Corruption : Le directeur général de la FFT prévient contre la menace

Corruption : Le directeur général de la FFT prévient contre la menace©Media365

Mathieu WARNIER, publié le jeudi 07 février 2019 à 10h05

Face à la recrudescence des cas de matchs truqués, le directeur général de la FFT et ancien président de l'ARJEL Jean-François Vilotte s'est longuement confié au Figaro sur le sujet et donne des pistes pour lutter contre ce fléau.

A l'image du dopage qui a pollué le cyclisme dans les années 1990 et 2000, le tennis connaît actuellement une crise. En effet, ces dernières années, des affaires de manipulation des résultats de matchs dans les tournois de deuxième ou troisième échelon se sont multipliées et une enquête a été lancée en Belgique pour s'attaquer à ce fléau. Directeur général de la Fédération Française de tennis, Jean-François Vilotte connaît bien le sujet pour avoir été le président de l'Autorité de Régulation des Jeux en Ligne (ARJEL) et, au détour d'un entretien accordé au Figaro, il explique pourquoi ce sont ces tournois à l'enjeu limité qui sont visés. « C'est plus facile de corrompre le joueur qui vit difficilement de son exercice professionnel qu'un joueur qui réussit, assure-t-il. Les agissements des réseaux criminels concernent donc, tout particulièrement, les tournois dont les enjeux sportifs ou économiques sont plus faibles. » Quant aux solutions à apporter, la France a pris des dispositions dès l'ouverture du marché des paris en ligne avant la Coupe du Monde 2010 mais le problème vient des opérateurs étrangers qui ne sont pas soumis à une forte régulation.

Vilotte : « Très en retard par rapport à la lutte contre le dopage »

« En France, les paris sont interdits sur un tournoi Future ou Challenger. Mais sur les marchés étrangers des paris sportifs, peu ou pas régulés, il est possible de parier sur le score exact d'un match, partout dans le monde, en étant très éloigné du lieu de déroulement de la compétition, assure Jean-François Vilotte dans cet entretien au Figaro, qui critique l'absence d'outils permettant une lutte plus importante contre ce fléau. Le risque de fraude s'est ainsi considérablement accru avec la dématérialisation des paris. Dans le domaine de la manipulation des rencontres, on est aujourd'hui très en retard par rapport à la lutte contre le dopage, qui n'est pourtant pas d'ailleurs toujours très efficace. » Le problème avec la manipulation d'un match, comme a pu le montrer l'enquête sur le match de handball entre Cesson-Rennes et Montpellier en mai 2012, c'est l'obtention de preuves. « Pouvoir affirmer qu'il y a eu un fait de corruption, et qu'un match a été lâché, est plus difficile que l'affirmation de la preuve en matière de dopage », ajoute Jean-François Vilotte. De son expérience tant au niveau de la régulation des paris en ligne que dans la gestion d'une fédération sportive, Jean-François Vilotte fait le constat que la lutte contre la manipulation des matchs doit être combattu avec la même force partout dans le monde.

Vilotte : « La coopération internationale, une vraie priorité »

« La coopération internationale est la seule qui sera réellement efficace, avec de l'échange d'informations, de la régulation et des procédures pénales, assure ce dernier dans cet entretien accordé au Figaro. L'Union européenne est le maillon faible de cette lutte sur le plan institutionnel. Il faut que les pouvoirs publics fassent de la coopération internationale une vraie priorité. On est dans la même situation que le dopage avant la loi de 1989. » L'interdiction des paris en direct est écartée par Jean-François Vilotte, arguant du fait qu'ils génèrent « l'essentiel du chiffre d'affaires des organisateurs de paris », qui préconise une régulation au niveau mondial et, surtout, une prise de conscience égale à celle concernant le dopage. « Il faudrait qu'il y ait une vraie prise de conscience de ce fléau dans toutes les disciplines, ajoute le directeur général de la FFT. Si un pays ne transpose pas en droit interne les principes du Code Mondial Antidopage, il ne peut pas candidater à l'organisation d'une grande compétition internationale. Le mouvement sportif international doit également exiger des États qui veulent accueillir des épreuves sportives internationales la mise en place de systèmes de régulation des paris sportifs à la hauteur des risques. » Des recommandations légitimes mais qui pourraient rester des vœux pieux si l'attitude des pouvoirs publics mais également des responsables fédéraux à tous les échelons ne change pas.

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