Aurélie Sacchelli, Media365 : publié le mardi 15 septembre 2026 à 23h59
Sacré champion du monde par équipes (avec son frère) et n°1 mondial, le sabreur Sébastien Patrice a vécu une magnifique saison 2026. Et n'a pas de regrets d'avoir échoué dès les huitièmes de finale de l'épreuve individuelle.
Sébastien Patrice, comment jugez-vous votre saison 2026, qui vous a vu décrocher un titre de champion du monde par équipes et terminer n°1 mondial en individuel et par équipes ?
On peut dire qu'elle a été réussie dans pas mal d'aspects. Il y a certains petits points qu'on aurait voulu un petit peu soigner, mais ce qui est pris n'est plus à prendre. On est très content du travail qui a été fait, on n'a aucun regret.
Le titre mondial par équipes, ça a été le plus grand moment de la saison ?
Oui, avec l'obtention également de la place de n°1 mondial en individuel. Ce sont deux titres majeurs. Il y en a qui courent après ça toute une carrière, qui sont des escrimeurs formidables, et qui n'arrivent pas à les avoir. Evidemment, même si on vise toujours plus haut, il faut quand même être satisfait du travail accompli et des résultats. Ce titre de champion du monde par équipes avait un petit goût de revanche, dans le sens où l'année dernière, on avait été trois fois sur cinq vainqueurs de manches de Coupe du monde, et on était passé à côté de nos championnats alors qu'on était l'équipe attendue. C'est vrai que de terminer cette année avec le titre de champions du monde, en ayant encore une fois gagné trois épreuves sur cinq de Coupe du Monde, c'était quelque chose de magnifique pour nous.
A Paris 2024, vous aviez décroché la médaille de bronze par équipes. Depuis, Boladé Apithy a pris sa retraite. Il y a de la réserve en équipe de France...
Oui. On avait obtenu cette médaille de bronze qui avait été un petit peu la concrétisation des efforts qu'on avait mis durant toute l'Olympiade et qui n'avait pas forcément payés sur certaines autres épreuves. Après, Boladé a pris sa retraite. On a dû faire entrer du sang neuf. Rémi Garrigue est très compétent et a apporté à sa manière sa pierre à l'édifice.
En plus, vous êtes champion du monde avec votre frère Jean-Philippe, difficile de faire plus beau...
C'est compliqué de faire mieux, mais c'est vrai que ce sont des moments d'une vie. On s'en souviendra pour l'éternité de ce truc-là en les en partageant ensemble. C'est sûr.
Patrice : "J'apporte plus d'importance à la place de numéro un mondial qu'à une place de champion du monde"
En revanche, vous êtes tombé dès les huitièmes de finale de l'épreuve individuelle contre le Russe Graudyn. Avec le recul, vous avez compris ce qui s'était passé ?
J'étais prêt physiquement, mentalement et escrimement parlant. Je n'ai aucun regret. Je ne suis pas déçu de mon parcours en individuel dans le sens où j'ai écarté sur les deux premiers tours des adversaires très dangereux et avec la manière. Après, voilà, je tombe sur ce Russe-là en huitièmes de finale, qui était dans son jour de grâce. Hormis moi, personne n'est arrivé à lui mettre plus de dix touches sur la journée. Il y a des jours comme ça
Cela ne vous empêche pas de terminer la saison n°1 mondial...
J'apporte plus d'importance, en toute objectivité, à la place de numéro un mondial qu'à une place de champion du monde. Aujourd'hui, les gens qui sont en dehors du monde de l'escrime pourraient croire que le titre de champion du monde, c'est plus valorisant qu'être titré en étant numéro un mondial. Le classement mondial se fait sur les cinq meilleurs résultats des huit épreuves internationales de l'année, plus les championnats d'Europe et du monde. Le Russe champion du monde, il est cinquième au classement mondial. Et hormis les championnats du monde, il n'a réussi à attraper la boîte qu'une seule fois de toute la saison. Quant à moi, j'ai été médaillé sur presque tous les événements de l'année. J'accorde plus d'importance à la régularité et au niveau moyen de l'escrimeur plutôt qu'à un mec qui va être capable sur une journée de créer un exploit, mais qui ne va pas réussir parce qu'il n'a pas le niveau plancher, de le reproduire de manière régulière.
Cela a-t-il atténué votre déception d'avoir perdu contre le futur champion ?
Non. Il y a parfois des oppositions de style qui peuvent créer des surprises. En fait, j'accorde plus d'importance à ce que j'ai proposé sur la piste. Évidemment, il y a des choses que j'aurais pu mieux faire, mais parfois, quand on est dans un jour de grâce où tout nous sourit, il faut savoir l'accepter. Moi, je n'ai aucun problème. Il mérite son titre de champion du monde.
Qu'avez-vous pensé du retour des Russes à la compétition ?
Je pars du principe que le sport ne doit pas avoir de lien avec la politique. Et moi, je vois ces personnes-là comme des athlètes avant tout. J'ai envie de tirer contre les adversaires les plus forts, les plus talentueux afin de savoir ce que je vaux.
Patrice : "Je ne me mets pas dans la posture du mec qui a quelque chose à défendre"
La Coupe du Monde reprend le mois prochain en Algérie. Avez-vous repris l'entraînement ?
C'est reparti pour un tour. Les vacances ne sont jamais assez longues, mais c'est notre boulot et on ne va pas s'en plaindre. Mon premier mois d'entraînement, je le fais à New York. J'avais envie de changer d'air en termes de reprise. On va attaquer la qualification olympique en avril prochain, donc j'avais envie, avant de me mettre la tête dans le guidon et de rester sur Paris, de démarrer à New York.
Et vous aurez un statut à défendre de n°1 mondial à défendre...
Je ne me mets pas dans la posture du mec qui a quelque chose à défendre, loin de là. Le titre de numéro 1 mondial que j'ai gagné l'an dernier, je n'ai pas à le défendre parce que personne ne pourra me le prendre. Cette année, je vais recommencer au même rang que tout le monde, même si oui, ce sera moi le numéro 1 mondial pendant quelques temps. Ce qui m'a permis de me hisser à la place de numéro 1 mondial la saison passée, c'est ma façon de voir les choses en me disant que rien n'est acquis et qu'il faut redoubler d'efforts à chaque compétition. Et c'est comme ça que je vais attaquer et que je vois la saison prochaine.
Vous commencez déjà à penser à Los Angeles 2028 ?
Oui, évidemment, j'y pense, mais il y a tellement d'épreuves et d'événements charnières avant d'arriver à ces épreuves-là. Au final, je me focus beaucoup plus sur les prochains championnats du monde, beaucoup plus sur les prochaines échéances à court et moyen terme parce que je sais que les Jeux Olympiques vont apporter leur lot de sensations et d'émotions. Et que, par la porte ou par la fenêtre, je vais être à un moment donné forcé de réaliser que les Jeux Olympiques arrivent. Mais pour l'instant, il n'y a aucun stress.
Au fait, aviez-vous votre maillot de l'OM sous votre combinaison pendant cette belle saison 2026, comme à Paris 2024 ?
Tout le temps. Plus que jamais, on ne renie pas les origines. Bien au contraire. Même si on a connu des périodes meilleures. Mais bon, c'est dans ces moments-là qu'on voit les vrais supporters (sourires).















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