Thomas Siniecki, Media365 : publié le lundi 09 juin 2025 à 23h35
La finale de Roland-Garros 2025 a possiblement créé un mythe.
Björn Borg face à John McEnroe ; Roger Federer face à Rafael Nadal. Des années 1980 à 2010, ce sont les deux rivalités indissociables de l'histoire du tennis, dans l'esprit des fans tout autant que dans celui du grand public, tant ces duels ont dépassé le cadre du sport. Il faut aussi y associer Novak Djokovic face à Rafael Nadal, ce dernier étant donc le seul à avoir dû se payer ses deux amis monstres tout au long de sa carrière. "On se demandait comment ça allait être possible après l'aire du Big Four ou Big Three, et ils sont là-dedans." "Ils", ce sont Carlos Alcaraz et Jannik Sinner. Et ces propos de la directrice du tournoi Amélie Mauresmo n'ont été prononcés qu'avant la finale de dimanche... Depuis, ils ont été renforcés presque au centuple.
Juan Carlos Ferrero, certes devenu coach de Carlos Alcaraz, n'en est pas moins autorisé à donner un avis plus large en tant qu'ancien n°1 mondial, lui aussi (durant huit semaines, de septembre à novembre 2003) : "Pour le sport, c'est absolument merveilleux et incroyable d'avoir ce genre de joueurs après les Roger Federer et 'Rafa', après Novak Djokovic qui joue encore. Avoir ces deux garçons qui luttent pour les grands trophées, on ne peut que s'en réjouir pour le tennis et pour eux, bien entendu. A chaque fois qu'ils vont sur le court, ça fait monter leur niveau car ils font de leur mieux pour battre l'autre, ça les fait progresser encore plus." Exactement comme le Suédois et l'Américain 40 ans plus tôt, ou comme les plus contemporains rivaux suisse, espagnol et serbe.
Mauresmo : "Ils vont être là pour un long moment"
Mauresmo ne se mouille pas trop, "l'avenir nous le dira forcément", mais il y a bien un constat universel : "Ces deux-là en finale, ce n'est évidemment pas un hasard. D'abord par leur classement, et au vu de leur âge on peut effectivement imaginer qu'ils vont encore continuer à progresser, à évoluer et à faire évoluer le jeu, parce qu'ils font évoluer le tennis masculin. On peut imaginer qu'ils vont être là pour un long moment. Ils ont un niveau extrêmement élevé et déjà un palmarès incroyable, aussi, à leur âge. On pense forcément qu'ils vont être là pendant un moment, avec cette rivalité sous-jacente qui va animer le circuit." Et ce ne sera peut-être pas si sous-jacent que ça, mais au contraire tout à fait clair.
A l'Open d'Australie 2012, pour la seule autre finale de tournoi du Grand Chelem plus longue que celle de dimanche (5h53' contre 5h28'), Novak Djokovic et Rafael Nadal étaient un peu moins jeunes, respectivement 24 et 25 ans - contre 23 ans pour Jannik Sinner et 22 ans pour Carlos Alcaraz. Ils gagneront en expérience, mais c'est bien le physique absolument démentiel de leur jeunesse qui leur a permis d'offrir ce spectacle qui, au fil des longues dizaines de minutes, ne semblait faire que s'améliorer. Si le match avait duré jusqu'à lundi soir, ils seraient sans doute en train de se renvoyer tous les coups possibles et imaginables, l'un porte d'Auteuil et l'autre porte de Saint-Cloud... Alors, qu'en sera-t-il en 2030 ? Et en 2035 ? Et en 2040 ? Et dans moins de cinq semaines, déjà, à Wimbledon, Jannik Sinner sera-t-il capable d'aller chercher Carlos Alcaraz dans son autre jardin ?
Alcaraz : "Ce ne sera pas un virage"
C'est tout l'enjeu terriblement passionnant d'adversaires qui vont eux-mêmes évoluer sans cesse, et on ne sait pas dans quelles dimensions ni proportions. Le physique, la technique ? Les deux, et sans doute tant d'autres domaines auxquels ils sont les seuls à pouvoir penser. Il faudra simplement profiter, remercier et déguster. "A l'époque, le jeu était un peu différent, estime Jannik Sinner. Désormais, la balle va très vite et c'est très physique, ce qui donne une rivalité un peu différente. On ne peut pas comparer. Pour battre n'importe lequel, que ce soit Novak Djokovic, Rafael Nadal, Roger Federer ou Carlos Alcaraz, il en faut beaucoup. Et d'autres aussi." Cette dernière petite phrase, c'était juste pour être sympa. "Je suis heureux d'en faire partie, c'est spécial. C'est bien pour le sport et le tennis, pour le public, de produire un jeu de ce niveau."
Carlos Alcaraz, pour terminer, nous explique tout simplement pourquoi ça ne fait que commencer : "Ce ne sera pas un virage dans notre rivalité. Il va tirer les leçons de ce match et revenir plus fort. La prochaine fois qu'on jouera l'un contre l'autre, je suis à peu près certain qu'il fera ce qu'il faut pour que ça fonctionne. J'espère aussi tirer les leçons de ce match et voir comment m'améliorer et tactiquement, le gêner dans son jeu. Je le répète : je ne pourrai pas le battre éternellement." A quoi bon compter sur l'intelligence artificielle ou on ne sait quoi, quand on a les cyborgs Jannik Sinner et Carlos Alcaraz ?















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