Racisme : Mathieu Bastareaud raconte son expérience

Racisme : Mathieu Bastareaud raconte son expérience©Panoramic, Media365

Aurélie SACCHELLI : publié le dimanche 07 juin 2020 à 10h04

Dans une interview accordée à L'Equipe ce dimanche, le futur Lyonnais Mathieu Bastareaud, qui souhaite s'impliquer dans la lutte contre le racisme, revient sur les tristes expériences dont il a été victime dans sa vie et sa carrière.



Né à Créteil il y a bientôt 32 ans, Mathieu Bastareaud a subi dès son plus jeune âge des attaques racistes, comme il le raconte ce dimanche dans les colonnes de L'Equipe, qui consacre un large dossier à l'engagement des sportifs contre le racisme et les violences policières, suite à la mort de George Floyd, étranglé par un policier le 25 mai à Minneapolis. « C'était en maternelle. J'avais 4 ans, raconte le rugbyman, qui évoluera la saison prochaine sous les couleurs de Lyon. Je venais d'arriver à Quincy-sous-Sénart (dans l'Essonne). Mes parents divorçaient à peine et je changeais d'école. J'étais le petit nouveau et je me souviens très bien de ce gamin disant à mes autres camarades : "Ne jouez pas avec lui, il est noir, il a la couleur du caca." Ce moment m'a marqué à vie. C'était le premier, il était violent, mais absolument toutes mes expériences avec le racisme m'ont marqué. Elles m'ont aussi construit. »

"Sur le moment, tu ne sais pas comment réagir"

Mathieu Bastareaud a ensuite débuté sa carrière professionnelle à Massy, en 2006, et là aussi, il a été victime de racisme, dans les tribunes. : « Quand j'étais à Massy, les joueurs de couleurs composaient 70 % de l'effectif et, dans certaines régions, l'ambiance autour du terrain pouvait être délétère. En moins de 18 ans, je me souviens que l'un de mes partenaires qui jouait à l'aile s'était fait traiter de "macaque" pendant toute la partie par les parents derrière la main courante. D'ailleurs, il y avait eu des débordements à cause de ça. Avec le Stade Français, lors de la saison 2010-2011, en Challenge européen à Bucarest, Djibril (Camara), ce petit sanguin (sourire), s'était chopé avec un adversaire. Le public l'avait pris en grippe et avait poussé des cris de singe pour l'insulter ! On s'était regardé l'air de dire : "Waouh ! Où est-ce qu'on est ? Ils sont sérieux ici ?"On en reparlait ensemble l'autre jour. Sur le moment, tu ne sais pas comment réagir. On n'avait rien fait et c'était peut-être une erreur de notre part. »

"Ce n'est pas Noirs contre Blancs, c'est l'humanité contre les racistes"

Aujourd'hui, le rugbyman souhaite s'impliquer dans la lutte anti-racisme : « Ce qui m'en donne envie, c'est la naissance de mon fils (en juin 2019). Je ne veux pas qu'il grandisse dans ces conditions, qu'il puisse craindre pour son intégrité parce qu'il est métis. Je ne veux pas qu'un contrôle tourne mal pour lui. On a tous dans notre entourage quelqu'un qui s'est fait tabasser. Or je ne veux pas que mon fils serre les fesses quand il est avec ses copains à Châtelet-les-Halles et qu'une patrouille passe par-là. Je me souviens que, dans mon quartier, le réflexe, quand il y avait les flics, c'était de courir. Même si tu n'avais rien fait, tu courais. Ces comportements ne sont pas anodins. Ils sont le reflet d'une réalité. Attention néanmoins à ne pas mettre tous les policiers dans le même sac. (...) Si je dois prendre de la hauteur, je crains que ne se diffuse l'idée d'une révolte des personnes de couleurs contre les Blancs. Non, ce n'est pas ça. Ce mouvement concerne tout le monde. Ce n'est pas Noirs contre Blancs, c'est l'humanité contre les racistes », conclut l'ancien capitaine du XV de France.

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