Portrait : Shevchenko, le visage de l'Ukraine

Portrait : Shevchenko, le visage de l'Ukraine©Panoramic, Media365

Thomas Siniecki, Media365 : publié le vendredi 04 mars 2022 à 15h38

Andriy Shevchenko, Ballon d'Or en 2004 sous les couleurs de l'AC Milan, a été un des plus grands attaquants du début du siècle. Sa notoriété lui confère inévitablement un rôle à part dans le conflit entre l'Ukraine et la Russie.



L'histoire d'Andriy Shevchenko, fatalement, raconte beaucoup du drame qui se noue depuis une semaine en Ukraine. Tout, presque. Le 29 septembre 1976, la future légende de l'AC Milan naît en URSS, à Dvirkivchtchyna, village situé à une centaine de kilomètres de Kiev. Et à environ 250 kilomètres de Tchernobyl. Le 9 avril 1986, la famille Shevchenko doit donc fuir pour échapper aux effets du nuage radioactif. C'est au même moment qu'Andriy commence à faire ses gammes au Dynamo Kiev, de manière de plus en plus éclatante. Dès 1994, l'histoire est lancée : première apparition en équipe première le 20 octobre, première titularisation en Ligue des champions en novembre, premiers buts en championnat comme en C1 les 1er et 7 décembre.

A seulement 18 ans, il fête aussi sa première sélection en équipe nationale en mars 1995, avant d'y inscrire son premier but en mai 1996. En novembre 1997, il éclate à la face de l'Europe à tout juste 21 ans, en inscrivant un triplé au Camp Nou pour terrasser le Barça 4-0. C'est le triomphe de l'école Valeri Lobanovski, qui associe en pointe son joyau à Sergueï Rebrov. Andriy Shevchenko est recruté par l'AC Milan en 1999 : un but dès son premier match, un triplé dès sa troisième apparition ! Meilleur buteur de Serie A pour sa première saison (24 réalisations), il termine troisième du Ballon d'Or en 1999 puis en 2000, avant de triompher enfin en 2004. Champion d'Europe six mois auparavant, il échoue en 2005 lors de la fameuse finale contre Liverpool, revenu de 0-3 à 3-3 en six minutes (de la 54eme à la 60eme).

"Des enfants meurent. Ma mère et ma soeur refusent de partir (...) Le football n'existe plus pour moi"

Avant de manquer son tir au but face à Jerzy Dudek, il avait déjà raté une occasion incroyable à bout portant devant le gardien polonais, à bout portant. En 2006, lorsqu'il quitte la constellation milanaise pour Chelsea après sept années chez les Rossoneri, le bilan est à peine terni par cet épisode : deuxième meilleur buteur de l'histoire du club (175 buts), il en est aussi le meilleur réalisateur en Ligue des champions (29 buts) à égalité avec Filippo Inzaghi. C'est aussi à ce moment-là qu'après de nombreux et douloureux échecs au cours des différentes qualifications pour l'Euro ou le Mondial, il participe enfin à sa première grande compétition avec l'Ukraine, une Coupe du monde couronnée de succès puisqu'elle se conclut en quarts de finale (défaite 3-0 face à l'Italie).

En Angleterre, la décrue continue. Ne parvenant pas à dépasser les cinq buts en Premier League lors de ses deux premières saisons, il revient en prêt à Milan au cours de sa troisième année à Londres. C'est un échec cuisant : pas un seul but au compteur en 18 matchs de Serie A. Après une dernière saison à Chelsea, il effectue un autre retour pour boucler la boucle au Dynamo Kiev, de 2009 à 2012. Andriy Shevchenko parvient à terminer sur des standards un peu plus conformes, marquant notamment son premier match par une entrée en jeu, un penalty obtenu et un but décisif dans le temps additionnel. Il prend sa retraite sur un ultime championnat d'Europe avec l'Ukraine, à domicile. Reversés notamment dans le groupe de l'équipe de France (2-0 pour les Bleus), les locaux ne franchissent pas le premier tour.

Encore double buteur à 35 ans et 256 jours face à la Suède (2-1), Andriy Shevchenko reste le joueur le plus âgé à avoir réussi un doublé au cours d'une phase finale de la compétition continentale. Meilleur buteur de l'histoire de l'Ukraine avec 48 réalisations, deuxième joueur le plus capé de son pays (111 sélections) derrière son ancien coéquipier Anatoliy Tymoshchuk (144 sélections), il tente immédiatement une incursion en politique. Raté : il n'obtient même pas 2% aux élections législatives de 2012.


Quatre ans plus tard, il revient à ce qu'il sait faire de mieux, le terrain, en s'asseyant cette fois sur le banc de son Ukraine tant chérie. Son mandat se termine cet été de belle manière, avec un quart de finale au championnat d'Europe contre l'Angleterre (4-0 pour le futur finaliste). Etrangement remercié par le Genoa au mois de janvier après seulement deux mois à la tête de l'équipe - et sept défaites en dix matchs -, l'Ukrainien le plus célèbre de l'histoire tient une voix à la puissance inestimable pour porter haut la lutte de son peuple, depuis Londres où il réside toujours avec ses enfants. Mardi, avant le derby de Milan en Coupe d'Italie, son message vidéo a résonné dans San Siro.

Jeudi, il a réitéré pour Sky Sports : "Je suis très fier d'être ukrainien. C'est un moment très difficile pour nous tous, un des plus durs de notre histoire. Des enfants meurent, des missiles sont pointés sur nos maisons. Il faut trouver un moyen d'arrêter cette guerre. Comme ma mère et ma soeur, qui sont à Kiev, la plupart des Ukrainiens refusent de partir et veulent se battre pour notre liberté, notre âme. Nous sommes unis et il y a beaucoup d'aide, les familles essaient de partager leur nourriture avec les soldats (...) Tant que la guerre a lieu, il faut interdire tous les sportifs russes en compétition. Le football n'existe plus pour moi en ce moment, je ne regarde plus aucun sport." Andriy Shevchenko, c'est l'histoire de l'Ukraine. Son passé, son présent, mais aussi et plus que jamais son avenir.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.