Jeux Olympiques - Pacte de performance - Maracineanu veut offrir de la sérénité aux athlètes

Jeux Olympiques - Pacte de performance - Maracineanu veut offrir de la sérénité aux athlètes©Media365
A lire aussi

Gabriel Vanhoutte, publié le lundi 15 avril 2019 à 18h15

A l'occasion de la signature du pacte de performance entre Engie et huit athlètes français en course pour les Jeux Olympiques 2020 ce lundi, la Ministre des Sports Roxana Maracineanu s'est félicitée d'un nouvel outil au service des athlètes, mais également du monde de l'entreprise.

Ce lundi, la Ministre des Sports Roxana Maracineanu était présente au siège d'Engie, pour la signature du pacte de performance (partenariat entre sportifs et entreprises) entre l'entreprise énergétique tricolore et huit athlètes français en lice pour les Jeux Olympiques 2020 de Tokyo. Après une cérémonie, avec à la clé la signature du pacte, la Ministre s'est présentée devant la presse pour s'exprimer sur les bénéfices d'un tel outil pour les sportifs, leur garantissant des revenus et leur offrant une sérénité que « demande la préparation des Jeux. » Ce pacte, à l'honneur ce lundi, consiste en un financement à hauteur de 20 000 euros par an et par athlète, avec en contrepartie un engagement et une insertion professionnelle auprès de l'entreprise mécène. Créé en 2014 puis développé sous la forme d'une fondation depuis 2017, le Pacte de performance rassemble 100 entreprises et 225 sportifs. Ce lundi, c'est donc Billy Besson, Marie Riou, Pierre Le Coq (voile), Madeleine Malonga, Luka Mkheidze (judo), Cassandre Beaugrand (triathlon), Pauline Ado (surf) et Elodie Clouvel (pentathlon moderne) qui ont rejoint le projet. Un élan positif pour le sport français aux yeux de la Ministre.

Roxana Maracineanu, que représente le pacte de performance à vos yeux ?
Il est très important de matérialiser cette volonté de travailler main dans la main avec les acteurs historiques du Ministère des Sports, les fédérations et les associations, mais plus que jamais nous mettons au cœur de nos priorités les sportifs et les entraîneurs. Cela n'a jamais été affirmé tel quel par le Ministère avant et aujourd'hui, avec la création de l'Agence nationale du sport, où les acteurs de l'économie et du privé vont avoir une place à nos côtés, nous voulons que celle-ci soit utile dans deux sens : pour les athlètes, nos entraîneurs, nos fédérations, pour leur permettre de se préparer sereinement sans avoir cette injonction au double projet, puisque c'est historique en France de vouloir toujours avoir des personnes d'excellence mais finalement sans jamais vraiment leur donner les outils pour valoriser cette double compétence. Nous avons envie de leur donner les outils et nous travaillons sur un livret de compétence pour les sportifs pour qu'ils puissent valoriser cette expérience acquise dans la carrière sportive auprès des employeurs.

Ce pacte est donc gagnant pour les sportifs, les fédérations mais aussi les entreprises ?
Tous ces outils-là n'ont de sens que s'il y a un véritable partenariat, et aujourd'hui ce partenariat se décline de la part de l'entreprise pour les sportifs mais on veut aussi que le monde du sport soit au service des entreprises. Il y a cette envie de servir avec nos associations, nos fédérations et les sportifs sous contrat. Nous voulons infuser plus de bien-être, de sport, de santé pour les salariés de l'entreprise et c'est une action qui ira au-delà de partager l'aventure de la préparation et de la compétition pour les salariés ou alors rencontrer des sportifs lors des conférences. On n'a plus de choses à faire ensemble que ça. Mais c'est déjà très important ce que l'on fait, il y a encore plus de contrats qui se signent et je suis ravi d'avoir rencontré Mme Kocher (PDG d'Engie, ndlr) dès mon arrivée au ministère et que cela ait pu se concrétiser par ce pacte et d'autres projets que nous avons ensemble sur l'accompagnement de véritables dispositifs de développement de la pratique pour tous sur le territoire français. C'est important parce qu'Engie est une entreprise nationale à dimension régionale, locale, et nous aussi sommes sous cette organisation avec en national le ministère et des fédérations puis en local des associations où grandissent les sportifs. Ils sont peut-être aujourd'hui réunis à l'INSEP ou dans les grands pôles d'entraînement, mais au départ ils étaient dans les associations et c'est là qu'on a besoin de contact entre les deux mondes.

Maracineanu : « Intégrer les sportifs au monde de l'entreprise »

Quels sont les objectifs associés à ce pacte de performance ?
L'idée est d'une part de reprendre la main sur tous les dispositifs qui existent aujourd'hui en matière d'accompagnement du sportif, parce qu'il y a des choses qui se sont développées historiquement au sein des fédérations, des contrats d'insertion professionnelle qui ont déjà court avec des partenariats bien précis, et puis de voir ensuite athlète par athlète. Parmi les 6000 athlètes de haut niveau, l'idée est d'en sélectionner 500 qui soient médaillables pour Paris 2024 et de leur avoir un revenu qui leur permette de ne pas trop se disperser. Si ça provient d'une ou deux sources particulières, c'est mieux parce qu'il y a moins d'obligations pour eux. Mais on veut réfléchir sur le contenu pour qu'il y ait des droits mais aussi des devoirs pour ces sportifs en termes de rendu sur investissement pour l'entreprise. Car la principale valeur qui peut rapprocher le sportif de l'entreprise est cette notion de prise de risque. Quand on s'engage dans une activité, on prend le risque d'annoncer que l'on veut une médaille d'or, que l'on va s'engager tant d'heure sans savoir si c'est nous qui allons gagner et c'est un peu la même chose pour une entreprise. C'est un nouveau territoire, mais au-delà de ce partage de valeur, c'est important que tous les salariés puissent se retrouver dans cette aventure.

Quelles sont les difficultés d'un sportif aujourd'hui à l'heure d'entamer sa seconde carrière ?
Quand les sportifs sortent du double projet études/sport, et se présentent en entretien, il leur manque de l'expérience professionnelle. Nous croyons au triple projet aménagé, durant des moments de relâche après les Jeux et les grandes compétitions, pour qu'ils puissent être intégrés dans le monde de l'entreprise, voir ce que c'est, et être placés sur des projets définis en relation avec les salariés et que cela leur permette de mettre un vrai pied dans l'entreprise. Quand l'entreprise nous connaît et connaît les sportifs et leurs qualités personnellement, elle leur fait plus confiance.

Maracineanu : « On est tous responsables d'aider ces sportifs à performer »

Quels seront les devoirs du sportif dans le cadre du Pacte de performance ?
Avant tout, pour une part essentielle, ce sont des notions d'éthique. Il est bien spécifié qu'en cas de dopage, le contrat saute et c'est pour nous important. Il faut que nous ayons des garants par rapport à nos athlètes. On sait de manière générale que ce n'est pas bien de se doper. Mais il y en a qui pensent autrement parfois. Nous sommes plusieurs à être garants, le Ministère des sports, la Fédération, l'Agence de lutte contre le dopage. Si en plus l'entreprise qui tous les jours subvient aux besoins du sportif et lui donne la possibilité de s'entraîner en est le garant, et qu'il sent que plutôt que de se dire « je vais me doper pour avoir quatre ou cinq contrats » il se dit « j'en ai deux ou trois qui me permettent de bien vivre et je vais faire déjà ce qu'il faut pour les respecter, c'est déjà un autre type d'engagement qui met le sportif devant ses responsabilités d'éthique et d'intégrité. Derrière, c'est aussi de se dire qu'avec tous les acteurs qui travaillent au Ministère des sports, dans les fondations, dans les fédérations, on va faire ce travail un peu marketing qu'on ne peut pas faire au quotidien parce que les carrières s'allongent de plus en plus, on est tous responsables d'aider ces sportifs à performer. On ne leur demande plus de performer seulement sur une olympiade mais aussi sur une deuxième. On ne peut plus faire l'économie d'être à leur service et de créer une cellule marketing mutualisée entre tous les sportifs avec des entreprises qui sont là et qui éventuellement prennent le relai l'une de l'autre. Les contrats d'apprentissage sont un super contrat pour allier pratique professionnelle, expérience d'entreprise et formation. On a envie de parler du parcours du sportif depuis le début de rentrée en formation jusqu'à la fin où on aura envie de se dire au revoir les uns et les autres et jusque là on a envie d'avoir assumé toutes les responsabilités qui sont les nôtres.

Ce ne sont donc pas des devoirs uniquement au service de l'entreprise ?
Non, ce sont aussi des devoirs plus larges. De manière générale, le sportif est responsable de sa performance, acteur de sa carrière et c'est important, car souvent lorsqu'on sort d'une carrière sportive, on a l'impression d'avoir été utilisé. L'entraîneur nous a beaucoup poussé, la fédération aussi, le Ministre est venu pour poser sur la photographie, le Président nous a reçus a l'Elysée pour nous remettre une décoration, mais une fois que c'est fini, on n'existe plus. Donc, il est important que l'on soit tous responsabilisé par rapport à cela.

Maracineanu : « Mettre en place un parcours du sportif »

Ces devoirs-là ne sont pas écrit dans ce contrat ?
C'est comme si nous faisions un zoom sur un type de partenariat, mais ce que je veux vous dire, c'est que nous (l'Agence nationale du sport, la partie haute-performance, le Ministère des sports), c'est cette cohérence là que nous voulons donner. Ce ne sont pas vraiment des devoirs, mais des engagements que l'on veut proposer aux sportifs en contrepartie des droits que nous pouvons leur offrir. L'idée, c'est qu'on arrive à mettre en place un parcours du sportif, qui prend en compte sa carrière professionnelle, son insertion professionnelle et sa sortie de carrière et on va lui proposer des engagements sur lesquels il va se positionner.

Ces pactes de performance sont les premières pierres d'un projet plus long...
Il faut comprendre qu'on est au tout début de cela quand même. Ces contrats sont larges et regroupent des possibilités intéressantes pour les deux partis, mais aujourd'hui ces possibilités ne sont pas encore investies, ni par les uns ni par les autres. Il faut qu'on en prenne conscience, qu'on en discute ensemble, qu'on en discute avec les athlètes.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.