Coupe Davis : Le long monologue de Yannick Noah

Coupe Davis : Le long monologue de Yannick Noah©Media365
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Aurélie SACCHELLI, publié le lundi 27 novembre 2017 à 00h22

En conférence de presse ce dimanche soir après la victoire de la France en Coupe Davis, Yannick Noah s'est lancé dans un long monologue de dix minutes où il a pu dire tout ce qu'il avait sur coeur. Et il avait beaucoup de choses à dire...

« Cela n'a pas été vite (de remporter la Coupe Davis pour sa deuxième campagne, ndlr). Disons que j'ai la chance d'avoir eu la possibilité de parler avec Guy (Forget), qui a connu ces joueurs pendant 10 ans. Il fait partie de notre aventure, tout comme Arnaud (Clément). Dans ces moments, on peut se dire les choses. Aujourd'hui, on a gagné cette finale. C'est assez unique, parce qu'il y a eu quatre points avec quatre joueurs. C'est un peu comme ça que notre histoire a commencé. On savait qu'on avait un groupe. On n'a pas seulement essayé de communiquer. On l'a vécu.
Gilles est là, il a remporté des points. S'il n'avait pas été là, on ne serait pas là. Jeremy contre les Anglais, s'il n'avait pas été là... Il a joué monstrueux. Et d'autres, ceux qui ont fait partie de cette aventure de deux ans, mais aussi ceux d'avant. On apprend beaucoup des défaites.
Notre truc, c'était ensemble depuis le début. Après on a changé parce qu'on trouvait que ça swinguait moyen mais le fond du truc, c'est qu'on est ensemble, toujours.
On parle de Goffin, de l'équipe belge. C'était un beau week-end de Coupe Davis, de finale, c'était très beau. Les supporters, l'endroit, le stade, les joueurs, les comportements, il n'y a pas eu un problème. C'est fantastique.
Le premier jour, Jo, il défonce. Lucas, il fait un bon match contre Goffin. Il fait un match fantastique, parce que Goffin est super fort en ce moment. Après, il y a le double. On peut parler de technique, de plein de choses mais ça se joue à trois ou quatre points. Il (Herbert) fait un ace sur seconde balle, c'est une balle de deux sets à un. Bah ouais, on peut parler pendant 10 jours, 10 ans des doubles fautes. Par contre, il faut se souvenir que sur une seconde balle, on a fait un ace. Elle a touché la ligne. Il y a eu un challenge et on l'a gagné. On gagne ce point, on gagne ce jeu. Ça tient à pas grand-chose.
Après, il y a le dernier match. Jo joue contre Goffin, c'est un match incroyable. Le premier set, ça joue, quoi ! On s'est préparé pour ça. David, il joue vraiment bien. Jo n'a pas démérité.
Après, c'est super, ça devait être écrit que Lucas devait gagner chez lui. Il fait un match fantastique, de même niveau que Jo le premier jour. Je suis très content de mon équipe. C'est dur, parce que quand tu ne gagnes pas pendant 16 ans, tout le monde s'habitue à perdre. J'avais oublié ça. Enfin, je n'avais jamais ressenti ça. En demie, ça m'a défoncé la gueule cette culture de la loose. C'est dur, la culture de la loose ! Très dur, parce que ce n'est plus un match, tu ne joues même plus contre l'adversaire, tu joues même parfois contre des gens de ton équipe. Notre équipe, c'est quoi ? C'est notre pays.
Là, on gagne, on est hyper contents. C'est dur de trouver les mots. On l'a tellement voulu. On en a rêvé, vous ne pouvez même pas imaginer. Vous ne pouvez pas imaginer comment on a rêvé de ce moment. On n'a pas de revanche à prendre sur rien. C'était dur.
Quand tu vois les Belges arriver, ils sont légers. Nous, on a un truc lourd. Ce n'est pas de notre faute. On fait du mieux. Quand on m'a demandé d'être capitaine, j'ai dit : pourquoi vous voulez qu'on soit capitaine ? C'est quoi notre objectif ? On a envie de jouer pour les gens qu'on aime, qui nous aiment. C'était dur.
Pour la petite histoire, quand on a gagné en demie ici, notre rêve était de mettre le petit de Jo dans la Coupe. On va faire ça (Rires) Oui, c'est dur mais on a réussi. Faire face à toute cette adversité.
C'est vrai que perdre pendant 16 ans, ce n'est pas juste perdre des matchs. Il s'installe des trucs très bizarres. Aujourd'hui, je suis heureux parce que j'ai pu filer ma Coupe à mon dernier gamin, qui a 14 ans. Il a sa Coupe lui, les autres ont aussi eu leur Coupe. Jo va mettre son petit gars. On le fout dans la Coupe, et il y aura tous les tontons autour de lui. C'était ça notre énergie. C'est un truc hyper beau. C'est très beau.
C'est une vague qu'on a réussi à prendre. On en a raté quelques-unes mais celle-là, on va la surfer. On va passer une putain de soirée parce que la pression, c'était chaud.
Je suis tellement privilégié de me retrouver au milieu de ces mecs-là. On a vécu une semaine de malade. Je n'ai jamais chialé autant, je n'ai jamais vu autant de larmes, de douleurs, je n'ai jamais autant parlé aux êtres humains. Ça n'a rien à voir avec le tennis. À la fin, quand tu vis ce truc-là et que tu gagnes, tu te dis que ça vaut la peine.
C'est une aventure humaine. J'ai ma Coupe. Je veux qu'on soit bien sur la photo. Il faut sourire parce que ce sont des photos qui restent. Cette photo, elle est énorme. La dernière que j'ai eue, c'était il y a 20 ans. C'est fabuleux. Les photos sont dans ma chambre, les Coupes sont avec mes gosses, ça compte.
Mon dernier truc, au-delà des gens que j'aime et de ma famille, c'était de pouvoir ramener la Coupe au CNE (Centre national d'entraînement) pour que les mômes qui viennent voient cette Coupe. Quand ils voient Jo ou Richy, ils disent : « Ce sont les mecs qui ont gagné la Coupe Davis ! » C'est très fort.
J'ai été très long. Je pourrais parler pendant tellement longtemps les gars, des moments comme ça... Parfois c'est dur, mais putain ça vaut la peine. »

Propos recueillis par A.S. à Villeneuve d'Asq

 
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