P.Martin : " Refaire du CNOSF la Maison du Sport Français ! "

P.Martin : " Refaire du CNOSF la Maison du Sport Français ! "©Media365

Aurélien CANOT, Media365, publié le lundi 14 juin 2021 à 18h15

Légende du sport français, Patrice Martin (57 ans), aujourd'hui vice-président du CNOSF, s'attaque maintenant à la Présidence. Parmi les principaux chevaux de bataille de l'ancien roi du ski nautique, figurent notamment le souhait de rassembler toutes les familles et de réfléchir dès maintenant à demain. N'en déplaise à ceux qui estiment qu'il n'a rien à faire là dans la mesure où il n'est pas directement issu d'une discipline olympique.


Patrice Martin, comment est née cette envie de candidater à la présidence du CNOSF ?
C'est tout un principe de carrière et de vie. Pour tout vous dire, je ne me voyais jamais président de la Fédération de ski nautique pour commencer. Moi, je suis fait pour de l'action, pour du sport, au pire, pour entraîner. Et puis, finalement, tu te rends compte que c'est frustrant, parce que celui qui a les rênes, ce n'est pas toi, c'est celui qui est derrière le bateau. Et un jour tu dis que des choses ne vont pas bien ou ne se passent pas comme il faudrait. A partir de là, tu n'es plus athlète, tu critiques, mais tu n'as pas les moyens d'agir pour autant. Donc, je me suis dit que je devais ou arrêter de critiquer et passer à autre chose ou m'engager pleinement. J'ai choisi la deuxième option, je suis devenu président de la Fédé puis je suis entré au conseil d'administration du CNOSF en tant que président de la Fédé. Je suis devenu ensuite vice-président du CNOSF sur le partenariat médias, car c'est quelque chose que je faisais avant et que je vivais pleinement du temps où j'étais athlète. Et il y a quatre ans, je me suis dit que j'avais la possibilité de mettre mon expérience au service du sport de manière plus large, avec une vision différente, innovante, progressiste, notamment avec la crise que vit le sport français.

Ressentez-vous une pression plus particulière depuis que vous êtes officiellement candidat ?
Je prends clairement cette élection comme une compétition, dont la finale aura lieu le 29 juin. Il y a d'abord eu tout un temps de préparation, avec des temps de passage, que l'on pourrait comparer à un Championnat de France qui permet d'être sélectionné pour un Championnat du monde (rires), avant d'autres phases préparatoires ensuite. Mais c'est vrai que l'on sent la pression monter. Maintenant, la pression n'est pas mauvaise, il suffit juste de la contrôler. Mais je ne peux pas dire que je ne l'ai pas. On a évidemment des inquiétudes, on se demande si l'on est bien préparé, et si l'on n'a rien oublié. Malgré tout, le programme est là : j'ai mes 100 actions qui sont écrites (avec cinq grands axes), et le plus important, c'était ça : d'avoir écrit et construit quelque chose et d'avoir échangé avec les présidentes et présidents et tous les acteurs du Sport Français.

Dans quel état d'esprit vous trouvez-vous alors qu'approche le sprint final ?
On est dans l'entraînement, on commence à faire des compétitions-test jusqu'à la finale. Maintenant, si je m'engage, c'est que je pense avoir une chance. Après, un Championnat du monde, ce n'est jamais facile à gagner, une finale des Jeux Olympiques, non plus et parfois le favori ne gagne pas. Je connais bien les candidats depuis un certain temps, depuis très longtemps pour certains. On est dans le respect, mais ça reste une compétition, et même si ça doit se dérouler dans l'état d'esprit sportif, chacun devra jouer avec ses armes. En ce qui me concerne, je suis content d'avoir amené un regard neuf dans cette vision du sport, et notamment au sein du CNOSF.

De vos cinq grands axes (gouvernance, représentativité, accessibilité, coopération et excellence), lequel vous tient le plus à cœur ?
Le premier point important, c'est la relance du sport. Dès la rentrée, on veut voir tous les jeunes retourner dans les clubs. L'après-2022 sera très important également, car il va falloir négocier avec les nouveaux élus leur position vis-à-vis du sport pour les cinq ans de mandat. Et cette position doit permettre de transformer le sport durablement après 2024, donc pour 2025, ce fameux moment où le fossé va se creuser si l'on n'y travaille pas dès maintenant. Attention, ce serait se tromper d'objectif que de dire que le seul point important, c'est la relance. C'est une chose nécessaire mais il faut voir plus loin, plus large et anticiper. Le plus important, c'est le projet pour le sport français à horizon 2024-2025 et au-delà, comment nous allons changer économiquement, comment nous allons nous digitaliser, comment nous allons séduire de nouveaux partenaires, ou encore comment nous allons tous ensemble, le CNOSF et les Fédération, recruter et fidéliser de nouveaux pratiquants. Le sport de demain ou après-demain, il est déjà lancé. On a fait ce que l'on pouvait avec les moyens que l'on avait. Mais un champion olympique pour 2024, on ne va pas le créer maintenant, contrairement à celui de 2028 ou 2032. Et c'est maintenant que l'on commence à transformer pour avoir cette dynamique et créer ce champion-là. Pour le sport et la transformation du sport, le point-clé sera la transformation économique.

P.Martin : « Nous faisons tous partie de la même famille, la famille du Sport »

La gouvernance apparaît comme l'un des autres points majeurs de votre programme. Dans quelle mesure ?
La gouvernance sera importante en effet car c'est de là que découle tout le reste et c'est de là qu'est impulsé une dynamique, un cap des ambitions. Tout d'abord, il est important de montrer l'exemple sur plusieurs points, comme la mixité, c'est primordial, même si contrairement aux Fédérations, le CNOSF n'a pas cette obligation législative, il doit s'imposer cette règle-là. Cela passera entre autres, par une approche différente sur les vice-Présidence avec la création de binôme Femmes / Hommes avec des personnes complémentaires issues des CA des Fédérations par exemple, cela passera aussi par une modifications des Statuts ou encore par une transparence à tous les niveaux avec des critères d'autoévaluation et des comptes rendus réguliers sur l'activité du CNOSF. Néanmoins, ce n'est pas cela qui fera que le sport aura les moyens de ses ambitions. L'aspect économique est important car le développement ne passera pas par les uniques financements publics et il est indispensable d'être innovant et de savoir se créer de la richesse au travers de l'ensemble des Fédérations.

Que répondez-vous à ceux qui disent que vous n'avez pas votre place à la présidence dans la mesure où vous n'êtes pas issu d'une Fédération olympique ?
Depuis le départ, un des arguments principaux contre moi, c'est le fait que je ne suis pas issue d'une Fédération olympique, nous sommes d'ailleurs 2 candidats dans ce cas, et c'est un première pour une élection au CNOSF. Pour moi, être olympique, c'est avant tout avoir l' « esprit olympique », défendre les valeurs olympiques, à savoir le partage, le développement du citoyen et la fraternité sur l'ensemble du territoire, et tout cela au travers du sport, qui est le vecteur de tous ces éléments. Le sport est multiple aujourd'hui, avec des champions qui commencent sur des disciplines non-olympiques et poursuivent sur des disciplines qui le sont pour aller aux Jeux. Je le répète : aujourd'hui, si l'on veut défendre le sport français, il faut savoir s'ouvrir. Le Ski Nautique et le Wakeboard ne sont en effet pas Olympique aujourd'hui, néanmoins, je rappelle quand même que le Ski Nautique a été sport de démonstration aux Jeux de Munich en 1972, j'avais alors 8 ans, ce sport a donc été intégré à un moment donné, mais posons-nous la question de savoir qu'est-ce qu'être « Olympique » ? Ce que l'on voit depuis la rénovation des Jeux en 1896 c'est que le programme des Jeux évolue en permanence, des sports entrent puis sortent, en 1972 on comptait 223 épreuves, à Tokyo puis Pékin nous en aurons 448, la vérité d'un jour n'est pas forcément celle du lendemain et l'important, c'est que nous faisons tous partie de la même famille, la famille du Sport.

Quelle est l'idée majeure derrière cette réflexion ?
L'idée, c'est de défendre le sport et d'en faire un élément majeur dans le cadre du développement de l'être et du citoyen, au même titre que le partage est primordial pour le développement personnel et celui de la communauté. Au travers des Jeux Olympiques et du sport, nous encourageons la fraternité sur l'ensemble du globe et à partager ce moment de liesse. C'est ça qui est important et qu'il faut remettre en avant, au lieu de fragmenter le Sport, mettre les disciplines dans des cases parce qu'elles font partie ou pas, à l'instant t du programme des Jeux. L'objectif pour moi c'est d'échanger avec tout le monde pour ressembler, c'est ça que je veux ramener au niveau du CNOSF, et voir comment on peut travailler tous ensemble dans l'intérêt du sport sans qu'il n'ait de « sous sport ».

Il s'agit également de la ligne de conduite de la chaîne Sport en France, à laquelle vous êtes très attaché...
Oui, c'est justement l'ADN de Sport en France depuis le départ. Cela doit être un service pour tous les membres du CNOSF, et qui dit service aux membres dit que l'on doit accompagner toutes les Fédérations de la même façon. Dans les faits, nous avons un budget annuel par Fédération qui est respecté afin de garantir un équilibre et une équité. On ne va pas aider plus une Fédération sous prétexte qu'elle est plus grosse, plus importante ou a plus d'événements. Sinon ce serait favoriser les sports avec le plus de potentiels médiatiques, et ce n'est pas le but. Nous ne sommes pas dans la concurrence, nous sommes dans une mission de « service public » qui doit permettre à tout le monde d'avoir un temps d'antenne par an. Si certains ont plus de moyens et sont plus médiatiques, tant mieux pour elles. Avec 90 disciplines médiatisées depuis le début de Sport en France, on est allés au plus large possible, c'est ça qui est intéressant et c'est ça que je souhaite développer davantage encore, après la télévision puis la plateforme internet, nous venons de lancer l'application et je souhaite aller plus loin pour avoir une plateforme média 360° en intégrant une Radio Numérique Terrestre. Tout le monde est logé à la même enseigne, tout le monde est accompagné, et il y a des choses à faire pour toutes les Fédérations. Si on commence à le faire pour les plus grosses, il y aura une scission, et qui dit scission, dit désintérêt pour une partie des Fédérations et ce sera au détriment du sport d'une manière générale. Et personne n'en sortira gagnant.

P.Martin : « Être plus forts ensemble, demain »



Comment avez-vous bâti votre réflexion et, par extension, votre programme ?
Quand tu es président d'une Fédération, comme je le suis depuis 12 ans, tu t'élèves d'un cran et tu regardes le sport de manière plus générale, en apportant des solutions pour les clubs, qui restent le point central du système, la porte d'entrée, et pour les pratiquants. C'est ce que je me suis dit en arrivant au CNOSF. Je me devais d'avoir une vision plus large et voir si les autres Fédérations avaient les mêmes problématiques ou pas et comment nous pourrions travailler ensemble. C'est ce qui m'a amené par exemple à me dire que le CNOSF, dont le siège social se nomme la Maison du Sport Français, doit de nouveau représenter l'ensemble des pratiquants de sport.

Cela semble même vous tenir fort à cœur ?
A l'origine, c'était vraiment l'idée : rassembler l'ensemble du sport français au même endroit. Et puis petit à petit, les envies, les intérêts personnels, le développement du sport professionnel, du sport business, les nouvelles pratiques et disciplines ont fait que certaines Fédérations se sentaient mieux à l'extérieur. L'idée est de remmener tout le monde au sein de la « Maison du Sport Français », tous les acteurs du Sport Français, pour chacun puisse avoir la parole, être écouté et considéré. Pour cela je relancer des commissions sectorielles pour que tous les acteurs de l'écosystème sportif, internes tout comme externes, discutent au sein du CNOSF et que le CNOSF, et son siège social, redeviennent effectivement la « Maison du Sport Français » un lieu commun d'échanges, de réflexions, de contributions et de coopérations, en clair, je souhaite travailler main dans la main demain avec tout monde pour être encore plus forts et plus efficients.

Votre immense carrière de sportif peut-elle jouer en votre faveur au moment du vote ?
Pour moi, ce n'est pas la carrière qui doit faire la différence, car il y a d'autres très beaux CV, mais la personnalité, la proximité, l'engagement, la disponibilité et la vision. Au-delà de l'aspect sportif, ceux qui me connaissent au CNOSF savent qu'en tant que dirigeant et en tant que personne ayant contribué au développement de Sport en France et de cet état d'esprit que nous avons voulu donner, j'ai toujours défendu l'ensemble des disciplines avec le même respect pour toutes. C'est de se dire qu'il faut de la place pour tout le monde. C'est pour ça qu'il faut une équipe élargie avec des présidents délégués qu'il faut laisser faire avec la confiance et le contrôle nécessaire, car c'est comme ça que l'on construit de belles choses. On ne peut pas avoir aujourd'hui au CNOSF un président omnipotent. Il faut des équipes avec des présidents délégués.

Que diriez-vous aux électeurs qui hésiteraient encore à mettre votre nom sur leur bulletin ?
Je ne voudrais pas que certains regardent au moment de voter le type de candidat que je suis et si j'ai l'étiquette olympique. Si le choix se fait là, on se trompe certainement d'objectif. Je leur dirais de regarder avant toute chose le fond, ma vision, mes propositions, de se poser la question « De quoi a besoin le sport pour se préparer aux enjeux de demain ? » et de ne pas avoir peur du « changement ». C'est ce que j'ai fait lorsque j'étais athlète, c'est ce que j'ai fait aussi au sein de la Fédération, et ça a plutôt bien marché jusqu'à maintenant. Certes, on se pose des questions le temps de la transformation, mais perdre cette distance, c'est être plus fort demain. Tiger Woods avait changé son swing il y a quelques années. Il a pris du retard et n'était plus dans les meilleurs, mais pour revenir plus fort ensuite. C'est un peu ça mon état d'esprit. Soit on fait de petits changements, mais sans être sûr de tenir sur la distance, soit on accepte de changer radicalement pour être plus fort demain. Je souhaite vraiment que nous soyons « Ensemble pour le Sport ».

Programme « Ensemble pour le Sport » à retrouver sur www.patricemartin2021.fr

Calendrier
> 16 juin - Grand Débat
> 29 juin - Election de la Présidente ou du Président lors de l'Assemblée Générale du CNOSF

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