Monclar : "Que Nadal en fasse péter un quatorzième !"

Monclar : "Que Nadal en fasse péter un quatorzième !"©Media365

Aurélien CANOT, Media365, publié le mardi 25 mai 2021 à 15h37

Consultant basket numéro 1 de la chaîne beIN Sports, Jacques Monclar a fait partie des commentateurs d'un jour sur le tournoi de Lyon la semaine dernière dans le cadre d'une initiative de We Are Tennis - BNP Paribas. Ravi de pouvoir œuvrer sur l'un de ses autres sports préférés, l'expert du ballon orange revient pour nous sur cette expérience qu'il a adorée. Il évoque également sa passion pour le tennis.



Jacques Monclar, à l'initiative de We Are Tennis - BNP Paribas, vous avez eu le plaisir de commenter le deuxième match de tennis de votre carrière de consultant. Avez-vous pris votre pied ?
Oui, c'est toujours sympa. On le fait avec les invitations de We Are Tennis et BNP Paribas, qui sont vraiment adorables. Quand on aime le sport, le tennis est un sport que l'on suit tout le temps. Entre les grands événements, les tournois du Grand Chelem, l'actualité, les tournois ici-et-là, les repères que l'on a, les personnages... J'ai vécu plein de générations de tennismen et je me suis régalé. En plus, je ne connaissais pas très bien (Karen) Khachanov. Mais Richard Gasquet, c'était sympa de le commenter. Son revers est un délice, et puis il masque les amorties. Même s'il n'était pas très bien physiquement, il a fait un très bon deuxième set. Et le Khachanov en question qui n'avait pas bien performé pour l'instant a envoyé du lourd. C'était vraiment adorable, d'autant que Thibault Le Rol, que We Are Tennis a pris comme commentateur est un grand pro du tennis. C'était très sympa. Je me suis vraiment régalé et je remercie encore We Are Tennis, qui fait vraiment des trucs bien en s'investissant notamment pour les jeunes (via le Team BNP Paribas Jeune Talents) et en accompagnant financièrement la jeune génération. C'est vraiment un partenaire hyper intéressant.

D'un point de vue journaliste et technique, en quoi est-ce différent de commenter du tennis par rapport au basket ?  
Déjà, on parle beaucoup moins. D'abord, comme en basket, c'est le commentateur qui fait le play by play. Mais il y a aussi plus de temps morts, on regarde, il faut être attentif au nombre de coups joués. Après, quand on fait l'expertise, on n'a pas la prétention de vouloir apporter des choses supérieures techniquement et tactiquement. On accompagne et, simplement, le point commun (avec le basket), c'est l'observation. Il faut écouter ce que dit le commentateur et essayer d'apporter un peu d'humour, d'étonnement, d'admiration et de surprise. Et, vraiment, je me suis régalé. En plus, dans ce décor. C'était au Parc de la Tête d'Or, qui est cher à mon coeur, car c'était un des endroits préférés de ma maman. Et ça m'a fait plaisir de revoir des gens, de voir ces tennismen retrouver du public. On a débattu avec Thibault (Le Rol) de plein de choses. Il m'a branché sur Benoît Paire, sur Richard (Gasquet), sur l'actu...

Le risque en tennis n'est-il pas de se muer sur certains points davantage en spectateur qu'en consultant ?
Je me suis surpris sur les balles que tu sens longues - en plus on n'était pas en cabine, mais dans un canapé dans un salon - à faire des "Hop là", parce que je la voyais longue ou ligne. Mais ça, ce n'est pas bon (rires). C'est prenant parce qu'à des moments, on se dit : "tiens, il est battu", mais il va chercher et il trouve un angle. C'est hyper intéressant. Il y a aussi un autre truc incroyable en tennis, c'est comment les points pèsent.

« Les Noah, McEnroe, Edberg m'ont bercé »

Avez-vous pratiqué vous-même le tennis ?
J'ai arrêté jeune (le basket), à 32 ans. Je suis devenu entraineur. Et j'ai joué au tennis à la fin de ma carrière. J'allais jouer au tennis tous les midis, et il y a des choses qu'on aime bien. J'aimais aller à la volée, j'aime les joueurs qui vont à la volée, même si je suis un fan de Nadal. Les Yannick (Noah), McEnroe, Edberg m'ont bercé pendant plein d'années. Un bon serveur ? Oui, je ne me débrouillais pas trop mal, mais j'avais un problème de dos. Mais, oui, service, volée mais pas que par la taille. J'aimais bien les petits pas, l'anticipation, la montée à contresens, j'aimais bien.

Il ne s'agissait pas de vos débuts comme consultant pour un match de tennis, puisque vous aviez connu une première assez vertigineuse à l'occasion d'une finale de Jeux Olympiques. Rien que ça...
Oui, Federer-Murray avec une victoire de Murray dans un Wimbledon bigarré. Le regretté Patrice Dominguez, qui était un personnage fantastique, m'avait lâché dans la tribune. Je faisais des points, je commentais quelques échanges. On revenait vers moi, c'était un événement. La joie du public anglais aussi qu'il fallait transmettre. Cette espèce de bonheur que les Anglais avaient à voir gagner cet Écossais de Murray. Patrice m'avait fait faire ensuite les vestiaires, le couloir, la salle de repos et l'entrée sur le Centre Court. Et après, on était allés voir le fameux Peach de Wimbledon, c'était un moment délicieux.

Vous n'avez pas encore eu le plaisir de commenter Rafael Nadal, qui reste néanmoins votre joueur préféré...
Oui, j'admire son humilité, sa détermination, sa constance, sa résilience, ce fameux mot qui est galvaudé, mais, lui, c'est quelqu'un qui est simple, qui ne fait pas d'histoires, est d'une humilité sans bornes. C'est un travailleur acharné et l'un des plus Grands de l'histoire avec bien-sûr Federer et Djokovic. Même si cette année, la nouvelle génération frappe sérieusement à la porte. Je pense que l'on gravera encore le nom de Nadal sur le trophée malgré tout. Car ce n'est pas pareil de jouer Nadal en deux sets gagnants qu'en trois sets gagnants. Il y a aussi la notion de physique qui joue sur deux semaines. En tout cas, Tsitsipas (vainqueur à Lyon) est un très beau champion en devenir. Mais comme Zverev ou Dominic Thiem, même s'il n'est pas bien cette année pour l'instant. Il y a aussi Medvedev, même s'il a du mal sur terre battue. En tout cas, cela va devenir de plus en plus exigeant pour Federer, bien sûr, pour Nadal aussi. Un peu moins pour "Djoko", qui est plus jeune et a quand même encore un peu de marge. Mais j'aimerais beaucoup que Nadal en fasse péter un quatorzième à Roland-Garros (sic). Car il n'y a qu'à la pétanque que l'on reste à treize (rires).

Vous n'êtes pas sans savoir que cette année, Nadal et Djokovic pourraient se retrouver dès les demi-finales...
Déjà, il faut y arriver à la demi-finale. C'est d'ailleurs ce que j'adore dans tous les grands tournois, et c'est pareil dans les grandes compétitions en basket, les premiers matchs constituent souvent un danger. Ce serait un tremblement de terre qu'ils n'arrivent pas en demi-finales, mais cela se produit souvent cette affaire-là. Après, "Djoko" est peut-être plus fragile que Nadal, car il a parfois des mauvais jours sur terre battue. Il n'empêche que l'on a affaire à deux fuoriclasse.

« On ne peut avoir que de l'affection pour Kyrgios »

Imaginez-vous des Français atteindre la deuxième semaine ?
Cela aurait été bien que Gaël (Monfils) gagne un deuxième match (à Lyon), ce n'est pas passé loin. Il est celui qui représente quelque chose. Après, on peut toujours s'attendre à une belle surprise à la Hugo Gaston, pourquoi pas avec un Corentin Moutet ou un Pierre-Hugues Herbert, mais qui a l'air moins à l'aise sur terre battue. J'aimerais bien un revival de Richard (Gasquet), mais ça me paraît un peu compliqué. Il y a Chardy aussi qui peut faire un truc et Benoît Paire, qui a l'air de s'entraîner en ce moment et qui a un talent pour gagner des matchs si son mental est à la hauteur de leur tennis. Je leur souhaite.

On a le sentiment que Yannick Noah peut dormir tranquille de longues années encore ?
Cela fera quarante ans dans deux ans. Yannick, c'est un excellent copain. Il fait partie des monuments de Roland-Garros. Il a fait non seulement bougé toute la Porte d'Auteuil, mais aussi toute la France (il se marre). Quand il a gagné contre Wilander, la France s'est levée. C'était France 98.  Et que ce soit Yannick ou Bernard Hinault, cela fait quand même un moment que l'on attend la suite.

A l'époque, vous n'aviez d'yeux que pour John McEnroe...
Ah oui, John Patrick (de son vrai prénom)... D'ailleurs, pour la confidence, mon regretté frère s'appelait Patrick et Julien, mon fils, a les mêmes initiales que McEnroe : JPM, Julien Patrick Monclar. J'étais complètement fan de McEnroe. J'aimais beaucoup Connors et sa capacité absolument exceptionnelle en retour de service avec sa petite raquette Wilson en ferraille. Il n'y a que lui qui pouvait jouer avec un truc pareil. Borg était hyper respectable, Lendl aussi, j'aimais aussi beaucoup Edberg et Gerulaitis. J'ai plein de souvenirs de tennis, le service à la cuillère de Chang, la plus belle escroquerie de l'histoire. Mais John McEnroe, c'était trop beau. Il n'a jamais gagné Roland-Garros, mais ce côté sanguin... Qui manque maintenant. C'est pour ça que l'on ne peut avoir que de l'affection pour Kyrgios, qui est rigolo. Parce que les tennismen ont trop aseptisé les choses, et ça vaut d'ailleurs pour la NBA. Il faut laisser apparaître la part de folie.

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