Vendée Globe : Romain Attanasio raconte son confinement

Vendée Globe : Romain Attanasio raconte son confinement©DR, Media365
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Aurélie SACCHELLI, publié le dimanche 22 mars 2020 à 16h05

Le 8 novembre prochain, Romain Attanasio prendra le départ du Vendée Globe, à la barre de son bateau Pure. Comme tous les Français, il est actuellement confiné (dans le Finistère). Il nous raconte comment il vit cela.

Romain Attanasio, comment se passe le confinement pour vous ?
Le chantier est encore ouvert, on a deux gars qui travaillent encore. On avance doucement mais c'est quand même calme. On essaie de ne pas tout arrêter. J'y vais le matin et après, c'est maison. On n'a jamais été autant à la maison. On est à la Pointe de Trévignon, dans le Finistère. Ce qui est surprenant, c'est qu'on pensait que 2020 serait une année folle, où on ne serait pas du tout à la maison, avec un gros chantier, la tournée des partenaires, la recherche du co-partenaire titre, la préparation du Vendée Globe... Et en fait, on se retrouve à la maison depuis une semaine, elle n'a jamais été aussi propre (sourires). Le jardin n'a jamais été aussi nickel. On navigue dans le jardin... On a mis l'Optimist de notre fils Ruben dans le jardin, pour rigoler.



Comment vous occupez-vous dans votre maison ?
On fait du travail de bureau, qu'on ne pensait pas avoir le temps de faire. Finalement, il y a quand même beaucoup de choses à préparer à la maison pour le Vendée Globe. Par exemple, la pharmacie. On a une énorme pharmacie à emmener, où tout est étiqueté par des numéros, pour que ce soit très accessible, pour que le médecin puisse nous dire, en mer, « tu prends la boîte 157 », et pas tel nom de médicament. On doit tout étiqueter, et comme on nous a volé la pharmacie la semaine dernière à Port-la-Forêt, il y a tout à refaire. Même si c'est un peu tôt, on doit aussi s'occuper de préparer les 100 jours de nourriture qu'on doit emmener, jour par jour (si on est dans le grand Sud, il fait plus froid donc il faut manger plus). On s'occupe aussi des vêtements, des cartes de navigation, des logiciels, des ordinateurs...

Vous faites également l'école à votre fils ?
Mon fils est en CE2, c'est plutôt Sam (Davies, sa compagne, qui va également participer au Vendée Globe, ndlr) qui gère, mais moi je fais la lecture. On a un emploi du temps très précis, sinon c'est un peu n'importe quoi. On a une heure de lever, le petit déjeuner, puis deux fois 30 minutes le matin et deux fois 30 minutes l'après-midi de classe. Sa maîtresse est très assidue sur les devoirs.

Arrivez-vous à faire un peu de sport ?
Pour l'activité physique, on a un programme préparé par notre coach du centre d'entraînement à Fouesnant. On le fait dans le jardin et on mesure la chance qu'on a d'avoir un jardin. Je vais aussi courir une petite demi-heure autour de la maison avec mon attestation. C'est horrible de ne pas pouvoir aller naviguer, d'autant plus que je vois la mer depuis chez moi et qu'il fait vachement beau. Mais bon, on respecte les consignes.

Attanasio : "La crise économique à venir m'inquiète beaucoup"

Peut-on comparer le confinement dans une maison et le confinement dans un bateau ?
Le confinement dans une maison, c'est quand même mieux que dans un bateau. C'est beaucoup plus grand, on a un vrai lit, on peut se doucher tous les jours, on a de la bonne nourriture... Sur le dernier Vendée, j'ai passé 110 jours seul, je me suis douché trois fois, j'ai mangé des plats en poudre, plus le stress de se demander à quel moment on va se prendre un truc énorme sur la figure qui va nous faire arrêter. Donc, ce n'est vraiment pas comparable.

Etes-vous inquiet en raison de la crise économique qui pourrait succéder à la crise sanitaire ?
Très égoïstement, ça m'inquiète beaucoup. Je cherche un co-sponsor, ça tombe très mal. J'avais un rendez-vous très important vendredi 13 mars à Paris, et il a été annulé. Mais je comprends qu'un patron de boîte, qui a des employés au chômage, pense d'abord à gérer la crise que sponsoriser un bateau J'espère que cela ne remettra pas en cause ma participation. J'ai la chance d'avoir des partenaires solides et je compte sur eux pour qu'ils tiennent le coup. C'est un projet sur trois ans. Pour la plupart des partenaires, on a déjà fait le précédent Vendée Globe ensemble, je ne pense pas que ce soit un truc qu'on puisse balayer d'un revers de main. Mais pour la recherche du co-partenaire titre, je suis quand même moins confiant qu'il y a quinze jours...

Heureusement, le Vendée Globe ne commence qu'en novembre...
On a la chance que le Vendée Globe se passe en novembre, espérons que d'ici là, les événements sportifs soient repartis et qu'il n'y ait pas trop de projets au tapis, que tout le monde soit bien là. Si on part à 12 bateaux, ça ne va pas être pareil. Il faut tenir le coup et c'est pour ça qu'il faut rester confiner, ne pas déconner. Plus on fait les imbéciles, plus ça va durer.

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