Yannick Noah : " On s'est fait défoncer "

Yannick Noah : " On s'est fait défoncer "©Media365

Rédaction Sport365, publié le dimanche 25 novembre 2018 à 21h55

Après avoir refusé de s'exprimer sur le court à chaud après la défaite des Bleus face à la Croatie en finale de la Coupe Davis pour sa dernière comme capitaine, Yannick Noah a tranché dans le vif, ensuite en conférence de presse. Conscient que son équipe était tombée sur des adversaires tout simplement plus forts, "Yann" a également expliqué ses regrets concernant Gilles Simon et surtout Gaël Monfils, les deux grands absents du week-end.



Vous qui êtes connu pour arriver à transcender les joueurs de simple, vous n'y êtes pas parvenu cette fois...
Ah bon ? Quels sont les derniers matches de l'équipe de France que vous avez vus des joueurs de l'équipe de France qui ont joué sur les trois derniers mois ? Vous avez vu tous les matches des deux derniers mois, depuis que l'on sait que l'on est en finale, non ? Moi, je les ai tous vus. Dites-moi ce qui a manqué sur les matches d'aujourd'hui (dimanche) et sur les joueurs qui ont joué. Dites-moi combien on a battu de joueurs du Top 5, 10, 20, 30 sur les six derniers mois ? C'est facile, on regarde. Moi, mon sentiment, mais je peux me tromper, c'est que les gars ont fait le maximum. Et des fois, tu perds contre plus fort. Mais là, la barre était trop haute. C'est mon sentiment, je me trompe souvent. Je me suis trompé souvent et ce n'est pas fini. On a essayé (il se marre), on a tout donné, on a tout donné, on peut expliquer tellement de choses. Avec mon décodeur, depuis la dernière que l'on s'est vu ici, je n'ai pensé qu'à ça : comment on pouvait faire. Alors peut-être que les joueurs qui ont joué ce week-end vous les avez vu jouer beaucoup mieux ces deux derniers mois. Peut-être que vous avez vu des matchs que je n'ai pas vus. Il y a peut-être de statistiques que je n'ai pas. On n'a pas démérité, mais à un moment, tu perds contre une équipe qui est plus forte. C'est pour ça que je ne suis pas si déçu que cela en fait. On s'est fait défoncer. Les mecs ont été bons, on n'a pas fait un break.

Avez-vous des regrets par rapport à vos choix sur cette finale ?
J'ai un vrai regret vis-à-vis de Gaël (Monfils). Quand j'ai pris ce poste prestigieux, j'avais un truc en tête : c'est Gaël, je vais m'en occuper. Je ne suis pas le premier et le dernier à penser qu'il y a quelque chose à faire. Je voulais en faire mon homme de base de l'équipe et au final, il n'aura joué qu'un match avec nous. Quand on a joué le Canada en Guadeloupe en février 2016, Gaël était le seul du groupe qui ne voulait pas disputer la rencontre là-bas. Deux jours avant son match, il m'a même expliqué qu'il n'était pas prêt. Finalement, je suis parvenu à le persuader de venir sur le court vu que face aux Canadiens sur terre-battue à 45 degré à l'ombre, je me disais que l'on avait de la marge. Lorsqu'il a gagné, il est tombé dans mes bras et m'a dit que c'était le plus beau jour de sa vie. C'est la dernière fois qu'il a joué. Par la suite, il y a eu l'épisode Zadar. Je ne vais pas refaire l'histoire, mais ça ne pouvait pas passer car ça casse le groupe. Je regrette de ne pas avoir eu la possibilité de l'aider, en tant que copain, en tant que joueur, en tant que capitaine... Gaël je ne comprends pas, je n'ai pas trouvé les clés pour l'aider.

Noah : "Gilles a du mal avec ma manière de fonctionner"


Et pour Gilles Simon ?
Gilles, c'est différent. Il sortait d'une année difficile, il était descendu au classement. Il était un peu sorti, mais il faisait partie du groupe. Il a une approche différente et intéressante. Depuis quelques mois, il a eu de bons résultats. En attendant, l'équipe avance et il y a des critères de sélection. Gilles m'a exprimé sa difficulté à fonctionner avec mes critères quand il y avait des doutes, c'est-à-dire de donner la sélection au dernier moment. Ma philosophie est de faire durer le plus longtemps possible pour créer une émulation. Je ne suis pas capitaine de la Croatie avec le 7eme mondial et le 12eme mondial, il n'y a pas de débat. Nous, il y en a un. J'ai beaucoup pensé à Gilles. Je lui ai dit que je ne pouvais pas le prévenir une semaine avant s'il allait jouer, et ce n'est pas sa manière de fonctionner.

Comment voyez-vous les compétitions, qui vont arriver l'année prochaine ?
Rien ne sait ce que le futur va amener. Tout est confusion. On parle d'argent mais quel est le prix d'un ramasseur de balle qui fait une photo avec Lucas Pouille ? Ici, on est à Lille. On touche beaucoup de monde. Les gens sont heureux de voir du tennis. J'ai dit à mes joueurs d'y aller l'an prochain mais on sait que ce ne sera jamais la même chose. J'espère vraiment qu'ils ne vont pas l'appeler la Coupe Davis, parce que ce ne sera pas la Coupe Davis. Ceux qui nous disent ça nous mentent. Je l'ai dit au président de l'ITF, ce sont des menteurs. Je ne suis pas de leur monde.

Amélie Mauresmo va vous succéder comme capitaine. Pensez-vous qu'elle sera à la hauteur ?
Amélie sera une bonne capitaine. Elle connaît le tennis et le très haut-niveau. Elle a été numéro 1 mondiale, je ne l'ai pas été, elle a entraîné Murray, qui a été numéro 1 mondial. Moi, je n'ai jamais coaché un tel joueur. Elle sait comment ça se passe. Si elle a besoin de deux ou trois clés, je la vois demain (lundi). Amélie, c'est une amie, une copine.

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