Mahut : " La wild card ? Je voulais la rendre ! "

Mahut : " La wild card ? Je voulais la rendre ! "©Media365

Rédaction Sport365, publié le lundi 27 mai 2019 à 11h13

Auteur de l'exploit de la première journée, dimanche face à Marco Cecchinato, en réussissant à renverser l'Italien sur le court Simonne-Mathieu dans une ambiance incroyable, Nicolas Mahut, 253eme au classement mondial, a avoué après-coup qu'il avait eu l'intention de rendre l'invitation aux organisateurs juste avant le début du tournoi en voyant son niveau. Finalement, son entourage a réussi à le convaincre de ne pas le faire. L'Angevin se réjouit d'avoir écouté ses proches.



Qu'est-ce que cela fait d'être le premier homme à gagner sur ce tout nouveau court Simonne-Mathieu ?
Le premier à avoir joué dessus, le premier à avoir gagné, et en cinq sets en plus. Tout le monde l'aura oublié dans quelque temps, mais moi, je vais m'en souvenir longtemps, je suis très content.

Que signifie pour vous cette victoire venue d'ailleurs ?
Je ne sais pas. Pour l'instant, je savoure uniquement. C'est vrai que c'est de loin ma plus belle victoire à Roland. Je n'en ai pas eu cinquante non plus. Celle-là, je m'en souviendrai, sur ce court qui est extraordinaire. Quand j'ai su que j'allais jouer, j'avais dit que s'il y avait une possibilité de jouer sur ce court, j'aimerais bien. C'est une vraie réussite, ce court. Je sentais qu'il pouvait y avoir une ambiance incroyable, et c'est ce qui s'est passé. Je me retrouvé mené deux sets à zéro, je gagne le troisième, je me dis : « allez, on fait un petit effort sur le quatrième, et cela prend au cinquième. » Au cinquième, c'est ce que je disais, il n'y a plus de classement, plus de 20eme mondial contre le 250eme. C'est un vrai combat. Le public fait la différence à ce moment-là. C'est l'avantage d'être Français quand tu joues à Roland. Cette victoire, je la place très, très haut dans mes souvenirs.

Réalisez-vous l'exploit que vous avez réussi ?
C'est très compliqué. Déjà, il y a des personnes qui ont pris des risques en me donnant cette wild card. Je sais que le capitaine (de l'équipe de France de Coupe Davis, Sébastien Grosjean) a poussé pour moi, le DTN Thierry Champion aussi. Ca a été validé par Guy (Forget), et le Président (de la FFT, Bernard Giudicelli) aussi derrière. Mais ce n'était pas évident, parce que je n'avais pas très bien joué et parce que j'avais été blessé ces dernières semaines. Ils m'ont fait confiance. Déjà pour ça, j'en profite pour les remercier. C'était loin d'être gagné. Pour la petite anecdote, vendredi, il y a une semaine, vendredi avant les qualifications, on était à l'entraînement, cela ne s'était pas bien passé. J'avais eu encore un peu mal au dos. Je voulais rendre la wild card en leur disant : « je ne serai pas prêt ». Le staff m'a dit : « attends, de toute manière, tu as jusqu'à dimanche, prends encore un peu de temps, repose-toi ». Et puis, c'est allé de mieux en mieux. Samedi, c'était mieux, dimanche, c'était mieux. J'ai eu une semaine de préparation, avec les coachs, avec Jean-Michel, qui ne m'ont pas lâché. Ma femme aussi, tous les soirs, me répétait : « ne te mets pas de pression, lâche prise, cela va bien se passer. » Finalement, je leur ai fait confiance et aujourd'hui (dimanche), j'ai été récompensé.

Mahut : « J'ai fini par y croire »

Vous imaginiez-vous capable de pareille performance ?
En tout cas, comme je l'ai dit, que ce soit mon staff, mes coachs, mon entourage professionnel, ma femme, ils me l'ont mis dans la tête. Au final, j'ai fini par y croire. Quand j'ai vu le tirage, je me suis dit : ce n'est pas évident. Le lendemain, je m'étais dit déjà que j'allais peut-être pouvoir avoir le Simonne-Mathieu, il fallait attendre le tirage. Et puis, je l'avais déjà battu (Cecchinato), même s'il n'était pas à ce classement. Je me suis dit que par rapport à la manière dont j'allais jouer ce match, peut-être que ça pouvait passer. C'était une petite chance, forcément. En tout cas, je l'ai saisie, ils m'ont mis ça dans la tête, et ça a bien pris.

Aviez-vous à l'esprit pendant cette partie que vous étiez peut-être en train de disputer votre dernier match ici à Roland-Garros ?
Je ne sais pas quoi vous dire. Je ne sais pas quoi vous dire parce que si je vous dis oui, ça veut dire que j'arrête, si je vous dis non, je ne serai pas tout à fait honnête. Je ne sais pas trop quoi vous répondre.

Alors parlez-nous de ce jeu à 3-3 au cinquième set où vous sauvez trois balles de break. Ensuite, tout a basculé...
Je suis en difficulté sur ce jeu, je sers moins bien. Je varie moins les zones. Je sens que lui, à ce moment, il en remet un peu plus. Forcément, c'est un jeu charnière. S'il me breake à ce moment-là, peut-être qu'il se libère, et je ne fais pas le jeu à 5-4. En restant devant, au cinquième set, il y a quand même un avantage de faire la course en tête parce que très clairement, sur le jeu que je fais à 5-4, je prends une option. Sur ce jeu, je me dis que quoi qu'il arrive, je vais tenter sur tous les points, et faire un 0-15, un 0-30. Forcément, après, on se retrouve à deux points du match. Ce jeu était très important, vraiment crucial.

Mahut : « J'ai un crédit limité, quand même »

Avez-vous le souvenir d'avoir d'avoir pris des options de jeu aussi radicales sur terre battue dans votre carrière, et de vous y être tenu pendant tout un match ?
Je l'avais fait une année, où j'avais perdu au troisième tour, contre Gilles (Simon). Je ne sais plus en quelle année c'était (2015). J'avais déjà essayé de prendre cette option. Aujourd'hui (dimanche), encore plus, je savais que je n'avais vraiment aucune chance. Au début du match, en plus, il jouait plutôt bien. Il a une balle qui rebondit beaucoup, donc si je ne vais pas au rebond, si je n'agresse pas, je me fais dominer, pas sur la première, mais il me fait courir, une fois, deux fois, et en trois coups, j'ai perdu le point. Aujourd'hui (dimanche), je sentais que je n'avais pas de solution, enfin, je n'avais que cette solution pour gagner, donc je suis allé à fond là-dedans. Au début, c'était un peu difficile. Et puis, cela s'est mis en place. Ca m'a souri. Je n'avais vraiment pas le choix aujourd'hui (dimanche).

Allez-vous demander à rejouer sur le même court au prochain tour ?
J'ai déjà demandé beaucoup de choses, depuis le début du tournoi (rires). J'ai demandé la wild card, j'ai demandé le premier tour. Il ne faut pas être trop gourmand. Déjà, je vais demander à jouer le double, après mon premier tour de simple. A un moment donné, j'ai un crédit limité quand même (rires).

Qu'a-t-il de si particulier ce court qui fait tant parler ?
Le fait qu'il soit dans les serres. Le chemin pour y aller aussi. On part du Central, on marche un peu, mais on rentre dans les serres. Déjà, c'est magnifique. Il est vraiment réussi, avec ses petites verrières. On sent à la fois que c'est un grand court, mais que les spectateurs sont proches de nous. En jouant dessus, j'avais le sentiment que c'était entre le court 1 et et le court 2, en termes de sensations. C'est un court génial pour les attaquants. Et puis forcément, après, avec le public, ça fait beaucoup de bruit. C'est vraiment agréable. J'ai ressenti beaucoup d'émotions sur le court aujourd'hui (dimanche).

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