Portrait : Longo, l'immortelle

Portrait : Longo, l'immortelle©Panoramic, Media365
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Thomas Siniecki, Media365 : publié le vendredi 29 juillet 2022 à 11h00

Jeannie Longo, en plus de trois décennies (de 1980 à 2010, pour résumer), est devenu le symbole de la durée de vie maximale dans le sport, un des palmarès les plus interminables de l'histoire du sport. La France entière la connaît.



Elisa Longo Borghini s'est signalée, et elle s'en serait bien passée, en se trompant de route jeudi à 300 mètres de l'arrivée du sprint de la cinquième étape du Tour de France. Elle n'a aucun lien de parenté avec notre Jeannie Longo nationale, puisque vous êtes sans doute nombreux à vous être posés la question si vous avez regardé cette nouvelle épreuve, qu'elle aurait tant aimé disputer et aurait probablement écrasé - après avoir remporté la précédente formule trois années de rang, de 1987 à 1989. Comme elle a régenté la France du cyclisme durant plus de 30 ans... Championne nationale pour la première fois en 1979, elle l'a été pour la dernière fois en 2008, et même en 2011 pour la seule spécialité du contre-la-montre.

Dans cet intervalle, et tout en ayant encore participé à quelques courses tout dernièrement, elle a été littéralement gargantuesque. Championne de France de 1979 à 1989 sans interruption, puis en 1993, 1995, de 1998 à 2001, et enfin en 2004, 2006 et 2008, elle a ajouté à ces 20 sacres sur route onze autres couronnes en contre-la-montre, en 1995, de 1999 à 2003, puis en 2006 et de 2008 à 2011. Surtout, elle n'a pas limité cette incroyable longévité à l'échelle de ses frontières. Jeannie Longo a été championne du monde de 1985 à 1987, puis en 1989 et en 1995. Cette année-là, et jusqu'en 1997 ensuite, elle sera également reine de la planète sur le contre-la-montre.

"Je n'ai pas toujours pu en profiter"

Ce qui l'a naturellement amené à la consécration de sa carrière : deux médailles olympiques en 1996, une en or sur route et une en argent sur le contre-la-montre. L'an dernier, elle s'en souvenait encore pour L'Equipe : "C'était une grande joie, un grand moment qui dure longtemps. Ce n'est pas court, je peux vous le dire. Ça fait plaisir à beaucoup de gens, la famille, les amis évidemment et le public, ceux qui vous aiment bien. J'avais l'habitude d'enchaîner avec la suite de la saison. Il y avait le Tour féminin dans la foulée et là, c'est vrai que je n'avais pas dix mètres pour moi, pas une seconde. Au départ, à l'arrivée, il y avait du monde, tout le temps du monde... Ça fait très plaisir, mais c'était fatigant." Pour rappel, Jeannie Longo avait alors 37 ans.

Quatre années plus tôt, elle avait déjà été médaillée d'argent à Barcelone... alors qu'elle pensait gagner : "Comme il n'y avait pas d'ardoisier et qu'aux Jeux, il y a des écarts de niveau importants, certaines filles avaient un tour de retard. Moi, je n'étais pas toujours devant non plus, et quand vous êtes dans le paquet, vous ne voyez pas forcément ce qui se passe aux avant-postes. Elle a dû partir en facteur et je ne l'ai su que sur la ligne." Et quatre ans plus tard, à Sydney, elle glanait le bronze sur le contre-la-montre. Au total, elle a participé à pas moins de sept olympiades, de Los Angeles en 1984 à Pékin en 2008, de 25 ans à... 49 ans. Elle garde encore en travers de la gorge sa non-sélection pour Londres en 2012, la privant donc d'une huitième aventure.


A 53 ans, elle n'avait pas été retenue après un amoncellement d'affaires liées à des accusations de dopage. Elle reste mitigée sur les Jeux : "D'un côté, c'est un événement planétaire et on peut nouer des contacts avec d'autres athlètes de toutes les disciplines, mais de l'autre, je n'ai pas toujours pu en profiter. J'ai pu quand même échanger avec des Français et des étrangers, mais je n'ai malheureusement pas souvent été dans le village olympique..." En 1996, une saison qui a décidément représenté le sommet de sa carrière, Jeannie Longo a aussi battu le record absolu de l'heure avec 48,159 kilomètres parcourus en 60 minutes, une performance qui tient toujours. Des challenges toujours en lien étroit avec son mari Patrice Ciprelli, qui l'a sans cesse accompagné (pour le meilleur et pour le pire).

La Haut-Savoyarde s'est aussi signalée sur piste, et pas qu'un peu, terminant sixième de la poursuite olympique à Barcelone en 1992 après avoir été championne du monde en 1986, 1988 et 1989 (année du doublé avec la course aux points). Elle a également été championne de France de VTT en 1994. Bien plus près de nous, en 2015, Jeannie Longo a fait partie des rescapés de l'émission Dropped et son tragique accident d'hélicoptère, fatal notamment à Florence Arthaud, Camille Muffat et Alexis Vastine. "J'aurais pu être parmi les victimes, mais bon, c'est la vie. Ce n'est pas du fatalisme. Je ne me suis jamais dit que j'avais eu de la chance. A la limite, il aurait mieux fallu que je remplace une jeune parce que Camille Muffat avait 25 ans, c'est triste." Jeannie Longo, elle, demeure presque immortelle.

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