Aurélie Sacchelli, Media365 : publié le lundi 14 septembre 2026 à 23h45
Médaillé de bronze à Paris 2024 chez les +92kg, Djamili Aboudou a fait son retour à la compétition lors des Jeux méditerranéens, qu'il a remportés. Le boxeur revient pour notre site sur ses deux dernières années loin des lumières, et ses ambitions pour la suite, notamment Los Angeles 2028.
Djamili Aboudou, pour votre première compétition depuis votre médaille de bronze à Paris 2024, vous avez remporté les Jeux méditerranéens il y a deux semaines. C'est un sacré retour !
Oui. Pour moi, c'était important de revenir sur la scène. C'est une grande fierté, surtout après tout le travail effectué, après toutes ces blessures. J'avais à cœur de revenir à la compétition de cette manière. C'est la première fois en trois participations aux Jeux méditerranéens que je gagne, car j'avais eu deux médailles de bronze avant, en 2018 en Espagne à Tarragone et en 2022 en Algérie.
En finale, contre le Turc Acar, vous avez été compté au deuxième round. Avez-vous eu peur ?
Non, pas du tout. Ça m'est déjà arrivé, même si c'est rare. Il faut être calme, ne pas se précipiter. J'ai pris un coup, mais je n'ai pas été sonné. L'arbitre pensait que je l'étais, mais ça allait.
Deux ans après Paris 2024, c'est une belle façon de dire à la concurrence « je suis toujours là ! » ?
Oui, c'est ça, et à toutes les personnes qui se demandaient où j'étais passé, qu'est-ce que je faisais. J'ai eu des blessures, mais j'ai préféré ne rien dire, sauf à mes proches. Mais je n'ai pas chômé, j'ai continué à m'entrainer et à rester auprès de ma famille.
Vous avez rapporté la seule médaille d'or française (sur neuf médailles au total) en boxe. C'est une petite fierté ?
Bien sûr, c'est une fierté pour l'équipe, pour moi-même. La dernière médaille d'or, c'était Sofiane Oumiha en 2018. Cette médaille représente beaucoup pour moi, ça récompense le travail que j'ai effectué dans les derniers mois.
Aboudou : "Je m'attendais peut-être à avoir des propositions de promoteurs"
Comment est l'ambiance aux Jeux Méditerranéens ? C'est comme des mini-JO ?
Oui. Je dis souvent aux jeunes de l'équipe : « la meilleure compétition niveau ambiance, ce sont les Jeux Méditerranéens » Il y a le soleil, c'est la Méditerranée. On se régale. Ça ne dure pas longtemps, car en général, on commence en huitièmes pour les légers, en quarts pour les plus lourds, comme moi. Là, j'ai eu la chance, j'ai commencé en demi-finale. J'ai toujours aimé les Jeux Méditerranéens.
On avait un peu perdu trace de vous depuis deux ans. Racontez-nous...
Après les Jeux olympiques, ça a été tranquille, car les trois années auparavant, j'ai beaucoup voyagé pour les stages, les compétitions. On n'était pas souvent à la maison. Donc, après les Jeux de Paris, il y a eu du repos. J'avais eu un problème au coude gauche pendant la préparation des Jeux. Donc j'ai soigné ça après les Jeux Olympiques. J'ai subi une arthroscopie. Ça ne m'avait pas empêché de décrocher une médaille, on avait soigné ça avec les kinés, c'était supportable. Mais après les Jeux olympiques, il fallait opérer. Ensuite, j'ai fait quelques mois de rééducation. Et quand je suis revenu, un jour j'ai fait un sparring, et j'ai eu une rupture du tendon du biceps droit. Du coup, ça m'a écarté encore plus des rings. J'ai perdu beaucoup, beaucoup de temps. Mais je suis de retour. J'ai fait de la kiné, j'ai renforcé. Je me suis entraîné. Je n'ai plus mal du tout. Les sensations reviennent. Je pense que certains n'y croyaient pas. Je crois en moi, je suis très fort mentalement. J'ai toujours dit que le muscle le plus fort, c'est le cerveau. J'ai toujours déjoué les pronostics. Déjà à Paris 2024, j'étais vraiment l'outsider. Pour me qualifier, aussi. Moi, je ne promets pas de médaille, mais je promets que je donne le meilleur de moi-même. Et j'ai donné le meilleur de moi-même.
Avant les Jeux de Paris, vous aviez dit : « J'espère que ça va m'ouvrir des portes ». Est-ce que ça a été le cas, au final ?
Au niveau sponsoring, pas tellement. Je m'attendais peut-être à avoir des propositions de promoteurs pour des combats professionnels, mais je n'en ai pas eu. Mais ça se passe bien aussi en boxe amateur, ce n'est pas très grave. Je ne suis pas déçu. J'ai toujours les mêmes personnes auprès de moi. J'ai un dispositif avec l'Agence du sport, le pacte de performance. C'est du mécénat, qui me suit toujours. J'ai des partenaires. J'ai ma ville, Coudekerque-Branche (dans le Nord). Je suis toujours animateur là-bas.
Aboudou : "32 ans, chez les lourds, c'est encore jeune"
A long terme, l'objectif, c'est Los Angeles 2028, maintenant ?
C'est ça. Là, je suis déjà reparti à l'entrainement, à l'INSEP. Finalement, je ne fais pas les championnats d'Europe (à Sofia à partir de vendredi, ndlr). Après les Jeux méditerranéens, on s'est mis d'accord avec le staff pour me préserver pour les plus grosses échéances, car les concurrents s'entraînent depuis 8,9 mois alors que moi je reviens de blessure. Donc je pense à Los Angeles. Pour se qualifier, il y a quatre chances : les Jeux Européens et les championnats du monde 2027, où dans ma catégorie, il faut être en finale, et ensuite, il y a deux tournois de qualification, où il y aura quatre places dans chaque. Et un seul Français peut se qualifier par catégorie de poids. J'ai toujours dit que le plus dur, c'est la qualification.
Vous disiez ne pas avoir eu d'opportunité de passer professionnel. Sera-ce trop tard après 2028 ? Vous aurez 32 ans.
32 ans, chez les lourds, c'est encore jeune, c'est l'âge de la maturité. Quand on regarde les champions actuels, ils ont 31, 32 ans, mais bon, ils sont passés pros à 25, 27 ans. Donc, 32 ans, c'est possible, mais... Après, s'il n'y a pas de boxe professionnelle, il n'y en a pas. Je ferai ma vie sans la boxe pro (sourire). Mais j'aimerais bien.
Quels sont vos modèles ?
Tyson Fury, c'est un très bon boxeur. J'aimais aussi beaucoup David Haye, très mobile. Après, il y a des boxeurs qui ne sont pas chez les lourds aussi, comme Canelo, qui est pas mal, j'aime bien sa boxe.














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