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Jérémy Beyou en pleine action lors d'une navigation d'entraînement au large de la Forêt-Fouesnant. (Reuters)

Jérémy Beyou en pleine action lors d'une navigation d'entraînement au large de la Forêt-Fouesnant. (Reuters)

Du mardi 2 au jeudi 4 octobre, six skippers ont participé à l’ultime stage de préparation au Vendée Globe organisé à Port-la-Forêt par le Pôle Finistère Course au large. A bord de Maître Coq (Jérémie Beyou) puis de PRB (Vincent Riou), nous avons suivi ces répétitions grandeur nature du tour du monde en solitaire…

Mardi 2 octobre, 9h30. Dans la salle de réunion du Pôle Finistère Course au large de Port-la-Forêt, une belle brochette de skippers (*) écoute attentivement le petit discours d’introduction du maître des lieux, Christian Le Pape. "Nous sommes à J-39 du départ du Vendée Globe, attaque ce dernier, dont le centre d’entraînement a vu passer depuis maintenant plus d’une vingtaine d’années nombre de « stars » actuelles de la voile française (Michel Desjoyeaux, Franck Cammas, Jean Le Cam, Vincent Riou, Jérémie Beyou, Armel Le Cléac’h…). Depuis le début du programme Vendée Globe, soit six stages, nous avons couvert 3000 milles en stage, 9500 en compétition, soit plus d’un demi-tour du monde, nous pouvons être fiers de ce que nous avons accompli."

Et l’intéressé de rappeler l’importance de ces stages groupés : "Il n’y a pas de secret : pour être dans le coup, c’est comme pour les pilotes de chasse, il faut s’entraîner en conditions réelles." Plus tard, dans son bureau, il nous confiera, à propos de l’objectif de ces sessions de préparation au tour du monde : "Le but est de réduire au maximum les possibilités d’échec au Vendée Globe, en prenant en compte tous les ingrédients qui font sa spécificité: de la maîtrise de l’Imoca, du rythme en solitaire, sur un parcours défini et avec des concurrents. Dire que c’est pour gagner, ce serait un peu présomptueux, mais on essaie de réduire la part du hasard." Et force est de constater que les trois derniers Vendée Globe ont été remportés par deux marins issus du Pôle, Michel Desjoyeaux (deux fois) et Vincent Riou.

La voile de haut niveau, c’est bien du sport !

Place désormais au programme du septième et ultime stage, "une révision générale sur la maîtrise globale dans la brise", et du jour, un parcours d’une soixantaine de milles, passant par le sud des Glénan puis l’île de Groix, avec du près, du reaching et du portant, histoire de tester les différentes configurations de voiles. Avant de donner congé aux skippers, Christian Le Pape leur rappelle : "N’oubliez pas qu’un bon stage, c’est ni blessure, ni casse." Un rappel vain ? Pas vraiment, car deux heures plus tard, en sortie de baie de La Forêt-Fouesnant, alors que le vent de sud-ouest souffle à environ 15-20 nœuds et que la mer se creuse, l’heure n’est pas à la rigolade entre les cinq skippers (Samantha Davies, souhaitant régler son mât, ne navigue pas avec les autres ce jour-là), en témoigne ce départ bord à bord entre PRB (Vincent Riou) et Cheminées Poujoulat (Bernard Stamm) qui donne quelques sueurs froides à Christian Le Pape, monté sur PRB, au point qu’au moment de la « pause pique-nique », au sud-est de Groix, il martèlera à la VHF de nouveau ces consignes de prudence.

Une chose est sûre, même s’il s’agit d’un simple entraînement dans des conditions de régate au contact que les solitaires rencontreront très peu lors du Vendée Globe, tous mettent l’engagement nécessaire dans ce stage, d’autant que la brise et la houle sont bien au rendez-vous, ce qui a été plutôt rare ces derniers temps au large des côtes bretonnes. Il faut ainsi voir, à bord de Maître Coq, Jérémie Beyou, particulièrement affûté par une grosse préparation physique, courir sur une plage avant balayée par les vagues pour préparer l’envoi du petit gennaker d’une bonne cinquantaine de kilos (voile d’avant utilisée au portant) qu’il faudra hisser après la première marque de passage, s’affairer au « moulin à café » commandant les quatre winches pour régler ses voiles, actionner le vérin hydraulique de la quille, vérifier sa trajectoire à la table à cartes, remplir et vider ses ballasts tout en prenant la barre au relais du pilote automatique lorsqu’un concurrent se rapproche de trop près, à l’instar de François Gabart sur le premier bord de près, pour se rendre compte de l’exigence physique de ces 60 pieds Imoca. Pour ceux qui en doutaient encore, la voile de haut niveau, c’est bien du sport !

Malgré tous ses efforts et la casse d’une poulie au niveau de la barre d’écoutes qui lui fait lâcher quelques jurons et perdre quelques minutes, le Finistérien, double vainqueur de la Solitaire du Figaro, ne peut cependant que constater l’évidence : même si son Maître Coq est le tenant de ce Vendée Globe, l’ancien Foncia racheté à Michel Desjoyeaux, il accuse un léger déficit de vitesse par rapport aux machines de « dernière génération » que sont PRB (Vincent Riou), Banque Populaire (Armel Le Cléac’h) ou Macif (François Gabart). Au rappel à tribord, Marc Liardet, ancien « boat captain » » de Foncia, ne s’inquiète pas pour autant pour Jérémie Beyou qui a fait appel à ses services pour l’aider à préparer son deuxième Vendée Globe (il avait abandonné au large du Brésil il y a quatre ans sur Delta Dore pour cause de démâtage) : "C’est un bon cheval, commente-t-il à propos du bateau, et surtout très fiable, il bouclera le tour du monde quasiment à coup sûr." Ce qui ne sera pas le cas des derniers prototypes ? Marc Liardet, qui a aussi travaillé sur Macif, n’en dira pas plus, mais les faits sont là pour rappeler que quasiment tous les nouveaux bateaux, dont les carènes taillées au scalpel tranchent avec celles plus rondes des prototypes des générations précédentes, ont eu le droit depuis leur mise à l’eau à leurs déboires structurels.

Riou sûr de sa monture

Le Vendée Globe est aussi une course mécanique qui, les statistiques sont là pour le rappeler, laissent en moyenne la moitié des engagés sur le bord de la longue route. Deux jours plus tard, Vincent Riou, dans une baie de Port-la-Forêt redevenue (trop) calme et à la tête d’une flotte réduite à quatre éléments – "Ça sent la fin des cours" commente-t-il -, nous la joue tranquille sur le sujet, convaincu que son bateau conjugue performance et fiabilité : "Quand je dis que PRB est plus léger, ça ne veut pas dire qu’il est moins solide. Il est fait différemment, il est moins large, il a un cockpit plus petit qui ne pèse pas lourd, le bateau est échantillonné avec les mêmes bases de référence que les autres, voire plus à certains endroits." Et le vainqueur du Vendée Globe 2004-05, dont la sérénité à l’approche de l’édition 2012-13 saute aux yeux, d’ajouter : "La plupart des bateaux de dernière génération en sont déjà à leur deuxième quille, leur deuxième gréement, nous on en est sur le modèle d’origine."

Un modèle d’origine qui se sera clairement montré le plus rapide lors de ces trois jours de stage, quasiment à toutes les allures et sous toutes les configurations de voiles, des sujets évoqués tous les matins lors du briefing au cours duquel les skippers commentent leur navigation de la veille : "Et toi, t’étais ballasté comment ?", lance Bernard Stamm à Armel Le Cléac’h, tandis qu’un autre s’enquiert de la taille de certaines voiles ou de la répartition des poids à bord. Le « coach » Christian Le Pape demande quant à lui ses impressions d’observateur neutre à Roland Jourdain, orphelin de bateau depuis le retrait soudain de son sponsor Veolia en début d’année mais invité par François Gabart sur Macif. "On m’a tellement fait rêver que je n’ai pas de mot pour décrire ça", répond « Bilou », impressionné par le "niveau de jeu" des participants. Après trois journées de navigation pleines, tous repartent avec leurs certitudes ou leurs doutes, mais avec le sentiment d’avoir indéniablement progressé au contact des autres, fussent-ils concurrents. Christian Le Pape conclut : "Ils ne viennent pas pour apprendre aux autres mais pour apprendre de l’autre. La confrontation, les comparatifs sur des parcours avec des consignes précises, permettent d’apprendre de l’autre, c’est comme ça que le niveau global progresse, le groupe s’élève ensemble, il y a une énergie considérable dans ce groupe." Une énergie dont tous auront bien besoin au moment de s’attaquer au tour du monde le 10 novembre…

(*) Ont participé au stage Jérémie Beyou, Armel Le Cléac’h, Vincent Riou, François Gabart et Bernard Stamm (sauf le jeudi pour ces deux derniers), rejoints le mercredi et le jeudi par Samantha Davies. Marc Guillemot et Jean-Pierre Dick, qui faisaient également partie du programme de préparation, étaient absents.