Marcel Cerdan : Idole des rings brutalement disparue

Marcel Cerdan : Idole des rings brutalement disparue©Panoramic, Media365

Emmanuel LANGELLIER : publié le vendredi 08 mai 2020 à 09h52

Parti de rien pour arriver au sommet en devenant Champion du monde aux Etats-Unis le 21 septembre 1948, Marcel Cerdan avait eu une vie courte mais riche. Disparu à 33 ans dans un crash d'avion, le boxeur, surnommé « le bombardier marocain », s'était rendu célèbre par son punch ravageur et sa liaison avec Edith Piaf.



La France a compté plusieurs Champions du monde de boxe dans son histoire. Après Georges Carpentier, Marcel Cerdan fut le deuxième. Et probablement le plus connu, de même que le plus charismatique. Cerdan, un nom entré dans la légende. Par son titre mondial évidemment, sa romance avec la célèbre Edith Piaf et son décès tragique dans un crash d'avion, le 28 octobre 1949, un peu plus d'un an seulement après son avènement planétaire. Une idole fauchée en pleine gloire à 33 ans. Un mythe éternel.

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Né le 22 juillet 1916 à Sidi Bel Abbès, en Algérie française, d'un père charcutier et d'une mère sans profession qui avait déjà eu trois garçons auparavant (puis une fille deux ans plus tard), Marcellin Cerdan, de son nom complet, en avait traversé des étapes avant de s'offrir une chance mondiale face à Tony Zale en 1948. Après une enfance passée dans les quartiers pauvres de Casablanca, le futur « bombardier marocain » se rêvait footballeur et avait même été sélectionné en équipe nationale marocaine. Retenu notamment au côté de Larbi Ben Barek, Cerdan avait affronté la France pendant la Seconde Guerre Mondiale. Mais les poings avaient pris le dessus.

Cerdan refusait de faire le salut nazi et de se rendre à une soirée organisée par l'occupant allemand

« Son père lui a imposé la boxe, avait raconté Marcel Cerdan Junior, son fils aîné. Mon père, lui, se rêvait footballeur. Il a enfilé les gants pour ne pas se ramasser des roustes ! » Il s'était alors mué en prince des rings nord-africains, suivant les traces de ses trois frères aînés, Vincent et Antoine, champions d'Afrique du Nord des poids plumes, et Armand, champion du Maroc poids coqs. Sommé de gagner au nom du père, Marcel Cerdan, vainqueur de son premier combat professionnel à l'âge de 16 ans le 4 juin 1933, enfilait les victoires comme les perles et gravissait les échelons un à un avec une facilité désarmante.

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Il débarquait à Paris, devenait Champion de France puis d'Europe le 3 juin 1939 à Milan, en terre fasciste, et se dirigeait logiquement tout droit vers un Championnat du monde quand la Guerre éclatait. Il était stoppé en pleine ascension. Cerdan, réquisitionné par le régime de Vichy afin de servir la propagande pétainiste, affrontait les fleurons de Mussolini et Franco. A coups de crochets plus puissants les uns que les autres, le « petit » boxeur de 1,69 m les détruisait à tour de rôle. Semant la terreur sur les rings, le redoutable puncheur martyrisait par exemple l'Espagnol José Ferrer, Champion d'Europe des poids mi-moyens, en 83 secondes le 30 septembre 1942 au Vel' d'Hiv, où quelques semaines plus tôt 8160 Juifs avaient été tristement parqués. Après avoir refusé de faire le salut nazi, Cerdan avait également décliné la soirée d'après-combat organisée par l'occupant allemand. Sentant la menace, le boxeur quittait Paris pour le Maroc. Il ne revenait en métropole qu'à la Libération.

Le « bombardier marocain » combattait devant un Franck Sinatra fasciné et séduisait Edith Piaf

Individu à la voix fluette mais boxeur à la frappe très lourde, Cerdan gagnait le surnom du « bombardier marocain » décerné par les Américains chez qui il décrochait enfin un premier contrat fin 1946 après dix ans d'effort et des combats remportés devant les stars de l'époque au Parc des Princes ou à Roland-Garros. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le royaume de la boxe s'ouvrait à lui. Le petit Frenchy cartonnait à New York, combattait devant un Franck Sinatra fasciné et séduisait Edith Piaf, reine du cabaret de Versailles dans la Grosse Pomme pour qui il avait eu une révélation. D'après la chanteuse d'exception, il était un « type du peuple dont la force n'avait d'égal que la simplicité et la droiture ».

Un combat prévu à Las Vegas dès le 9 juin ?

Puis venait le fameux combat pour le titre de Champion du monde des poids moyens, une des catégories reines de la boxe. Après avoir concédé son titre européen le 23 mai face au Belge Cyrille Delannoit, Marcel Cerdan défiait Tony Zale, le 21 septembre 1948 sur le ring du Roosevelt Stadium de Jersey City, dans la banlieue de New York. Face au « roi du KO », maître de la catégorie depuis six ans et vainqueur d'une trilogie mythique contre Rocky Graziano, le Français n'était pas favori mais avait impressionné lors des dernières séances d'entraînement. Fernandel avait pris place au bord du ring, Jean Marais, Jean Cocteau, Marcel Thil et Mistinguett dînaient au Lido sur les Champs-Elysées en écoutant le commentaire du match en direct. A 4 heures du matin, heure locale, les personnalités prêtaient une oreille très attentive aux dires enflammés du journaliste Pierre Crénesse, comme de nombreux Français à travers l'Hexagone où les ventes de postes TSF avaient explosé.

Cerdan mettait Zale KO sur un crochet dévastateur du gauche

Cerdan imprimait un rythme soutenu dès l'entame du combat. Mais Zale maîtrisait jusqu'à la quatrième reprise. Le boxeur tricolore faisait ensuite parler ses crochets et la vigueur de ses terribles enchaînements pour repousser et épuiser l'Américain. Gauche-droite, gauche-droite, droite-gauche... Après dix reprises particulièrement violentes, Cerdan mettait KO son rival à la dernière seconde du onzième round en lui assénant un crochet dévastateur du gauche à la mâchoire. Sauvé par le gong après être tombé à genoux, le boxeur US était ramené dans son coin par son clan mais il ne pouvait revenir pour la douzième reprise devant les 19 272 spectateurs de l'arène américaine. Cerdan triomphait et était embrassé par Fernandel. Pour la première fois depuis la fin du XIXe siècle et Bobby Fitzsimmons, le Champion du monde unifié des moyens n'était pas américain. Un événement considérable.

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« L'homme aux mains d'argile », son autre surnom, était accueilli en héros et porté en triomphe à son retour au pays à l'aéroport d'Orly après 17 heures de vol. Le président Auriol embrassait le Champion du monde qui savourait son sacre et sa popularité à l'arrière d'une voiture décapotable, ovationné par la foule massée par dizaine de milliers sur les « Champs » et dans les rues de la Capitale. Le pays saluait un champion simple, un gosse du pavé. Cerdan redonnait alors de l'orgueil à la France d'après-guerre. Parti de rien, le « bombardier » arrivait au sommet et allait conserver son titre pendant seulement neuf mois.

119 succès, 4 défaites pour le boxeur français avant son accident d'avion où il trouva la mort

Dominé pour la première fois avant la limite, par Jake LaMotta, alias « Raging Bull », le 16 juin 1949, le petit gars de Casablanca périssait quelques mois plus tard dans la nuit du 27 au 28 octobre, à 33 ans. Son avion, qui le conduisait à New York, où « La Môme Piaf » l'attendait avec impatience, s'écrasait aux Açores. Prévue en fin d'année, la revanche avec LaMotta n'allait jamais avoir lieu. Cerdan, vainqueur cinq fois du Championnat de France et quatre fois lauréat européen, s'en allait avec un palmarès de 119 victoires dont 61 par KO, et seulement 4 défaites (dont une disqualification en 39 face à Harry Craster).

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