Olympisme - Christophe Lepetit : " Il faut se servir de Paris 2024 comme d'un accélérateur de politique publique "

Olympisme - Christophe Lepetit : " Il faut se servir de Paris 2024 comme d'un accélérateur de politique publique "©Media365
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Aurélie SACCHELLI, publié le mercredi 13 septembre 2017 à 20h06

Christophe Lepetit, responsable des études économiques et des partenariats au Centre de Droit et d'Economie du Sport de Limoges, nous éclaire sur les retombées économiques pour Paris et pour la France de l'organisation des JO d'été 2024.

Christophe Lepetit, organiser les Jeux Olympiques en 2024, est-ce globalement une bonne nouvelle pour l'économie française ?
Non, parce qu'il n'y a pas d'éléments tangibles qui permettent de dire que les grands événements sportifs sont des accélérateurs de croissance. Maintenant, c'est vrai qu'il va y avoir un impact économique positif, qu'on a chiffré entre 5,3 et 10,7 milliards sur une période de dix-huit ans sur le territoire de l'Ile-de-France. Ça peut paraitre énorme en termes de valeur absolue, mais même 10,7 milliards, à l'échelle de l'Ile-de-France, ce n'est pas économiquement extrêmement significatif. Donc ce n'est pas forcément une bonne affaire et ça qui va rebooster la croissance. Néanmoins, ça peut contribuer à faire reprendre la croissance progressivement, et surtout ça peut contribuer, dans une période un peu compliquée sur le plan du carnet de commandes des entreprises et sur le plan de l'emploi, à apporter un petit coup de boost. Mais ce n'est pas ça qui va changer la face de l'économie française, ni dans un sens ni dans un autre.

Contrairement à la Grèce, la France semble à l'abri de voir ses finances plombées par les JO...
Pour la Grèce, la vraie catastrophe c'est que les Jeux sont arrivés à une période où l'économie était complètement arrêtée et en pleine période de décroissance. Il y a eu un double effet négatif, car il y a eu un phénomène « d'éléphant blanc », c'est-à-dire que les infrastructures construites pour les JO à Athènes n'ont servi à rien une fois les JO terminés. La France est prémunie de ça, à deux niveaux. Sur le plan budgétaire, je pense que le budget annoncé de 6,3 milliards d'euros et la communication qui en a été faite autour nous prémunit relativement contre le dépassement budgétaire, même s'il peut toujours y avoir un dépassement. Mais une réserve pour aléas est prévue dans le budget de Paris 2024. Les acteurs de la candidature ont vraiment axé sur cette sobriété. Quant au risque d'« éléphants blancs », il est absolument nul, on est prémunis puisque les infrastructures qui vont être construites représentent un besoin sur le secteur de l'Ile-de-France, notamment le bassin de natation, mais aussi la reconversion du village olympiques en logements et bureaux. Tout cela ne tombera pas en désuétude comme c'est le cas à Athènes ou Rio.

Il y a quand même une inconnue dans le budget, c'est le domaine de la sécurité. Difficile de prédire quel sera le contexte en France dans sept ans...
Non, on ne sait pas. Mais justement, le fait que le contexte soit extrêmement tendu actuellement et que Paris 2024 ait construit son budget dans ce contexte post-Charlie Hebdo et attentats de novembre 2015 fait que les décideurs de la candidature ont très certainement tenu compte de ce contexte. Sur la sécurité, je n'ose pas croire que Paris 2024 n'ait pas été pessimiste dans son chiffrage.
Christophe Lepetit : « 25% du budget viendra de l'argent public »
De nombreux Parisiens et Franciliens, y compris les fans de sport, s'inquiètent de devoir financer l'organisation des JO via leurs impôts. Pouvez-vous les rassurer ?
Ce qu'il faut savoir, c'est que sur les 6,3 milliards d'euros de budget, une partie relativement limitée provient de l'argent public. Entre 3 et 3,3 milliards sont prévus pour l'organisation même des JO et sont financés à 100% par des fonds privés. Ensuite, il y a le budget des infrastructures, qui est là aussi aux alentours de 3 milliards, et la moitié vient du privé et l'autre moitié du public. Donc au final, ça ne fait « que » 25% du budget qui vient de l'argent public. Et qui dit argent public dit financement par le biais des recettes des collectivités territoriales et de l'Etat, et donc notamment par l'impôt. L'accueil des Jeux a un coût, mais si l'argent n'était pas mis sur les JO, le budget serait dépensé autrement. Donc je ne suis pas sûr qu'il y ait une augmentation du budget des collectivités territoriales qui nécessiterait une augmentation de l'imposition. Il faut se servir de Paris 2024 comme d'un accélérateur de politique publique, en termes d'accessibilité des transports en commun, de développement de la pratique sportive, car des personnes qui font du sport sont des personnes qui sont moins malades et qui coûtent moins cher au système de Sécurité sociale. Donc les JO ne font pas que coûter de l'argent.

Ces JO 2024 semblent également être un gros coup de pouce pour les différents chantiers du Grand Paris, qui devraient améliorer la vie des Parisiens et Franciliens en termes de transports...
Tous les chantiers se seraient faits quand même, c'est important de le souligner. Mais ça peut accélérer la réalisation, et Paris et le Grand Paris ont besoin de ces infrastructures. Cela permettra à Paris d'en faire une nouvelle capitale mondiale, dans le sens où elle sera renouvelée, redynamisée, plus accessible, plus facile à vivre. Barcelone 1992 est un exemple de ce qui peut être fait avec les Jeux Olympiques en termes de redynamisation urbaine.

En dehors de Paris, le département de la Seine-Saint-Denis est-il l'autre grand gagnant de cette organisation des JO ?
On sait que le département de la Seine-Saint-Denis connait des difficultés importantes d'un point de vue social et économique, et le fait d'avoir positionné le bassin olympique, le village olympique et le village des médias sur ce territoire est très certainement une façon d'effectuer une sorte de rééquilibrage territorial entre Paris, les départements limitrophes et la Seine-Saint-Denis. Pour que le 93 ne soit plus connu que pour les problèmes de chômage, pauvreté et délinquance, mais pour être un département où il fait bon vivre, où on peut aller travailler, se loger. Il y a une opportunité à saisir pour le département pour faire en sorte d'avoir un effet durable des JO 2024 sur la qualité de vie.

Il faudra toutefois s'assurer que ce soit les habitants du 93 qui bénéficient de cet héritage...
Il y aura un héritage quoiqu'il arrive, puisque le village olympique sera transformé en logements et en bureaux. La question qui se pose, c'est de savoir si les populations actuelles de Seine-Saint-Denis auront la capacité à accéder à ces logements-là. Parfois le prix du foncier post-grand événement sportif est trop important et ne permet pas aux populations locales d'avoir accès à ces logements. C'est un enjeu important. Il faudra faire en sorte que la population locale et les entreprises de Seine-Saint-Denis bénéficient en premier lieu des marchés qui vont être passés et des travaux qui vont être réalisés dans le cadre de la préparation des JO.
Christophe Lepetit : « Il faudra voir si le public qui viendra assister aux Jeux ne remplace pas des touristes qui seraient venus à Paris pour visiter le Louvre »
En termes de retombées touristiques, le CDES a estimé l'impact économique des JO entre 1,4 et 3,5 milliards d'euros. Mais comment être sûr que ces JO n'empêcheront pas les touristes n'aimant pas le sport de venir à Paris, et que les JO ne feront pas fuir les Parisiens en août 2024 ?
Si les JO permettent de retenir les Parisiens en août 2024, ce sera plutôt positif, car on a vu que cet été, les commerçants étaient désespérés car les Parisiens avaient déserté Paris. Si ça permet que les résidents locaux n'aillent pas dépenser leur argent sur la Côte d'Azur ou la côte d'Atlantique, mais sur le territoire qui accueillera les Jeux, ça aurait un effet positif en termes économiques. C'est ce qu'on appelle l'effet de rétention. Il faudra aussi être vigilant sur l'effet d'éviction. Il faudra voir si le public qui viendra assister aux Jeux ne remplace pas des touristes qui seraient venus à Paris pour visiter le Louvre et la Tour Eiffel. On sait que des touristes décaleront leur venue à juillet ou septembre, ou l'annuleront. Sur le plus long terme, Paris reste une ville touristique, l'une des premières destinations touristiques mondiales, mais il y a de la concurrence, et il faut conserver sa position. Quelque part, accueillir les Jeux c'est aussi donner une image de dynamisme, de renouvellement urbain, mettre en lumière les nouvelles infrastructures du Grand Paris, les nouveaux modes de vie locaux, et donner aux gens qui n'auraient pas envie de venir à Paris aujourd'hui parce qu'ils en ont l'image d'une capitale un peu vieillissante, qu'ils ont une mauvaise image du Français, de redonner une bonne image. Ça permettra aussi de développer les capacités d'accueil et de faire en sorte qu'on puisse accueillir plus de touristes qu'on en accueille aujourd'hui. Ce qu'il ne faut pas négliger non plus, et on l'a vu à l'occasion de l'Euro 2016, c'est que les gens viennent pour l'événement car ils sont férus de sport, mais ils profitent du fait que la France soit un pays touristique où on peut se déplacer facilement pour prolonger leur séjour. Donc l'impact économique va ruisseler un peu sur le territoire

Quelle est la politique à mener en termes de billetterie ? Vaut-il mieux vendre des places pas chères pour remplir les sites, ou des places chères pour faire rentrer de l'argent dans les caisses ?
Paris 2024 a communiqué sur une tarification assez accessible (50% des billets coûteront moins de 50€, avec un prix le plus bas à 15€, ndlr). De toute façon, il y aura une politique de tarification qui permettra au plus grand nombre de venir voir les épreuves olympiques. Bien évidemment, ça m'étonnerait que les prix pour la finale du 100m soient bradés. Mais on sait depuis l'Euro 2016 notamment qu'il y a une vigilance des organisateurs, qui essayent de proposer, autant que faire se peut, de proposer des tarifs abordables pour leurs billets.

Organiser les JO en 2028 était-il totalement inenvisageable pour Paris ?
A mon sens, oui. Pour une raison assez basique, c'est que le gel du foncier qui est prévu pour le village olympique et le village des médias n'aurait pas été possible quatre ans de plus. Ça aurait posé un vrai problème d'un point de vue technique. Les acteurs publics s'étaient mis en marche pour une candidature pour 2024 et l'ensemble des parties prenantes étaient focalisées sur 2024. Je ne sais pas si cette unité aurait pu être la même pour l'édition 2028, 2024 présentant le côté un peu symbolique d'être le centenaire des derniers Jeux à Paris. Ce n'est qu'un symbole, mais c'est important. Au final, les trois parties, Paris, Los Angeles et le CIO y ont trouvé leur compte.



 
73 commentaires - Olympisme - Christophe Lepetit : " Il faut se servir de Paris 2024 comme d'un accélérateur de politique publique "
  • "Contrairement à la Grèce, la France semble à l'abri de voir ses finances plombées par les JO..."
    Est ce que ce monsieur visionnaire pourrait en parler humblement au Jupiter qui rançonne à tout va pour quelques centaines de millions d'euros, les larmes aux yeux
    Que de belles et vraies choses aurions nous pu faire avec ces 6.5 milliards dilapidés pour le plaisir de quelques millionnaires récipiendaires et d'ex-sportifs non encore recasés à la télé propagande ....

  • A tous ceux qui critiquent le coût, celui des jeux sera financé seulement à 25% par de l'argent public le reste étant payé par le CIO les sponsors, le privé. Même si le coût des jeux passait de 6 à 10 milliards cela ne ferait que 2,5 milliards d'argent public soit puisqu'il reste 6 ans environ 400 millions par an. Je ne pense pas que cela va mettre en péril les finances de l'état.

    Tiens un copain à Jupiter.....
    Mais pourquoi Diantre n'avez vous donné vos éminents conseils aux fabricants de notre magnifique accélérateur de particules, cela nous aurait évité d'avoir à le payer sur plusieurs générations avant même qu'il ne soit opérationnel. Les calculs sur papier Velin sont magnifiques à l'ENA, mais depuis le temps qu'ils sont éronés, peut-être conviendrait'il de rentrer sur Terre ???

    Ptibill d'abord je ne suis pas copain de Jupiter puisque je n'ai pas voté pour lui. Je dit simplement que même si le budget dérivait fortement ce qui est peu probable, cela ne mettrait pas en péril les finances de l'état comme à Montréal, Athènes ou Sotchi puisque 95% des infrastructures sont déjà réalisées .La seule grosse inconnue c'est la sécurité qui dans le pire des cas s'élèverait à 1 milliard d'euros.

  • Aucun pays ne voulait les jeux olympiques .
    Il n'y a que les Français, qui ne les avait pas eu depuis 1924, c'est un cadeau..
    La France va pouvoir fêter son centième anniversaire.
    Anne Hidalgo n'as rien fait pour Paris les jeux lui ont été données....
    Et puis ce sont les JO de la France .....

  • Au moins tout les défenseurs que l'on voient se réjouir d'avoir les jeux sont assurés de s'en mettre plein les fouilles jusqu'à 2024, ensuite ce sera les français qui devront payer le déficit d'une telle organisation. Aucun pays ayant organisé les jeux n'en a tiré des profits, bien au contraire. Lorsqu'ils disent que cela va coûter tant, il faut multiplier ce chiffre par deux ou trois pour être plus près de la vérité.

  • c'est drôle ,on ne parle pas de la pollution et des économies, avion pour tout le monde, grand repas avec ducasse et de la nourriture bien française:

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