Ski Alpin - Pinturault : " Hirscher, c'est Zidane ou Mbappé ! " (Deuxième partie)

Ski Alpin - Pinturault : " Hirscher, c'est Zidane ou Mbappé ! " (Deuxième partie)©Media365
A lire aussi

Gabriel Vanhoutte, publié le mardi 09 avril 2019 à 10h25

Au terme de l'une de ses plus belles saisons, qui l'a vu notamment remporter le combiné des Mondiaux d'Are, Alexis Pinturault revient pour nous sur son année faste. La « bête » de Courchevel nous fait également part de ses espoirs pour la suite, avec le gros globe de cristal en tête, au même titre que les Jeux Olympiques de Pékin 2022.

A 28 ans, la « Bête », comme il est surnommé, continue de s'affirmer comme l'un des plus gros morceaux du ski alpin mondial. Deuxième du classement de la Coupe du Monde cette saison derrière l'extra-terrestre Marcel Hirscher, Alexis Pinturault a atteint les sommets en février, en triomphant sur le combiné des Mondiaux d'Are, une première pour un tricolore depuis Michel Vion en 1982. La saison terminée, le skieur de Courchevel a pris le temps d'évoquer avec nous son point de vue sur les questions socio-environnementales qui entourent son sport. Dans cette seconde partie de l'entretien qu'il nous a accordés, « Pintu » nous livre ainsi ses impressions sur le réchauffement climatique, la place égale des skieuses dans la discipline, mais aussi le manque de visibilité du ski alpin.

Avec le réchauffement climatique, avez-vous peur pour l'avenir de votre discipline ?
On est parmi les premiers concernés. On voit très clairement que certains glaciers ont déjà disparu, d'autres comme à Tignes vont disparaître d'ici cinq à dix ans. On ne pourra plus skier sur l'ensemble de l'année à Tignes, mais seulement quand il y aura des chutes de neige. On voit très clairement que les glaciers remontent, et certains disparaissent. On se sent assez impuissant, car en tant que personnes on peut faire des choses, mais ce sera toujours limité. Il y a énormément de choses que l'on peut améliorer, mais ça vient aussi des multinationales, et ce n'est que lorsqu'elles décideront de faire un pas en avant que les voyants seront plus verts pour le futur.

En ce qui concerne le traitement médiatique en France, est-il selon vous à la hauteur de vos performances, avec la présence ombrageuse de Marcel Hirscher ?
Il y a différents problèmes là-dedans. Alors Marcel, c'est unique, il est pire qu'un Martin Fourcade. Mais malgré tout, j'arrive régulièrement à gagner, à chercher des médailles, à être champion du Monde cette année. L'autre problème, c'est que nous sommes surtout diffusés sur une chaîne qui est payante (Eurosport), et même très chère, où il y a très peu de droits en dehors du ski. On a du mal à se libérer d'Eurosport. Par exemple, tous les sports d'hiver sont sur La Chaîne L'Equipe, qui est une chaîne gratuite de la TNT, et automatiquement ça fait une énorme différence. Qui plus est nous portons un masque et un casque en piste, on nous personnalise donc beaucoup moins. Finalement, le peu de fois où l'on nous voit, dans les journaux ou sur internet, ce sera également avec le casque car ce sera une image de course. On pâtit un peu de tout ça, du fait que l'on est en manque de visibilité sur des chaînes gratuites.

La saison dure aussi six mois, là où le football ou le tennis dure toute l'année...
Là, on ne pourra jamais rivaliser. Le tennis est l'un des sports individuels les plus importants, c'est d'ailleurs pour ça qu'ils ont des droits de retransmission énormes. Pour le football idem, ça ne sert à rien de comparer. Mais le biathlon par exemple, qui est dans le même milieu sur une même période, fait de très bons chiffres d'audience, et leurs athlètes sont bien mieux connus maintenant, depuis qu'ils sont diffusés sur La Chaîne L'Equipe. Ils sont rentrés sur une autre direction.

Est-ce que l'organisation nouvelle de city-events, des slaloms parallèles par la Fédération internationale de ski (FIS), montre une envie de se moderniser ?
Oui, c'est une bonne chose dans le sens où les city-events amènent des courses dans les villes. Après, le problème est le format. La FIS cherche encore un format qui peut plaire et l'actuel est un peu chaotique. On croise des portes de géants, il y a beaucoup de choses qui volent, ça ne fait pas très professionnel. Il y a encore des choses à améliorer.

Pinturault : « Les skieuses sont au même niveau que les hommes »

Avec Lindsay Vonn ou aujourd'hui Mikaela Shiffrin, le ski alpin est-il l'un des sports qui valorise le plus les sportives ?
Je ne sais pas si les skieuses émergent aussi facilement, en matière de notoriété, une Serena Williams reste incomparable avec Lindsey Vonn. Mais en effet, les skieuses sont au même niveau que les hommes dans notre sport. Elles ont les mêmes Prize Money, ont le même droit d'antenne et skient sur des pistes qui les valorisent. On ne cherche pas à comparer les hommes et les femmes, déjà car on ne skie pas sur les mêmes pistes, elles ont des pistes qui leurs sont adaptées. Alors que dans le tennis par exemple, elles sont sur les mêmes courts que les hommes, donc derrière il y a les femmes d'abord puis les hommes, et des critiques sur le jeu des femmes. Mais il ne faut pas comparer, les femmes ont moins de force physique, c'est normal que ça aille moins vite. Pour ces raisons, le ski alpin est très bien fait.

Et Lindsay Vonn arrive sur le même pied que Marcel Hirscher en ce qui concerne sa notoriété ?
Non, Marcel est une bien plus grande star, parce qu'il est à un autre niveau. Lindsay a gagné quatre gros globes, Marcel, huit. S'il continue dans cette lignée, il explose tous les records, mais Lindsey reste l'une des plus grandes championnes. Marcel est Autrichien, c'est le sport national en Autriche, c'est comme un Zidane ou Mbappé chez nous !

Quelle image pensez-vous avoir de votre côté en France ?
C'est une bonne question, j'aimerais bien que vous me donniez la réponse (rires) ! Je veux juste être moi-même. Si je peux refléter la personne que je suis réellement, quelqu'un de plutôt gentil qui sourit à la vie, si les gens me voient de cette manière, je dirais que ma mission est réussie !

En dehors du ski, avez-vous d'autres passions ?
Le sport en général... Le wake-board, le golf ou le tennis par exemple. Puis la nature, j'aime beaucoup plonger quand je pars en vacances, les randonnées aussi... Je reste assez actif quand même !

Vos réactions doivent respecter nos CGU.