Vincent: "Les filles planent encore"

De retour de Londres où l'équipe de France a décroché une belle médaille d'argent, Pierre Vincent, l'entraîneur des Bleues, est revenu sur le tournoi olympique. Le coach de l'Asvel raconte les émotions vécues en Grande-Bretagne. Quant à son avenir à la tête de la sélection, il s'est montré évasif.

Pierre, êtes-vous redescendu de votre nuage trois jours après la finale olympique entre la France et les Etats-Unis ?
Je pense que les filles planent encore. En ce qui me concerne, je suis plutôt fatigué. Je réponds aux sollicitations avec plaisir, parce que ça signifie qu’on a réussi, mais je suis pressé de rentrer chez moi et de me reposer. Les entraîneurs n’ont pas la même perception des choses. Les joueuses, ce qu’elles ont accompli est extraordinaire, elles sont sur une autre planète. C’est bien, elles le méritent. Moi, mes aspirations c’est le retour au calme, une bonne bière et zéro contrainte…

Vous attendiez-vous à ramener une médaille quand vous êtes partis à Londres ?
En fait, le point de départ ne se situe pas juste avant de partir aux JO, mais le 29 juillet 2008. Ce jour-là, j’avais dit aux joueuses que j’avais pris ce groupe pour l’emmener aux Jeux. Il fallait encore se qualifier mais on ne voulait pas se qualifier simplement pour y aller. On voulait se qualifier pour y faire quelque chose. L’engagement de départ, c’était ça: de performer. Après, la médaille d’or au championnat d’Europe (en 2009) est arrivée, peut-être un peu trop vite d’ailleurs. Ça nous est tombé sur le nez sans qu’on s’y attende mais même à ce moment-là, le discours était le même. Objectif Londres.

Un objectif qui a mis du temps à être atteint puisque vous êtes passés par la TQO, fin juin à Ankara…
Oui, on est ensemble depuis le 8 mai, c’est-à-dire trois mois de travail en commun. C’est dur, c’est long, surtout qu’on aurait pu ne pas se qualifier… Il y a d’ailleurs plusieurs équipes européennes de haut niveau qui sont restées à la maison, je pense à l’Espagne, à la Lituanie ou à la Biélorussie, quatrième du dernier championnat d’Europe. Après, quand j’ai vu le tirage au sort, avec la Russie, l’Australie et la Grande-Bretagne chez elle dans notre groupe, je me suis dit que ça allait être difficile. Mais en faisant un bon premier tour et en évitant d’être quatrième, ça nous permettait de ne pas croiser les Etats-Unis. Et en quarts, toutes les autres équipes étaient accessibles. Il nous restait ensuite deux matches pour aller chercher une médaille. Dans ces cas-là, il faut que tout soit au vert. Et là, c’était vert fluo !

"On était dans une bulle"

Votre tournoi s’est terminé par une claque face aux Américaines. Comment l’expliquez-vous et avez-vous des regrets par rapport à cette finale ?
Pas de regrets, non. On avait joué quelque chose comme vingt-cinq matches pendant notre campagne et on y a mis beaucoup d’énergie. Céline (Dumerc) était vraiment fatiguée, Sandrine (Gruda) s’était fait une petite entorse à la cheville, Elodie (Godin) avait une entorse vertébrale, Emilie (Gomis) s’était fait dégommer par les Australiennes. Ça faisait donc beaucoup de bobos. Je pense qu’on aurait pu faire meilleure figure que ça face aux Américaines. Mais elles nous ont pris très au sérieux, elles ont défendu très fort, et on n’avait pas suffisamment d’armes pour rivaliser. Il aurait fallu qu’on soit un peu plus frais. Elles se sont quand même bien battues, elles ont pris cher. Ça peut les motiver si on est amené à les recroiser un jour.

Si les Bleues les recroisent bientôt, serez-vous toujours à la tête de cette équipe ?
J’ai travaillé avec l’équipe de France avant d’en être l’entraîneur et je serai toujours supporteur après. Pour le reste, c’est-à-dire moi à la tête de la sélection, on verra ça plus tard.

Il y a eu en France un énorme élan de sympathie pour cette équipe. En aviez-vous conscience là-bas ?
Aux Jeux, c’est vraiment différent d’un championnat d’Europe et d’un championnat du monde. Là, on était dans une bulle. On sort du terrain, on va dans la zone mixte, on va aux vestiaires. On est un peu coupé des autres et c’est difficile de partager des émotions. L’atmosphère de compétition était fabuleuse, avec des salles pleines, les joueuses ne sont pas habituées à ça. Mais j’étais à dix mille lieux de penser qu’autant de personnes regardaient du basket féminin à la télévision. Après Céline Dion, tout ça, c’est anecdotique (Pierre Vincent fait ici référence aux chansons interprétées par Sandrine Gruda, Isabelle Yacoubou et Jennifer Digbeu après les matches, ndlr). Moi, j’aimerais surtout que les gens retiennent cette fraîcheur, ces valeurs de collectif et de solidarité.

Pour le sport féminin en général, et le basket féminin en particulier, ces Jeux sont-ils un tournant ?
C’est difficile pour moi d’analyser ça. Ce que je sais, c’est que le basket n’était pas le plus médiatisé des sports collectifs féminins et que je m’en suis servi. En partant, les joueuses étaient excitées comme des puces. Mais je leur ai dit: "Dans le village olympique, il y a 11.000 athlètes et vous, vous n’existez pas. Ce n’est pas en vous mettant les cheveux bleu, blanc, rouge et moi un nez rouge qu’on va vous reconnaître. La seule façon d’exister, c’est de gagner." Et elles l’ont fait. Juste une anecdote: en partant de Lille pour aller à Londres, on a croisé des gens qui ont dit: "Regarde, c’est l’équipe de France, les handballeuses…" Et quand les footeuses ont fait leur premier match, elles ont eu une grande page dans L’Equipe. Donc pour moi, c’était un moyen terrible de motiver mes joueuses.

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