Paris 2024 : La sonnette d'alarme tirée par Martin Fourcade

Paris 2024 : La sonnette d'alarme tirée par Martin Fourcade©Media365

Mathieu WARNIER, publié le vendredi 02 novembre 2018 à 12h10

Face à un financement du sport en France toujours plus difficile à obtenir en vue des JO de Paris en 2024, Martin Fourcade a pris la parole dans un entretien accordé au quotidien Le Monde.

A six ans des Jeux Olympiques d'été à Paris, la question du financement du mouvement sportif en France est au cœur des discussions. Avec un budget du ministère des sports encore revu à la baisse pour 2019, malgré une rallonge aux environs de quinze millions d'euros obtenue devant le Parlement suite à une hausse du plafond de la « taxe Buffet » ponctionnée sur les droits TV, la capacité à former et préparer au mieux les sportifs tricolores en vue de l'échéance olympique de 2024 est toujours plus remise en doute. Après avoir vu Teddy Riner ou Kevin Mayer prendre publiquement la parole, Martin Fourcade s'est convaincu de faire de même dans un entretien accordé au quotidien Le Monde. « Je ne voulais pas jeter de l'huile sur le feu, par respect pour les gens qui se démènent pour trouver des solutions, d'autant plus que nous venions d'avoir un changement de ministre, assure le quintuple champion olympique de biathlon. Mais les signaux ne vont pas dans la bonne direction. »

Fourcade critique une « absence de continuité »

Au fil de cet entretien, Martin Fourcade dénonce l'absence de suivi dans le projet Paris 2024 de la part des pouvoirs publics, qui font comme si l'obtention des JO était une finalité et pas une étape. « On s'est battus comme des chiens pour avoir l'organisation des Jeux Olympiques 2024 après de nombreux échecs, rappelle le Catalan. Le comité de candidature a mis énormément d'énergie et tout le monde s'est soudé autour de ce dossier, tout le monde a parlé d'une seule voix. Or, aujourd'hui, les signaux qui nous sont envoyés montrent l'absence de continuité. Pourquoi avoir dépensé autant d'énergie pour faire cela aujourd'hui ? En tant que sportif, quand j'ai gagné une médaille, je pense à celle d'après, je ne m'arrête pas de travailler. Ce n'est qu'une étape de les avoir obtenus. Il y a peut-être eu une décompression. Il faut retrouver l'unité qui avait prévalu durant la campagne. »

Fourcade : « Nos fédérations font déjà les fonds de tiroir »

Le financement des fédérations et les coupes budgétaires imposées par le ministère des sports via la réduction du nombre de Cadres Techniques Sportifs est un autre souci que veut mettre en avant Martin Fourcade via sa prise de parole. « Nos fédérations font déjà les fonds de tiroir pour fonctionner. Réduire les moyens de la fédération, cela signifie augmenter la part payée par ses athlètes. Or, pour certains, ce n'est plus possible, tonne le biathlète. La ministre dit : 'On a les moyens pour faire'. En réalité, on ne peut pas faire avec moins, en tout cas dans ma fédération. On fait déjà avec pas grand-chose. C'est la débrouille permanente. Pas grand monde à l'étranger ne fonctionne dans ces conditions-là. » Martin Fourcade veut aussi combattre ce qu'il appelle un décalage entre l'image du sport de haut niveau et la réalité, qui est celle de sportifs et de fédérations n'ayant pas toujours les moyens de leurs ambitions. « Que ce soit les pouvoirs publics, les amoureux de sport, pas grand monde n'imagine les moyens avec lesquels on travaille aujourd'hui, assure le natif de Cléret. Il y a un décalage entre l'image que renvoie le sport de haut niveau et la réalité de nombreuses fédérations. C'est un message qu'on doit faire passer : on est loin de vivre dans l'opulence. » Des mots forts et un message clair qui devra être entendu, notamment par la ministre Roxana Maracineanu.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.