Les vérités de Roger Federer

Les vérités de Roger Federer©Media365
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Aurélien CANOT, publié le jeudi 23 mai 2019 à 11h27

Interrogé longuement dans L'Equipe ce jeudi, Roger Federer (37 ans) revient sur sa décision d'effectuer son grand retour à Roland-Garros après trois ans d'absence. Contrairement à ce que beaucoup pensent, le Suisse assure qu'il adore le tournoi parisien ainsi que la terre battue. Mais surtout sous le soleil. Et même si cela n'a pas été tout le temps le cas.

Après trois ans d'absence, Roger Federer fait son grand retour cette année à Roland-Garros. Cela n'a échappé à personne. Et si c'est le cas, le seul tremblement de terre provoqué par son arrivée et ses premières balles frappées, mardi dernier à l'entraînement, ont probablement suffi à alerter ceux qui n'étaient pas au courant. Car, oui, cette année, le joueur le plus attendu sur les courts de la Porte d'Auteuil ne sera pas Rafael Nadal, mais bien Federer. D'ailleurs depuis que le Suisse a annoncé sa présence, il ne peut pas terminer un entretien sans avoir à expliquer les raisons de ce come-back. L'intéressé est d'ailleurs revenu encore longuement sur son choix pour nos confrères de L'Equipe dans une interview publiée ce jeudi dans le journal. « Pour quoi j'ai décidé de revenir ? L'envie, tout simplement, répond le Bâlois. Je n'avais pas projeté de rater Roland trois années d'affilée. Cette année, c'était clair (...) Mais c'est surtout l'envie de retrouver la terre et Roland. Il y a encore plus de plaisir à revenir cette année. » Au-delà de la décision de Federer de retrouver la terre battue de la Porte d'Auteuil, ce sont surtout les raisons de son absence depuis trois ans qui interpellent. Là aussi, le vainqueur de l'édition 2009 joue franc-jeu. « En 2016, je m'entraînais sur le court numéro 1 et je me disais : « Qu'est-ce que je fais ici à Roland ? Mon dos est complètement bloqué, mon genou n'est pas bien, c'est maximum un troisième tour (...) En 2017, je me suis entraîné deux jours sur terre, parce que je pensais que j'allais jouer. Il neigeait, il faisait quatre degrés et je suis allé jouer sous une bulle avec Pierre-Hugues Herbert. Honnêtement, je me suis demandé : « Est-ce que j'ai encore besoin de ça ? Taper dans une bulle, ça inspire zéro (...) En plus, j'avais tellement bien joué en 2017 que j'ai pensé qu'il fallait que je prenne du temps et que je ne me stresse pas à jouer Roland pour jouer encore Roland. » Et 2018 ? « C'était l'anniversaire de ma femme, j'avais envie de faire une coupure, de vraiment fêter son anniversaire et de prendre le temps pour les copains, ma femme et mes enfants. »

Federer : « Au début, ce n'était pas l'amour fou »

Si certains trouveront certaines de ses raisons discutables, « RF » ne cache pas que la perspective de devoir s'entraîner sur terre autrement que dans les conditions du tournoi ne l'a jamais emballé. « J'ai envie de jouer en plein air, quand il fait beau. » Car au même titre qu'il assure qu'il ne vient pas faire ses adieux au public parisien cette année (« Ce n'est pas l'idée »), le Bâlois jure qu'il n'a rien contre la terre battue ou Roland-Garros, contrairement à ce que beaucoup pensent. Ce sont uniquement les aléas de la vie, son amour fou pour Wimbledon ainsi que ses premiers pas sur la surface ocre (onze défaites sur ses... onze premiers matchs) qui ont fait qu'il lui a rapidement préféré le gazon londonien ou le dur de l'US Open et de l'Open d'Australie. « Le petit problème était que j'étais tellement fan de Wimbledon, avoue le numéro 3 mondial. Et quand tu es fana de Wimbledon, Roland, c'est toujours deuxième, troisième ou quatrième, pas premier. Je ne dis pas que c'est moins la priorité, mais pour ceux qui adorent Wimbledon à tout prix, Roland vient un peu perturber la préparation de Wimbledon juste derrière ». Tout en sachant que ses idoles de jeunesse n'y sont pas pour rien elles non plus. « Mes idoles étaient Edberg, Becker et Sampras. Les trois n'ont jamais gagné Roland, malheureusement. Donc forcément, quand j'étais enfant, mon rêve n'était pas de gagner Roland, puisque eux ne l'avaient pas fait. C'était bien, mais ce n'était pas l'amour au début. » Mais ça l'est devenu.

Un déclic en 2005, un autre en 2009

« Au fil du temps, je suis tombé amoureux de Roland et Paris », explique Federer, conscient que l'édition 2005 du tournoi a joué un grand rôle dans ce sens. « Quand j'ai atteint la demie (défaite en quatre sets contre Nadal), ça m'a permis de rester enfin deux semaines et demi à Paris et de vraiment commencer à connaître la ville, les spectateurs, parler avec les journalistes et commencer à tisser un lien. Cette année-là a été beaucoup plus importante que l'on peut le penser aujourd'hui. » Le soutien du public, lors de sa seule victoire à ce jour, en 2009, a lui aussi grandement contribué à rabibocher le Suisse avec « Roland » et la terre. Cette année-là, un autre déclic c'est produit. Au niveau du public cette fois. « Les spectateurs m'ont énormément poussé en 2009, se souvient Federer. Ils voulaient voir Federer gagner ce Roland. C'était un peu « le mec qui le mérite, il est cool, j'aime bien son jeu, ça me fait penser à Yannick Noah, avec les chips. Honnêtement, ça m'a énormément touché. Peut-être plus que partout ailleurs. » Dix ans après, ce soutien résonne encore dans l'esprit du compatriote de Stan Wawrinka, lui aussi couronné dans la Capitale. En y réfléchissant bien, il reconnaît même que son choix de revenir à Paris cette année n'y est pas étranger. « C'était difficile de prendre la décision de ne pas revenir les trois dernières années. » Même dans ce stade qui n'a plus rien à voir avec celui qu'il avait connu. « Je serai le mec perdu à Roland », s'amuse Federer dans L'Equipe. Quelque chose nous dit que le champion aux vingt titres en Grand Chelem devrait très vite retrouver son chemin.

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