Dans une nouvelle dimension

Les Bleus font progresser tout le handball français. (Reuters)

Les bons résultats de l'équipe de France ont entraîné le handball de club dans leur sillage. La saison 2012-13 en Division 1 devrait surfer sur cette nouvelle vague, avec l'arrivée de nouveaux investisseurs et une exposition plus importante. De quoi faire du hand l'un des sports majeurs en France.

Si l’an passé, à la même époque, nous titrions « Le handball à un tournant », le constat semble cette saison prendre encore plus de valeur. L’exercice 2012/2013 s’annonce décisif dans l’évolution du handball. "Avant, on parlait beaucoup des résultats de l’équipe de France, mais l’histoire s’arrêtait tout de suite après, remarque Philippe Bernat-Salles, le patron de la Ligue nationale de handball. Aujourd’hui on a un titre olympique, mais on parle comme jamais du championnat." Et les raisons de cet engouement sont multiples. "Il y a un faisceau, un tas de facteurs dont le championnat doit se servir pour nous offrir une belle aventure", confirme Jérémy Roussel, le coach d’Aix-en-Provence.

Il y a d’abord cette équipe de France, qui a continué d’écrire sa légende en réussissant à conserver son titre olympique, il y a un mois, à Londres. "Quel sport collectif peut se targuer d’avoir la meilleure équipe du monde ?", interroge Cyril Dumoulin, le gardien chambérien. Un titre d’autant plus impactant que 11 des 15 champions olympiques évoluent désormais au pays, après les retours des frères Gille, de Guillaume Joli, de Luc Abalo et de Didier Dinart. "C’est quelque chose qui va booster la discipline", souffle Jérôme Fernandez.

Costantini: "Le PSG, un bouleversement"

L’autre facteur vient tout droit du Moyen-Orient, avec le lourd investissement du Qatar à Paris. "C’est un éléphant qui arrive dans un magasin de porcelaine, glisse Daniel Costantini, l’ancien sélectionneur de l’équipe de France. C’est un bouleversement, puisqu’on parle là de l’arrivée brutale d’un club qui peut passer de la 12e à la première place." Avec un budget de 9,2 millions - la moyenne nationale est à 3,5 millions et Montpellier culmine à 7,4 millions - le PSG Handball a frappé un grand coup, avec les venues d’Abalo, Dinart, Honrubia ou Mikkel Hansen.

Des stars donc, inaccessibles il y a encore deux ans, mais qui marquent le nouvel attrait du championnat français. Pour exemple, Alberto Entrerrios et Jorge Maqueda, deux internationaux espagnols reconnus, ont débarqué à Nantes. Le handball espagnol en crise, l’Hexagone compte bien profiter de l’aubaine. "On assiste à un renversement de tendance", note Vincent Gérard, le portier dunkerquois. "L’Espagne est en vrai danger, lâche de son côté Jérôme Fernandez. Il y a un vrai créneau à prendre. Le championnat de France va devenir le meilleur championnat européen, avec l’Allemagne."

Le handball français veut devenir une référence européenne, mais surtout enfin s’imposer dans le paysage du sport tricolore. "Le championnat va passer un énorme cap sur le plan sportif et médiatique", prédit le capitaine des Bleus. "On est sur une pente ascendante. L’arrivée de Paris crée des envies, les clubs se structurent. Il y a une envie partagée de développer ce sport", lâche de son côté Pascal Léandri, le coach d’Ivry. Une embellie qui concerne tout le monde. "Il faut que les acteurs, la Ligue, les joueurs, les entraîneurs sachent prendre ce tournant", prévient Pierre Montorier, le pivot de Créteil.

Fernandez: "Un concurrent direct au rugby"

Au niveau médiatique, les indicateurs semblent au vert, à l’image de Canal +, qui a décidé de programmer un deuxième match de championnat, en plus de celui du jeudi soir, le samedi. "On augmente notre visibilité, c’est très bien", sourit Vincent Gérard. Reste ce problème d’infrastructures, éternelle épine dans le pied des sports collectifs français. "Tant qu’on n’aura pas des salles avec 3-4000 places, le hand ne pourra pas grandir et prendre une réelle place", regrette Romain Ternel, demi-centre à Cesson-Rennes.

En attendant des salles qui devraient sortir de terre d’ici le Mondial 2017, les clubs misent sur les délocalisations. "Quand tu es président de club et que tu reçois Paris, Montpellier ou Chambéry, il faut savoir créer un évènement. Tu as une salle de merde donc tu délocalises, et ça nous fait des évènements un peu partout", explique Daniel Costantini, alors que Cesson, à Rennes, Ivry, à Paris, Sélestat, à Strasbourg, ou Billère, à Pau, ont prévu de se délocaliser, pour mieux augmenter les revenus liés à la billetterie.

Le handball semble donc sur la bonne voie. "Le handball change d’ère", confirme Patrice Canayer, l’entraîneur de Montpellier. D’ici cinq ans, et le Mondial 2017 prévu sur le territoire, le sport semble avoir toutes les cartes en mains pour enfin trouver sa place. "L’objectif tant au niveau fédéral qu’au niveau de la Ligue, c’est de se développer d’ici le Mondial 2017. On a cinq saisons devant nous pour faire en sorte que le handball devienne le sport en salle majeur en France et un concurrent direct au niveau médiatique avec le rugby. Il y aura alors beaucoup de partenaires privés qui voudront venir… C’est un moment charnière pour la suite de notre discipline", conclut Jérôme Fernandez.