Portrait : Djokovic, la quête ultime

Portrait : Djokovic, la quête ultime©Media365
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Thomas Siniecki, Media365 : publié le vendredi 03 septembre 2021 à 13h46

Novak Djokovic, immense favori de l'US Open, peut inscrire le dimanche 12 septembre comme la date peut-être la plus importante du tennis : s'il gagne dans un peu plus d'une semaine, il réussira le Grand Chelem en même temps qu'un record historique.



Plus que jamais à la poursuite de la légende, cette obsession qu'il a fait sienne depuis des années, Novak Djokovic n'a jamais été aussi proche d'être le seul recordman de titres du Grand Chelem. Une histoire dont la genèse remonte dès les années 1990 en Serbie, près du restaurant familial de Kopaonik. Des terrains de tennis se construisent en face, puis le futur "Djoker", repéré par Jelena Gencic (qui avait déjà déniché Monica Seles ou Goran Ivanisevic), s'exile en Allemagne à l'âge de douze ans pour rejoindre l'académie de Nikola Pilic. Professionnel à seize ans, Novak Djokovic se révèle à Roland-Garros en 2006 : il se hisse jusqu'en quarts de finale et tombe face à un certain Rafael Nadal, qui n'imagine pas encore que son cadet d'un an deviendra plus tard l'un de ses pires cauchemars.

Encore invaincu sur terre, l'Espagnol gagne en deux sets (6-4, 6-4), le Serbe abandonnant à cause de douleurs au dos. Rapide analyse du Majorquin, encore affublé de sa longue crinière : "Il est jeune, il peut s'améliorer. Il a un jeu très agressif. Il sert bien et il a un très bon coup droit." Quinze ans plus tard, aucun doute : "Rafa" a vu juste. En 2007, Novak Djokovic atteint sa première finale en tournoi du Grand Chelem, battu en trois sets accrochés par Roger Federer à l'US Open (7-6, 7-6, 6-4). Là encore, ça donne le ton... Le Serbe gagne aussi deux Masters 1000, à Miami et Toronto, et conclut l'année en position de n°3 mondial. Dès la reprise de la saison 2008, à Melbourne, il démarre une énième dynastie victorieuse, cette fois face à Jo-Wilfried Tsonga. Et en tournois du Grand Chelem, surtout.

Nadal : "Probablement impossible à répéter"

Pour ce qui reste la dernière finale d'un joueur français à ce niveau suprême, le Manceau - alors âgé de 22 ans, contre 20 ans seulement pour "Djoko" - prend le premier set mais perd les trois suivants (4-6, 6-4, 6-3, 7-6), devant celui qui avait sorti Roger Federer avec autorité en demies (7-5, 6-3, 7-6). Il empoche en fin d'année le premier de ses cinq Masters, avant son carré magique de 2012 à 2015. En 2009, il s'impose à Bercy et atteint quatre autres finales en Masters 1000 (Miami, Monte-Carlo, Rome, Cincinnati). A nouveau présent en finale de l'US Open en 2010, vaincu par Rafael Nadal (6-4, 5-7, 6-4, 6-2), il bascule alors dans cette saison 2011 qui le fait basculer dans une autre dimension : celle créant une sorte d'égal de ses deux illustres camarades suisse et espagnol, un des plus grands joueurs de tous les temps.

N°1 mondial au mois de juillet, après sa victoire en Australie et sa défaite en demi-finales de Roland-Garros face à Roger Federer, il enchaîne avec Wimbledon et un autre succès monumental à l'US Open devant Rafael Nadal, au terme de quatre sets restés dans les annales (6-2, 6-4, 6-7, 6-1). Peut-être pas autant, toutefois, que sa demie contre Roger Federer, remportée après avoir concédé les deux premières manches (6-7, 4-6, 6-3, 6-2, 7-5). "Ce qu'il réalise cette saison est probablement impossible à répéter", juge alors Rafael Nadal. Réponse du nouveau roi serbe : "C'est irréel, mon année incroyable continue. J'espère qu'on aura encore plein d'autres matchs aussi disputés." Qu'il ne s'inquiète pas... Novak Djokovic, à 23 ans, n'affiche alors que quatre titres du Grand Chelem.


En 2012, il enchaîne avec l'Open d'Australie puis deux finales à Roland-Garros et à l'US Open ; en 2013, c'est son troisième sacre d'affilée à Melbourne (le quatrième au total) et encore des finales, à Wimbledon et à l'US Open ; en 2014, victoire à Wimbledon, finale à Roland-Garros et le retour au sommet du classement mondial ; en 2015, il réussit une deuxième fois ce que Rafael Nadal pensait impossible, à savoir ce Petit Chelem - sans Roland-Garros, toujours propriété privée - et pas moins de six Masters 1000 au compteur (Indian Wells, Miami, Monte-Carlo, Rome, Shanghai, Paris). Novak Djokovic est intouchable. Après quatre saisons passées à marcher sur l'eau, il détient dix couronnes du Grand Chelem à 27 ans. En 2016, la décompression intervient après l'objectif qui lui manquait : gagner Roland-Garros, enfin.

A l'image de Roger Federer en 2009, il profite de l'absence si rare de Rafael Nadal en finale pour saisir l'occasion. Un an après avoir battu le roc en quarts, mais échoué sur Stan Wawrinka en finale, il boucle aussi un Grand Chelem sur deux ans, dans la foulée d'un sixième titre en Australie. Au sortir d'une année blanche en 2017, il redevient n°1 en 2018, remporte une finale d'anthologie contre Roger Federer à Wimbledon en 2019 (13-12 au super tie-break du cinquième set) et continue d'accumuler les honneurs. Insubmersible, le voilà à 20 victoires en tournois du Grand Chelem, comme ses meilleurs ennemis "Rodgeur" et "Rafa". La relative déception des Jeux de Tokyo pourrait être complètement balayée dans dix jours. "Je veux évidemment gagner et marquer l'histoire, ça m'inspire. C'est puissant." A 34 ans, le gamin de Kopaonik est devenu un monument.

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