Toulon : Les confessions de Boudjellal

Toulon : Les confessions de Boudjellal©Media365

Thibault Laurens, publié le jeudi 21 mars 2019 à 13h05

Alors que la politique sportive mise en place ces dernières années a changé, le président du RCT Mourad Boudjellal s'est exprimé sur la mutation de son club, dans les colonnes de L'Equipe et de La Provence. Le fantasque dirigeant évoque également d'autres sujets, à savoir le XV de France, la prochaine Coupe du Monde au Japon ou encore le Top 14.

Comme à son habitude, Mourad Boudjellal s'est longtemps exprimé dans les médias afin de balayer l'actualité du ballon ovale. Son club à lui, Toulon, vit une bien triste saison (dixième de Top 14), qui s'explique notamment par un changement de politique sportive. Pour autant, le natif de Ollioules assume pleinement ce nouveau projet. « C'est le grand projet RCT, la Fabrique à Champions, et actuellement nous sommes concentrés uniquement là-dessus. Des nouvelles structures sortiront de terres dans 15 mois. On est parti sur un projet qui va coûter plus de 10 millions d'euros et qui va nous doter des structures les plus modernes d'Europe, sur près de 6 hectares (...). Ce qu'on veut, c'est récupérer cette génération Wilkinson/Umaga qui s'est mise au rugby avec la notion du professionnalisme et du travail. On en voit les prémices avec le petit Carbonel qui est en train d'exploser, Jean-Baptiste Gros ... On veut continuer là-dessus avec l'idée d'avoir une équipe très identitaire et quasiment indépendante. On veut créer un modèle économique qui est d'exporter, et plus d'importer », détaille Boudjellal dans un long entretien accordé à La Provence. Fini le recrutement pléthorique de stars s'empilant souvent aux mêmes postes. L'objectif est simple, construire une équipe jeune autour d'éléments à fort potentiels issus du bassin toulonnais et qui arrivera à maturité dans les prochaines années. Cependant, le groupe en paie le prix fort cette saison. Un exercice sans saveur aux yeux du président varois. « Ma treizième saison au club ressemble plus à un vendredi 13. La saison est morte, on ne jouera pas les phases finales. »

Un entraîneur étranger, une nécessité pour 2023 ?

Le président toulonnais n'élude pas davantage les questions autour du XV de France et du probable sélectionneur à la tête des Bleus après la Coupe du Monde au Japon. Depuis plusieurs jours, l'éventualité de voir un entraîneur étranger en équipe de France prend de l'ampleur. Pour Boudjellal, cela serait même une nécessité au vue des échéances à venir. « Quand la Coupe du Monde au Japon sera terminée, la France deviendra la capitale mondiale du rugby pendant quatre ans, puisqu'on organisera la prochaine. Et là, je pense qu'il faudra un entraîneur étranger. Je pense qu'il faut amener quelqu'un qui soit loin des guerres de clochers, qui arrive avec ses idées et qui amène une expérience extérieure. Si c'est pour prendre un étranger, il faut que ce soit une plus-value indiscutable » estime l'homme fort du RCT, toujours dans La Provence. Une plus-value qu'apporterait sans aucun doute un Warren Gatland, alors que l'actuel sélectionneur du pays de Galles constituerait la priorité de Bernard Laporte. Le président de la Fédération Française de rugby aura d'ailleurs « l'embarras du choix » selon Boudjellal, qui met en avant l'attractivité de l'équipe de France malgré ses résultats décevants.

Boudjellal : « Individuellement, on n'a rien à envier à personne »

Après un Tournoi des 6 Nations plus qu'alarmant quant au jeu proposé et aux résultats, le XV de France se projette désormais sur la prochaine Coupe du Monde. Dans un groupe relevé (Angleterre, Argentine, Tonga, Etats-Unis), sortir des poules constituera un vrai challenge. L'hommes d'affaires se veut malgré tout optimiste. « Je pense que l'on peut faire une grande Coupe du Monde, parce qu'on a les joueurs. Individuellement, on n'a rien à envier à personne. Après, au niveau du jeu, on a beaucoup de choses à envier. Je ne dis pas que l'on va être champion du Monde, mais je pense que l'on peut aller en quart, en demie. De toute façon, pour aller en quart de finale, il faut battre une équipe. C'est l'Argentine. Ils ne sont pas mauvais, mais ça n'a rien d'impossible. » Lors de leur dernier affrontement pendant la tournée de novembre, le XV de France s'était imposé face aux Pumas (28-13). Rien d'impossible donc.

Boudjellal : « On n'a pas su définir le Top 14 »

Depuis un certain temps et pour nombre d'observateurs, le Top 14 demeure le principal responsable de la faillite du XV de France. Trop de matchs disputés, trop d'étrangers dans les clubs ... Cependant, pour Boudjellal, le souci se situe ailleurs, dans l'extra-sportif. « Le problème ne vient pas des étrangers mais du modèle économique du rugby français, aberrant. On n'a pas su définir le Top 14 : est-ce une entreprise de spectacle ou une école de l'équipe de France ? On nous demande d'être les deux et ce mix entre les deux est très compliqué à gérer. » Un manque de clarté auquel vient s'ajouter d'autres réglementations loin d'être optimales, notamment celle concernant les JIFF. « On a voulu un système vertueux qu'on ne maîtrisait pas et en niant l'argent, on l'a fait roi, avec notamment le système des JIFF qui a tué le rugby français. » Un rugby français qui traverse la période la plus noire de son histoire. Crise de résultats, ambiance délétère ... le positivisme n'est plus de rigueur. « Je reste un éternel optimiste » confie Boudjelall. L'un des derniers peut-être aussi.

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