Patrick Wolff : " Nous sommes arrivés aux limites du système "

Patrick Wolff : " Nous sommes arrivés aux limites du système "©Media365
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Benjamin Tichit, publié le mercredi 15 août 2018 à 23h55

L'ancien vice-président de la LNR, Patrick Wolff, aujourd'hui président de l'Association Nationale des ligues professionnelles, a accordé une interview à Rugbyrama dans laquelle il demande des changements pour que des drames comme celui de Louis Fajfrowski ne se reproduisent plus.

Ce mercredi, Patrick Wolff, l'ancien vice-président de la Ligue Nationale de Rugby (LNR), aujourd'hui président de l'Association Nationale des ligues professionnelles, a évoqué, avec Rugbyrama, les risques du rugby moderne, après le décès tragique de Louis Fajfrowski, le week-end dernier. Pour l'homme de 71 ans, le drame qu'a connu le club d'Aurillac n'est que le reflet des problèmes du rugby actuel. « Je ne veux pas me focaliser sur ce drame en soi, bien sûr. Ce que je vais dire ne concerne ni Louis Fajfrowski ni Aurillac, mais le rugby en général. Mais on sait tous que le danger augmente. On a les statistiques pour ça. Je pense que le rugby n'est pas fait pour devenir un sport spectacle, sûrement pas avec des colosses qui se tamponnent. Pour moi depuis quatre ou cinq ans, nous sommes arrivés aux limites du système », explique-t-il à Rugbyrama.

« Le rugby doit être un sport d'évitement »


Pour le président de l'Association Nationale des ligues professionnelles, le rugby est en train d'évoluer contre sa logique naturelle et contre la sécurité des acteurs. « Le rugby doit être un sport d'évitement où la puissance physique ne doit pas être recherchée systématiquement, développe-t-il. Comme c'est un sport de combat, il doit se protéger plus que les autres de toutes ces dérives. Il faut revenir à une philosophie de jeu compatible avec des moyens physiques normaux, sinon quand Michalak se trouve face à Nadolo, il est en danger ». Pour améliorer la situation du rugby, les clubs doivent « s'occuper de la préparation du joueur sur le plan médical et sur le gain de performance. Il faut être intransigeant sur toutes les règles qui concernent l'intégrité physique du joueur. C'est une question de mode de vie et de mode de suivi médical. Il y a aussi une question de règles sportives avec les plaquages à deux par exemple. Il faut prévenir et non pas guérir ».

« Il faut regarder ce qu'a fait le football américain »


Patrick Wolff souhaite des changements dans la préparation et le traitement médical. Il est donc déçu de l'éviction du professeur Chazal après ses propos au sujet de la situation actuelle du rugby (ndlr : il s'était exprimé en expliquant que le rugby devait réagir et prendre les choses en main concernant la sécurité des acteurs avant d'être viré de son rôle d'expert national sur les commotions). « Il est impensable qu'un homme comme le docteur Chazal se fasse virer parce qu'il veut faire évoluer les choses. Compte tenu de la nature de notre sport, il faut être encore plus intransigeant dans la lutte antidopage. On doit se définir des règles beaucoup plus strictes en la matière car nos joueurs sont en danger. (...) Il faut regarder ce qu'a fait le football américain qui était arrivé à des situations extrêmes et nous, on y est, actuellement. Il faut voir ce qu'ils ont fait depuis une dizaine d'années. Et le professeur Chazal a dit une chose fondamentale : la Formule 1 a réussi à faire baisser très largement le nombre de morts en course ».

« Les gens du rugby ne se parlent pas »


Mais pour mettre en place cela, Patrick Wolff considère que tous les acteurs du rugby doivent (enfin) interagir entre eux. « Le problème, c'est que les gens du rugby ne se parlent pas. Les joueurs doivent pouvoir exprimer leur ressenti sans que ce soit vu comme une remise en cause du système. Pour les entraîneurs, c'est pareil. A partir de leurs réflexions, il faut redéfinir les priorités et intervenir sur les règles, la préparation physique, la lutte antidopage. Lorsque la LNR a été créée, nous avons eu des statistiques. Puis à la fin du mandat de Pierre-Yves Revol (ndlr : en 2012), nous nous étions rendus compte que le temps de jeu a été multiplié par deux, les plaquages par trois et la vitesse a augmenté de 25%. (...) Je pense que les saisons sont fondamentalement trop longues. Du coup, les temps de préparation physique sont trop longs. Il faut aussi changer l'organisation même des compétitions. Il faut réfléchir sur l'augmentation des temps de jeu effectif. En fait, nos instances doivent être focalisées sur les acteurs du jeu et non pas sur les questions financières. (...) On ne peut pas se contenter de demi-mesures ». Pour le moment, les choses n'ont pas encore évolué dans le rugby, mais les appels pour une réforme en profondeur du rugby se multiplient.

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