Tournoi des 6 Nations - Villepreux : " Il ne faut pas avoir peur des Anglais "

Tournoi des 6 Nations - Villepreux : " Il ne faut pas avoir peur des Anglais "©Media365
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Antoine Poussin, publié le mercredi 07 mars 2018 à 08h34

Pierre Villepreux connaît bien l'Angleterre pour y avoir effectué plusieurs formations, notamment au sein de l'équipe nationale. A quelques jours du « crunch », l'ancien joueur et sélectionneur du XV de France s'est livré à Rugby365.fr sur le contexte qui oppose actuellement les deux équipes.

L'équipe de France a mis fin à sa série de neuf matchs sans victoire contre l'Italie, qu'avez-vous pensé de cette rencontre ?

P.V : La victoire contre l’Italie ne doit pas cacher les misères du XV de France. Les Français n'ont pas fait une production en adéquation avec ce que l’on est en droit d’attendre d'eux, pour qu'ils soient capables de rivaliser avec les meilleurs équipes. Ce match contre l’Italie est un épiphénomène et il ne changera en rien les difficultés qu’ont les joueurs français à être performants. Ce ne doit pas être considéré comme un renouveau du rugby français.

Selon vous, qu'est-ce qu'il manque à l'équipe de France pour réussir ?

P.V : La solution passe par le temps. Il faudrait qu’il y ait des formations adaptées aux joueurs, qui leur permettraient d’accéder progressivement au monde professionnel. Le système tel qu’il fonctionne actuellement, avec le nombre d’étrangers présents, ne prédispose pas à cela. Car pour faire des progrès, il faut jouer et au meilleur niveau. Ce problème est à résoudre rapidement. Mais pour obtenir des résultats, cela prend beaucoup de temps. La formation passe également par la qualité de l’apprentissage dans les écoles de rugby, ce qui n’est pas au point aujourd’hui.

Qu'avez-vous pensé de l'éviction de Guy Novès ?P.V : J’accepte que l’on puisse changer d’entraîneur pour des raisons qui doivent être claires. Pour le coup, elles ne l’étaient pas. On peut également changer d’entraîneur lorsque l’on veut se lancer dans une nouvelle politique. Mais la forme qui a été employée pour le virer, ça, je ne peux pas l’accepter.

En ce qui concerne le «Crunch», trouvez-vous qu'il a perdu de sa saveur ou est-ce toujours un moment important pour les deux équipes ?

P.V : Non je ne pense pas. Il y a toujours une rivalité franco-anglaise qui est historique. A partir de là, ça conserve un parfum différent des autres matchs. Quoique...A mon époque, on ne se polarisait pas sur un match contre l’Angleterre plus que sur un match contre les Gallois ou les Ecossais. Cette rivalité a donc été créée de manière artificielle, essentiellement par les médias et par le fait que les Anglais et les Français vivent dans deux cultures complètement différentes. La France ayant la possibilité, à l'époque, de battre les Anglais beaucoup plus souvent que l’inverse. Aujourd’hui, cela prend une dimension qui touche surtout la presse. Je ne suis pas sûr que les joueurs se sentent plus mobilisés lors d'une rencontre face à l'Angleterre que face à un autre pays. Surtout dans une période où l’équipe de France perd. On ne peut pas choisir ses adversaires, pour être motivés. On doit être motivés pour chaque rencontre.

Les Anglais sont relativement en forme ces dernières années, comment expliquez-vous qu'ils se soient aussi bien remis de l'après Coupe du monde ?

P.V : L'Angleterre est arrivée à ce niveau parce qu’elle n’a pas changé ses joueurs. Après ce match crucial perdu contre l'Australie lors de la Coupe du monde 2015, ils sont repartis sur les mêmes bases de jeu, même avec un autre entraîneur. Le «renouveau anglais» était une continuité de ce qui avait été fait précédemment et Eddie Jones a su parfaitement utiliser cela, en permettant aux joueurs de ce groupe de ne pas être exclus, mais au contraire d’être réintégrés.Pour ma part, je ne considère pas la défaite de l’Angleterre comme un coup d’arrêt, qui aurait amené les responsables à tout changer. Pour avoir apprécié le jeu des anglais à la fois dans leur championnat domestique et en équipe nationale sous l’ère de leur ancien entraîneur (Geoff Cooke), je peux vous dire que les anglais continuent sur cette volonté d’envoyer du jeu et ils le réussissent plutôt bien aujourd'hui.

Justement, Eddie Jones n'a procédé à aucun changement dans le groupe anglais suite à la défaite en Ecosse...

P.V : Si vous voulez donner confiance aux joueurs, il faut leur faire confiance souvent. Cela veut dire qu’il faut miser sur la continuité. Eddie Jones a donc eu parfaitement raison de reconduire le même groupe.

Quels sont ses points forts et les points faibles de l’équipe d’Angleterre aujourd’hui ?

P.V : Si on veut pouvoir rivaliser avec cette équipe anglaise, il faut prendre le score rapidement. Lorsqu’ils sont menés, ils se retrouvent souvent dans la difficulté et ils ne savent plus trop quoi faire. Il ne faut donc surtout pas leur donner de la confiance par rapport au score. Ensuite, il ne faut pas avoir peur de les jouer. Il ne va pas falloir être fictifs, mais au contraire avoir de l’ambition. Il ne faut pas que croire que parce qu’on va leur rentrer dedans ou qu’on va les remonter en mêlée, ils vont céder. Il faut qu’un jeu total se mette en place et que ce jeu les fragilise.

Quel est votre meilleur souvenir lors d’un « crunch » ?

P.V : De ne pas avoir perdu souvent contre eux ! Mais également d’avoir détenu pendant longtemps le record de points marqués contre eux, ce qui n’a pas duré. Mais ce qui a été important pour moi, c’est qu’à l’époque, les Anglais m’ont fait confiance pour faire des formations pour leurs entraîneurs et de m’ont confié notamment l’équipe nationale sur des séances d’entraînement.

Votre pronostic pour ce match ?

P.V : La logique des résultats précédents peuvent laisser penser que l’Angleterre va remporter le match facilement. Mais il y a la logique du sport, qui dit que la France a toujours une chance de battre n’importe qui...

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