Portrait : Lleyton Hewitt, un combattant clivant et précoce

Portrait : Lleyton Hewitt, un combattant clivant et précoce©Media365

Paul Rouget, Media365 : publié le vendredi 15 octobre 2021 à 15h51

Plus jeune numéro un mondial de l'histoire, Lleyton Hewitt, qui a pris sa retraite en 2016, a longtemps été détesté, même en Australie, avant de retourner l'opinion publique.



Il l'a bien mérité. Le 24 février 2021, soit le jour de son 40e anniversaire, Lleyton Hewitt a été intronisé au Hall of Fame, le panthéon du tennis mondial, après une carrière qui s'est étirée sur 18 années et l'a vu remporter deux titres du Grand Chelem, l'US Open en 2001 puis Wimbledon l'année suivante, et occuper pendant 80 semaines le trône de numéro un mondial, du 19 novembre 2001 au 27 avril 2003, puis du 12 mai 2003 au 15 juin de la même année. L'Australien détient toujours deux records de précocité. Il reste le plus jeune joueur de l'histoire à avoir atteint la place de numéro un mondial (20 ans et 9 mois) ainsi qu'à avoir terminé l'année à cette même position (20 ans et 10 mois, toujours en 2001).

Avant de prendre sa retraite en 2016, à l'issue d'une défaite en trois sets contre David Ferrer au deuxième tour de l'Open d'Australie (6-2, 6-4, 6-4), il avait évoqué son parcours et aussi son image de combattant, lui qui a parfois dépassé les limites sur les courts. "Tout le monde a sa propre personnalité et je crois que je suis quelqu'un de très compétitif, confiait-il à CNN. J'aurais essayé de tirer le meilleur de moi-même quelle que soit la voie choisie. Je me suis donné à 100% à l'entraînement et en match, et c'est vraiment quelque chose que j'ai apporté à mon tennis. Dès que je suis arrivé, je n'ai jamais caché mes sentiments, mais je croyais aussi beaucoup en moi, et je pense que c'est l'une des raisons qui font que j'ai pu réussir à un très jeune âge. Je pense que j'étais à ma place, et j'ai pu rivaliser avec les meilleurs gars."

Fils d'un joueur de football australien et d'une joueuse de netball, Hewitt a grandi dans un environnement très sportif et n'a effectivement pas attendu longtemps avant de se mettre en valeur. A l'Open d'Australie 1997, il n'a pas encore 16 ans quand il parvient à devenir le plus jeune qualifié de l'histoire du tournoi. L'année suivante, alors âgé de 16 ans, il remporte son tout premier titre sur le circuit ATP, en s'imposant à Adelaïde face à son compatriote Jason Stoltenberg (3-6, 6-3, 7-6), après avoir écarté au passage Andre Agassi. En 1999, il participe à la victoire de son pays face aux Bleus en finale de la Coupe Davis (3-2), même s'il perd ses deux simples, contre Cédric Pioline (7-6, 7-6, 7-5) puis Sébastien Grosjean (6-4, 6-3), un dernier match sans enjeu car le sacre australien était déjà acquis. Il remportera de nouveau ce trophée cher à son cœur en 2003 face à l'Espagne, avec un rôle beaucoup plus important et une victoire d'entrée en cinq sets face à Juan Carlos Ferrero (3-6, 6-3, 3-6, 7-6, 6-2).

Pas à l'abri des polémiques

Entretemps, il était passé dans une autre dimension. Après avoir atteint le dernier carré de l'US Open en 2000, s'inclinant contre Pete Sampras, il prend sa revanche face à l'Américain un an plus tard à New York. Il écarte successivement Andy Roddick et Yevgeny Kafelnikov avant de remporter son tout premier titre du Grand Chelem contre Sampras (7-6, 6-1, 6-1), un an après son premier sacre en double, déjà à New York. En 2002, il rajoutera un deuxième - et dernier - Majeur à son palmarès, en s'imposant facilement en finale de Wimbledon contre David Nalbandian (6-1, 6-3, 6-2). En fin d'année, il s'assied au sommet du tennis mondial en remportant le premier de ses deux Masters, grâce à un succès contre Grosjean en finale (6-3, 6-3, 6-4).

Il parviendra à disputer deux nouvelles finales en Grand Chelem, à l'US Open en 2004 puis chez lui, à l'Open d'Australie en 2005. A New York, il sera victime de la montée en puissance d'un certain Roger Federer (6-0, 7-6, 6-0), alors qu'il s'inclinera à Melbourne contre Marat Safin quelques mois plus tard (1-6, 6-3, 6-4, 6-4). Et jusqu'à la fin de sa carrière, après deux demi-finales en 2005 (Wimbledon et US Open), il n'arrivera plus jamais à dépasser les quarts de finale en Majeur, lui qui aura aussi remporté deux Masters Series, l'ancêtre du Masters 1000, à Indian Wells.


Outre ses célèbres « Come on ! », pour s'encourager mais aussi agacer ses adversaires, il laissera l'image d'un joueur extrêmement combatif, parfois trop, qui aura plusieurs fois fait polémique. Comme en 2001, quand il avait été accusé de racisme pour avoir estimé que le juge de ligne l'avait sanctionné parce qu'il était noir comme son adversaire (James Blake), et ce après avoir qualifié à Roland-Garros un arbitre d'"handicapé". Il avait ensuite présenté ses excuses. S'il a longtemps été détesté, même chez lui, son image a fini par s'adoucir avec le temps. A tel point qu'il est aujourd'hui très apprécié, surtout en Australie. Et il n'a jamais vraiment quitté le monde du tennis, poursuivant ensuite sa carrière en double, tout en étant capitaine de l'équipe australienne de Coupe Davis depuis 2016. "Rusty" a bien changé...

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