Un neurochirurgien tire la sonnette d'alarme quant à la " violence extrême du rugby "

Un neurochirurgien tire la sonnette d'alarme quant à la " violence extrême du rugby "©Media365
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Sylvian Baudry, publié le samedi 04 août 2018 à 16h34

Dans une interview à Rugbyrama, le neurochirurgien Jean Chazal s'est montré alarmant quant à la violence du rugby. Il regrette notamment la passivité de la FFR et de la Ligue.

« La Ligue et la Fédération n'ont pas encore pris les mesures suffisantes pour faire cesser la violence extrême du rugby », lance Jean Chazal, sans détour, à Rugbyrama. Il faut dire que le neurochirurgien est un expert de la question, sur laquelle il travaille depuis 42 ans. Pourtant, au début du mois de juillet, celui qui officie au CHU (Centre Hospitalier Universitaire) de Clermont-Ferrand a été prié de « se taire » (selon ses propos), par Bernard Dusfour, le président de la commission médicale de la LNR. En clair, il n'était plus convié aux réunions de travail de la Fédération Française (FFR) et de la Ligue nationale de rugby (LNR) sur la question.

Chazal : « Il va bien falloir prendre les choses en main »


Jean Chazal croit savoir pourquoi : « Mon discours ne leur plaît pas parce qu'il peut inquiéter des mamans et des papas, dont les enfants ont envie de faire du rugby. Ses dirigeants craignent une baisse du nombre de licenciés. Pourtant, il va bien falloir prendre les choses en mains et regarder la vérité en face : dans sa construction actuelle, la pratique du rugby n'est pas adaptée à un gamin de 15 ans, en plein développement ostéo-ligamentaire et cérébral, affirme le doyen de la faculté de médecine de Clermont-Ferrand, toujours à Rugbyrama. Cela présente trop de dangers. » Ses récentes expériences avec Rémy Grosso, Damien Chouly ou encore Wesley Fofana, tous joueurs de l'ASM, ne l'ont pas rassuré.

Wesley Fofana, un cas rarissime


Le trois-quarts centre clermontois souffrait même d'une lésion « extrêmement rare », qui a marqué le spécialiste de neurotraumatologie  : « Il s'en opère une par an de ce type, en France. Son diagnostic induisait un risque sérieux de tétraplégie, voire de mort. Je l'ai arrêté, je l'ai mis dans du coton et je l'ai opéré. Croyez-moi, j'ai serré les fesses, car on touchait une zone éminemment fonctionnelle ! C'était une intervention d'une extrême difficulté, qu'il fallait faire de façon minimale invasive pour qu'il puisse rejouer. » Damien Chouly, quant à lui, avait une main totalement paralysée.

Des différences de gabarits dangereuses


D'après, Jean Chazal, le problème majeur provient des zones de rencontre entre des gabarits opposés. L'exemple du Montpelliérain Nemani Nadolo lui semble évocateur : « Quand Michalak est obligé de stopper Nadolo, cela pose un problème de santé. Nadolo, parlons-en. C'est un homme qui pèse 130 kilos, mesure 1,97m et court le 100 mètres en douze secondes. C'est un extraterrestre ! Si on lui met en face un mec de 80 ou 90 kilos, celui-ci prend un risque terrible ! » Réputé dans le milieu du rugby pour son discours alarmant, le neurochirurgien soulève néanmoins des questions très importantes pour le futur du rugby. Que les instances vont devoir prendre à bras le corps, un jour ou l'autre.

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