Toulon - Collazo : " C'est la faute à Collazo "

Toulon - Collazo : " C'est la faute à Collazo "©Media365
A lire aussi

Aurélien CANOT, publié le lundi 15 octobre 2018 à 11h24

Donnant l'impression de contenir sa colère et sa frustration pour ne pas exploser après la défaite sur le fil face à Newcastle à Mayol, dimanche en Champions Cup , l'entraîneur du RCT Patrice Collazo ciblait une fois de plus dans son viseur les détracteurs de son club, qui ne souhaiteraient qu'une chose à l'entendre : que Toulon et lui-même échouent.

Quelle analyse faites-vous de cette défaite contre Newcastle ?
On perd d'un point, par le scénario le plus dur pour les joueurs. Je suis déçu pour eux, déçu pour le club, surtout.

Qui a pris la décision de ne pas botter cette pénalité dans les dernières minutes, qui aurait pu vous permettre de repasser devant ?
Ah, c'est ça qui vous intéresse, cette fameuse décision... C'est moi ! Parce que j'aime bien aller au bout de mes idées. (S'adressant au journaliste lui ayant posé la question) Je vous regarde même dans les yeux pour vous le dire. C'est moi, voilà, tout simplement. Parce que l'on est sur un temps fort, parce que la pénalité est excentrée, parce qu'elle ne nous permet que de passer d'un point devant. Et l'équipe est sur une dynamique positive, elle a besoin de confiance, et si on bascule là, on bascule totalement. Ça n'a pas basculé aujourd'hui (dimanche), mais ça basculera à force. Alors, je sais que ça va faire plaisir à certains. On va dire que c'est la faute à Collazo (sic). Comme il y en a déjà qui se font plaisir, il n'y a pas de souci.

Les joueurs étaient-ils d'accord avec cette décision ?
Ah, ça va être le fameux débat : est-ce que les joueurs se lèvent contre le coach pour savoir s'il fallait prendre trois points ou aller en touche. Vous les avez vus y aller en reculant en touche ? Vu les séquences que l'on a enclenchées sur les ballons portés et vu comment on a manié Newcastle, vous avez l'impression qu'ils allaient à l'abattoir ? Moi, pas trop. Mais des trucs, je peux vous en citer si vous voulez remonter le fil du match. On peut parler des cartons jaunes, de la touche pas trouvée, de la dernière possession aux cinquante où on se structure mal et où on prend une pénalité contre nous. Je peux vous citer le poteau de François Trinh-Duc aussi.

Collazo : "On ne va pas aller faire des tours de piste"


Parlez-nous de l'indiscipline sur cette rencontre...
(Il coupe) Trente minutes à quatorze. Pour ce niveau-là, c'est trop, beaucoup trop. Parce que ce sont des efforts qui sont démultipliés pour rester dans le match et pour revenir au score, chose que l'on refait à chaque fois. Et après, c'est de la lucidité qui manque, sur des moments cruciaux du match. Comme la pénaltouche, où on manque le lancer, comme l'énorme mêlée que l'on met au centre du terrain et que l'on tape directement en touche. Des tournants du match, je peux vous en citer cinquante : la dernière possession que l'on a aux cinquante mètres, où on fait une faute sur un ballon porté. Quand on joue pendant trente minutes à quatorze contre une équipe qui aime tenir le ballon, on arrive effectivement à des moments du match où l'on manque de lucidité et de précision, où l'énergie ne suffit plus. Car de l'énergie, on en a mis en revanche. Même si certains pensent que l'on est une équipe moyenne.

Est-ce que cette défaite complique grandement la tâche pour une éventuelle qualification ?
J'ai envie de dire que c'est mon quotidien. Il n'y a rien de nouveau pour moi. Ce qui est sûr, c'est que ça nous donne encore plus envie de travailler aux joueurs. Lundi, on va repartir au travail, et, maintenant, la pression est sur les autres, donc on va voir. Mais ce qui est sûr, c'est que l'on ne va pas aller faire des tours de piste. On va préparer les matchs et continuer à travailler.

La déception est-elle forte sur un tel match ?
(Il sourit, dépité) Faites-un tour au vestiaire et demandez-leur (aux joueurs). Vous perdez d'un point, vous avez les cartouches pour... C'est marrant parce que l'on marque le bonus (défensif) et on perd. Mais c'est bien, parce que l'on va aller jusqu'au bout du truc et on fera les comptes à la fin. N'en déplaise à certains, certainement.

Collazo : "Le jour où vous m'entendrez me plaindre..."


Malgré trois cartons jaunes, vous auriez quand même pu gagner ce match...
Force est de constater que l'on n'est peut-être pas une équipe aussi moyenne qu'on veut le croire. Après, trente minutes à quatorze sur un match de Coupe d'Europe, c'est... (il siffle). En principe, c'est un wagon de points encaissés. Il faut s'accrocher en défense, s'arc-bouter. On a travaillé en équipe, mais ça fait quelques week-ends que c'est le cas, et ça, c'est le plus important. Les individus ne nous sauveront pas, c'est le collectif qui nous sauvera. Car de là où on part, il n'y a que le collectif. Et de toute façon, dans mon fonctionnement, il n'y a que le collectif qui compte. Ils ont travaillé les uns pour les autres, ils ont colmaté en attendant que le carton jaune revienne à chaque fois. On est repassé devant, eux aussi, et après on a fait du coaching qui apporte une plus-value sur la mêlée, mais on n'a pas capitalisé dessus, c'est ça qui est dommage.

Quand vous dites « n'en déplaise à certains », qui sont ces « certains » ?
Je vous fais la liste ? Oui, bien sûr. Ils se reconnaîtront, va. Attendez, oh, je ne me plains pas. Vous m'avez entendu me plaindre, ou parler des absents, des suspendus, des cartons jaunes ou de l'arbitrage ? Le jour où vous m'entendrez me plaindre, vous me le direz. Je ne me plains pas. Je vois les choses et je les entends. Mais il n'y a pas de souci. Vous savez : ça ne va pas changer mon quotidien. Je vais travailler de la même façon et gérer les joueurs de la même façon. Et je le redis : n'en déplaise à certains. Mais ce qui est sûr, c'est que je ne vais pas changer, non. Il ne manquerait plus que ça. Je ne sais pas faire autrement, donc je vais rester moi-même. Mais quand je vois ce qu'ont fait aujourd'hui (dimanche) les joueurs sur le terrain et ce que l'on fait la semaine à l'entraînement. Alors, vous allez me dire que ça ne rapporte pas de points. Je vous l'accorde. Pas de problème.

Doit-on comprendre que vous avez ressenti sur ce match que vous n'alliez pas vivre une saison galère ?
Si je pense que je vis une saison galère, je ne vais même pas au travail lundi. Enfin, je n'appelle pas ça un travail, excusez-moi. Une saison galère, il n'y en aura pas. Quand je vois ce que l'on y met... Il n'y a pas de souci : on est douzième de Top 14, aujourd'hui, on a perdu à domicile en Coupe d'Europe. Très bien. Sur une action, soit on bascule sur le bonus offensif, soit on perd. OK, on a perdu. Mais aujourd'hui, les résultats sont là, le classement est là, la défaite est là, il n'y a pas de problème. La fluidité ? On est tellement dans l'énergie et dans la recherche d'un match pour nous faire basculer, voilà. Le week-end dernier, ça ne s'était pas ouvert, là non plus, mais on va continuer. De toute façon, on n'y arrivera que comme ça. Le but, c'est quoi ? C'est de réduire la voilure et de jouer petit bras ? A un moment, vous jouez sans l'arrière. Après, sans l'ailier. Pour être fluide, c'est compliqué. Surtout dans des moments-clé du match, où l'on court après le score.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.