avait tous les ingrédients en main pour espérer aller chercher sa première victoire en Formule 1. Mais une décision malvenue de la part de son écurie a réduit ses espoirs à néant. Après un départ parfait malgré des conditions difficiles, le Canadien a conservé la tête après la nécessaire première vague de changements de pneumatiques vers le 10eme tour, quand les pneus intermédiaires se sont avérés les plus adaptés aux conditions de course. Mais, au 35eme tour, Racing Point a décidé de ne pas mettre ses œufs dans le même panier en laissant Sergio Pérez en piste tout en faisant rentrer Lance Stroll pour un nouveau train de gommes intermédiaires. Or, peinant à conserver de la température dans ses enveloppes, le Canadien a subi un phénomène de « graining » (ou peluchage) de ses gommes qui ont perdu toute leur efficacité et, irrémédiablement, il a reculé dans la hiérarchie pour finir à une très décevante neuvième position. Quand on voit que Sergio Pérez a fini huitième sur des pneus qui ont survécu 48 tours, Racing Point a commis une erreur qui a sans doute coûté un très bon résultat, pas forcément la victoire, à son pilote.

La victoire de Lewis Hamilton est-elle miraculeuse ?

ELLE EST PLUTOT INATTENDUE. Sur l'asphalte neuf et très glissant de l'Istanbul Park, les Mercedes n'ont jamais paru dans le ton lors des essais libres avant une séance de qualifications très difficile, Lewis Hamilton terminant à cinq secondes de Lance Stroll alors que Valtteri Bottas avait concédé près de six secondes au Canadien. Parti seulement sixième, le Britannique a pris la même posture qu'en début de course à Portimão, il s'est montré patient et a tout fait pour rester dans la course sans forcément attaquer. Après le passage aux pneus intermédiaires et alors que Valtteri Bottas a plongé dans la hiérarchie à cause d'une monoplace endommagée, le Britannique a maintenu sa ligne de conduite, profitant de la deuxième vague d'arrêts pour passer devant Sebastian Vettel, Alexander Albon et Lance Stroll. Revenant petit à petit sur Sergio Pérez, il n'a laissé aucune chance au Mexicain grâce au DRS que la direction de course a fini par autoriser, sans doute à tort au vu des circonstances de course, au 37eme tour. Toujours préoccupé par sa mécanique, se plaignant souvent des freins en début de course puis questionnant l'opportunité de faire un relais de 50 tours sur les mêmes pneus intermédiaires, le Britannique a parfaitement mené sa barque pour transformer un samedi triste en un dimanche heureux, peut-être plus que jamais, avec cette victoire qui était clairement inespérée au sortir des qualifications, l'écurie Mercedes ayant demandé à ses abonnés, quatre heures avant la course, qui allait gagner dans un jour qui, selon eux, n'était pas le leur.

La course à la troisième place du classement constructeurs s'est-elle décantée ?

RENAULT EST DESORMAIS HORS DU COUP, SAUF MIRACLE. Avant ce Grand Prix de Turquie, Renault, Racing Point et McLaren n'étaient séparées que par un point. Mais avec ce Grand Prix de Turquie complètement fou, la donne a changé même si Racing Point a peut-être laissé passer le hold-up de l'année. En effet, pendant les 35 premiers tours, les « Mercedes roses » ont cru à un doublé et même à la première victoire de leur histoire, ce qui aurait porté un coup fatal à ses rivales. Mais, avec l'échec tactique de Lance Stroll et le résultat d'ensemble convaincant de McLaren, la donne a changé. En effet, Carlos Sainz Jr terminant cinquième avec Lando Norris huitième et auréolé du meilleur tour en course, l'écurie de Woking ne compte que cinq points de retard sur Racing Point à trois courses de la fin de la saison alors que le débours aurait pu être autrement plus important. Mais s'il y a une équipe qui a décroché dans cette lutte aux accessits derrière Mercedes et Red Bull Racing, c'est bien Renault. Plombée par l'accrochage Hamilton-Ricciardo-Ocon du premier virage, qui a envoyé le Français dans les abîmes du classement, et avec l'Australien qui n'a pu sauver qu'un maigre point avec la 10eme place, la marque au losange accuse désormais un retard de 18 points sur Racing Point et c'est presque un miracle qu'il faudrait pour voir l'écurie basée à Enstone et Viry-Châtillon arracher le podium au terme de la saison.

Passer les pneus slicks en fin de course était-il envisageable ?

NON. A l'issue de la course, Sebastian Vettel a confié avoir songé à opter pour des pneus slicks en vue de la fin de la course, terminant finalement l'épreuve sur un deuxième train de pneus intermédiaires chaussé au 32eme tour. Toutefois, jusqu'au terme de ce Grand Prix de Turquie, la piste de l'Istanbul Park n'a jamais proposé une trajectoire pleinement sèche, avec notamment le premier virage qui n'avait même pas commencé à sécher au drapeau à damiers et même le virage 2, qui a tellement posé problème à Valtteri Bottas, qui aurait été un défi pour tout pilote au volant de ces monoplaces. Signe que ce n'était pas une si bonne idée que ça, personne dans la deuxième moitié du classement n'a tenté ce coup de poker pour tenter d'arracher un point ou d'aller chercher le meilleur tour en course. Il faut également ajouter que les prévisions météo ont pendant un bon moment annoncé une averse pour les tous derniers tours de course, certaines communications radio parlant même de « pluie forte »... qui n'est jamais venue, ce qui a pu refroidir les éventuelles ardeurs à se montrer aventureux dans cette course folle.

Vettel troisième, Leclerc quatrième, Ferrari a-t-elle laissé passer sa chance ?

LES QUALIFICATIONS ONT ETE FATALES. Très à l'aise lors des essais libres avec Charles Leclerc qui n'a jamais quitté le Top 3 avant la séance de qualifications, la pluie qui a arrosé l'Istanbul Park à ce moment crucial a fait échouer la Scuderia. En difficulté avec les pneus pluie, les deux pilotes de l'écurie de Maranello sont restés à quai en Q2 et ont dû s'élancer dans le paquet. Mais, si Charles Leclerc a manqué son départ, reculant au 14eme rang, Sebastian Vettel a su se faufiler comme rarement pour s'emparer très vite de la troisième place avant de longtemps naviguer à la quatrième position alors que son coéquipier, qui a aligné meilleur tour en course sur meilleur tour en course, a fait patiemment son retard puis a profité de la deuxième vague d'arrêts pour s'installer en troisième position devant son coéquipier. Un dernier virage chaotique a permis à l'Allemand de signer son premier podium depuis le Grand Prix du Mexique 2019 et mettre un peu de couleurs dans une saison bien terne alors que le Monégasque a échoué à signer son troisième podium de la saison. Une remontée des deux pilotes Ferrari, partis respectivement de la 11eme et de la 12eme position sur la grille de départ qui doit donner des regrets à la Scuderia concernant cette séance de qualifications. Car un gain d'une ou deux lignes aurait pu changer la donne et installer les deux pilotes dans une meilleure position en vue de la fin de course. Toutefois, ce résultat d'ensemble inespéré dans une saison à oublier pour l'écurie italienne est bienvenu, même si les circonstances de course brouillent la lecture exacte de ce Grand Prix de Turquie.

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