Mondiaux 1995 : L'envolée prodigieuse du " goéland " Jonathan Edwards

Mondiaux 1995 : L'envolée prodigieuse du " goéland " Jonathan Edwards©Panoramic, Media365

Emmanuel LANGELLIER : publié le mercredi 20 mai 2020 à 14h59

Lors des Championnats du monde d'athlétisme de Göteborg en 1995, Jonathan Edwards avait battu son record du monde du triple saut et bondi deux fois à plus de 18 mètres. Un fabuleux concours et une marque de 18,29 mètres entrés dans la légende.



Avant ce 7 août 1995, on n'avait jamais franchi la barre des 18 mètres en triple saut. Jamais. L'Américain Willie Banks détenait le record du monde depuis dix ans lorsqu'il avait atterri à 17,97 mètres, le 16 juin 1985 au cours des Championnats des Etats-Unis. Et puis, le record va tomber trois fois, dont deux dans la même journée. Aux Mondiaux 1995, Jonathan Edwards va repousser les limites jusqu'à un point sacrément haut en allant deux fois au-delà de ces fameux 18 mètres. Le Britannique établira au final un fabuleux record du monde de 18,29 mètres !

Quelques jours plus tôt, Edwards, Britannique au physique élancé et tout en légèreté, avait déjà dépassé à deux reprises la distance fatidique. A l'occasion de la Coupe d'Europe à Villeneuve d'Ascq, le triple sauteur, qui s'est destiné véritablement à l'athlétisme en 1991 après avoir échoué dès les qualifications aux Jeux Olympiques de Séoul en 1988, a signé la plus belle marque absolue. Le 25 juin 1995, il est retombé à 18,43 mètres ! Mais le vent était trop fort... Impossible donc d'homologuer son record. Sort identique plus tard pour un second saut à 18,39 mètres près de Lille.

Edwards recordman du monde en arrivant à Göteborg

En revanche, en débarquant aux Championnats du monde à Göteborg, Edwards était bien le nouveau recordman du monde. Car, entretemps, il avait amélioré la marque de Banks. D'un petit centimètre, en franchissant 17,98 mètres à Salamanque, en Espagne, le 18 juillet. Une superbe note, mais toujours pas les 18 m...

En Suède, l'athlète britannique s'avance toutefois comme le favori logique à la succession de l'Américain Mike Conley, sacré en 1993 à Stuttgart avec un saut à 17,86 m devant le Russe Leonid Voloshin (17,65 m) et... Edwards (17,44 m). En finale des Mondiaux de Göteborg, l'objectif est donc d'atteindre plus de 18 mètres en trois sauts : un à cloche pied, une foulée bondissante et un retombé les pieds joints dans le bac à sable. Ce 7 août 1995, Edwards va casser cette mythique barrière deux fois d'affilée et révolutionner la discipline.

18,16 mètres à son premier essai

« Il a donné une autre image du triple sauteur. Avant, tous étaient musculeux et utilisaient uniquement la force. Lui a ouvert des perspectives pour tous types d'athlètes, rembobine Jean-Hervé Stievenart, l'entraîneur qui a révélé le Français Teddy Tamgho, détenteur du record du monde du triple saut en salle (17,92 m le 6 mars 2011 à Paris), au haut niveau. Quand on voit son physique (1,82 m pour 73 kg) dans la rue, on ne se dit pas que cet homme possède un record du monde ! » Et pourtant...

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Premier essai d'Edwards. Dans cette finale débutée peu après 18 heures dans l'air frais de Göteborg (19 degrés), le triple sauteur s'élance et retombe à 18,16 mètres ! Il devient le premier homme à officiellement dépasser la limite des 18 mètres, ça y est ! C'est l'événement en Suède, Edwards lève les bras, brandit le poing droit et affiche un sourire rayonnant. Il a enfin réussi et son soulagement est palpable. Les supporters britanniques déploient fièrement leurs drapeaux dans les tribunes. Après la confirmation officielle de la marque, Edwards écarte les bras de joie, il se prend la tête entre les mains.

Le "Goéland" prend son élan, rebondit 3 fois et atterrit 18,29m plus loin

Puis vient le deuxième essai quelques minutes plus tard. Il est prodigieux. Tout en délié, Edwards, qui fait d'abord parler sa rapidité d'approche puis son équilibre dans l'air suédois et sa réactivité de pied au sol, semble flotter. Libéré et certain de rafler l'or, le Britannique s'envole littéralement tel un goéland, son surnom. Un nom d'oiseau qui colle si bien au Londonien. Ses trois sauts s'échappent au-delà du réel, même si sa planche n'est pas parfaite. Il réalise 18,29 mètres ! Oui, 18,29. Ahurissant. Il saisit immédiatement la portée de son exploit. Il lève à nouveau les bras, sourire serein, attend la marque officielle sous le ciel bleu, quand une clameur résonne dans l'enceinte scandinave. Edwards s'agenouille et embrasse la piste.

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Le sportif britannique a dépassé une nouvelle barrière symbolique, celle des 60 pieds. Mais, comment un tel triple bond est-il possible ? Au top, Edwards atteint une plénitude technique ainsi que physique. Tout ce qu'un athlète de haut niveau vise dans une carrière. Son cloche et son premier saut sont mesurés à 11,70 mètres. En un concours, il a amélioré le record du monde de 31 centimètres, reléguant son dauphin, le Bermudéen Brian Wellman, à... 67 cm.

Un record du monde de triple saut qui tient depuis près de 25 ans

Et dire que ce matin-là, l'athlète de sa Majesté s'était réveillé en totale panique. « J'étais même pétrifié. J'ai appelé ma femme Alison, elle était nerveuse et inquiète pour moi, de me sentir comme ça, confiera Edwards plus tard. Je pensais tout le temps à Brian et Yoelvis (Wellman et Quesada). J'avais peur qu'ils sortent un saut énorme, qu'ils me battent. J'étais comme dans une forme d'agonie. » Et il avait fallu une partie d'échecs avec son compatriote Curtis Robb, spécialiste du 800 mètres, pour l'apaiser. « Une fois au stade, je me suis senti bien ».

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Jonathan Edwards retenait le caractère invraisemblable de sa performance, semblant ne pas y croire. « Mes sauts à Göteborg étaient moins bons qu'à Lille. Là, j'avais vraiment réussi le saut parfait. Sincèrement, j'ai été surpris de voir 18,29 m s'afficher, a-t-il dit. Quand on y pense, c'est invraisemblable. J'ai battu deux fois mon propre record du monde en quelques minutes alors que celui de Willie Banks avait tenu bon pendant dix ans. Ça n'a pas de sens. » Sa stupéfiante marque tient maintenant depuis près de 25 ans.

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