Transat Jacques Vabre - Romain Attanasio : " Etre devant les autres bateaux à dérive "

Transat Jacques Vabre - Romain Attanasio : " Etre devant les autres bateaux à dérive "©Magne, Media365
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Aurélie SACCHELLI, publié le mercredi 23 octobre 2019 à 16h41

Ce dimanche, Romain Attanasio va prendre part à sa troisième Transat Jacques Vabre (Le Havre - Salvador de Bahia) dans la catégorie Imoca, après avoir terminé 9eme en 2015 et 13eme en 2017. A bord de son bateau Pure et aux côtés de son nouveau co-skipper Sébastien Marsset, le skipper de 42 ans espère terminer le plus haut possible dans le classement des Imoca sans foil, et prendre ses marques à un an du Vendée Globe. Et il gardera bien sûr un œil sur la course de sa compagne, Samantha Davies.

Romain Attanasio, que représente la Transat Jacques Vabre pour vous ?
C'est une classique du circuit. Chaque année il y a une grande course sur le circuit Imoca. Cette année c'est la Jacques Vabre. C'est une course importante, car on part traverser l'Atlantique. C'est un peu le début du parcours du Vendée Globe, puisqu'on passe à quelques encablures de Salvador de Bahia sur le Vendée. Et c'est intéressant car cette Transat se fait en double.

En quoi cela est-il plus intéressant d'être en double ?
On a 47 entreprises qui sponsorisent le bateau, dont une trentaine qui mettent 2500 euros chacune. Grâce à tout ce monde-là, on arrive à réunir le budget, mais ça prend du temps pour gérer tout ça. On fait aussi des conférences. Et il y a le bateau à préparer, l'entraînement... Le fait d'avoir Sébastien avec moi, qui se concentre sur la performance du bateau, c'est vraiment une aide précieuse. Ce que je n'ai pas le temps de faire, il le fait. Ça va bien nous servir pendant la course, et ça me servira l'année prochaine quand je serai tout seul sur le Vendée Globe. C'est ça qui est intéressant dans cette course en double, c'est de partager les savoir-faire.



Pourquoi avoir choisi Sébastien Marsset comme co-skipper ?
Sur la précédente Transat Jacques Vabre, j'étais parti avec Aurélien Ducroz, un rider très connu, mais je savais qu'on avait peu de chance de faire un résultat car le bateau était très vieux (ils avaient terminé 13emes, sur un bateau de 19 ans, ndlr). Là, je voulais quelqu'un qui m'apporte vraiment quelque chose en termes de performance, et quelqu'un avec qui je m'entends bien (non pas que je ne m'entende pas avec les autres...) car on passe quand même quinze jours dans un espace de vie restreint. Je travaille avec le Team Vendée Formation, une école à Saint-Gilles-Croix-de-Vie qui forme les jeunes, et les moins jeunes, à la course au large. Sébastien en fait partie. J'avais navigué pas mal avec Franck Cammas il y a quelques années et Sébastien avait participé à la Volvo Ocean Race avec lui, donc j'ai appelé Franck, et il m'a dit que je ne serais pas déçu de Sébastien, qui est un mec facile, motivé. Il n'y a qu'un souci, c'est qu'il mange énormément (sourires).

Quel sera votre objectif sur cette Transat Jacques Vabre ? Un Top 10 ?
Un Top 10, ça parait difficile, car on n'a pas de bateau à foil (le bateau date de 2007, ndlr). On va déjà essayer d'être devant les autres bateaux à dérive, ce sera déjà pas mal. C'est dur de donner un classement, 10eme ce serait génial. On va essayer d'aller le plus vite possible, et on verra à l'arrivée, en fonction de qui arrive, qui a cassé. On verra devant qui on est.

Vous êtes skipper et Sébastien Marsset co-skipper, les rôles sont-ils bien définis entre vous ?
Pas vraiment. Très honnêtement, les décisions sont prises en commun, on partage les temps de sommeil (deux heures chacun), on partage les manœuvres... On a plutôt un rôle égal. La seule différence, c'est que c'est mon projet, c'est mon bateau. Si à un moment on n'arrive pas à trancher, j'aurai le dernier mot, mais seulement en cas de force majeure. Il n'y a pas de chef.

Attanasio : "ce qui nous manque le plus en solitaire c'est d'avoir l'avis de quelqu'un"

D'autres bateaux ont de co-skippers très forts et expérimentés, comme Banque Populaire X avec Armel Le Cléac'h ou Arkea-Paprec avec Vincent Riou. Seront-ils aussi dangereux que s'ils étaient les skippers des bateaux ?
Sébastien (Simon) et Vincent, sont deux très bons marins, mais le seul point négatif c'est que leur bateau est trop jeune (2019, ndlr), ça met du temps à se régler un bateau comme ça. Pour Armel c'est différent, car Clarisse (Cremer) découvre la course au large. Armel sera là pour lui apprendre. Il est co-skipper, mais s'il y a une décision importante à prendre, c'est lui qui va la prendre, bien évidemment.

Préférez-vous la course au large en solitaire ou en duo ?
Les deux. En double, c'est plus sympa car on peut discuter. Finalement, ce qui nous manque le plus en solitaire c'est d'avoir l'avis de quelqu'un. C'est comme dans la vie... Et si on n'est pas d'accord, il faut argumenter, montrer à l'autre quelque chose auquel il n'avait pas pensé, augmenter le niveau de réflexion. En solitaire, c'est génial d'avoir à gérer tout seul son bateau, sa course, c'est une autre démarche.

Votre compagne Samantha Davies participe également à la Transat Jacques Vabre (avec Paul Meilhat, sur Initiatives-Cœur). Ce n'est pas la première fois que vous serez concurrents, est-ce toujours particulier ?
Je pense qu'elle sera devant moi, car elle a un bateau super rapide, avec un nouveau foil, et elle peut viser la victoire. Quand elle est devant, c'est un challenge de vouloir la rattraper, et quand elle derrière, ça m'inquiète car je me dis qu'elle doit avoir un problème. Pendant la préparation, c'est génial d'être en couple également. En effet, quand on se retrouve au Pôle France de Port-la-Forêt avec tous les autres marins, l'idée c'est de partager tous ensemble pour avancer, pour progresser, mais tout le monde ne dit pas tout. Forcément, chacun est solitaire donc ne veut pas tout partager, donner des secrets. Alors qu'avec Sam, on se dit tout pour se faire progresser l'un l'autre, c'est intéressant.

Vous vous parlez beaucoup pendant la course ?
On ne se parle pas au téléphone. En fait, ce sont ses parents qui viennent garder notre fils Ruben, qui a 8 ans, à la maison, et c'est souvent elle qui a le contact avec eux, et moi je récupère ensuite les news de la maison, les nouvelles du bord.



Que pense votre fils du fait que ses deux parents partent pour une course au large ? Et l'an prochain, pour la première fois, vous allez participer tous les deux au Vendée Globe...
Il adore ça. Il fait des stages de voile pendant les vacances. Depuis la rentrée, il va même au club à Lorient faire de l'Optimist tous les mercredis. Ruben sait très bien ce que c'est. Il sait quand on part. Il est content, car il vient à l'arrivée au Brésil (pour la Transat Jacques Vabre), en Guadeloupe (pour la Route du Rhum...). Il a nagé avec les requins en Guadeloupe. Il est très branché mer. Mais il fait aussi du foot (sourires). La Transat, ça va assez vite, le Vendée, ça sera autre chose. Mais il connait, il a l'expérience. Il a déjà vu deux Jacques Vabre, une Route du Rhum. Là, on ne sera pas là pendant quinze jours, trois semaines. L'année prochaine, ce sera trois mois, mais est-ce qu'il fera la différence ? C'est sûr que ça va être compliqué, mais on commence déjà à s'organiser.

Crédit photo : Magne

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