Ligue des Champions 1994 : L'inattendue démonstration du Milan face au FC Barcelone

Ligue des Champions 1994 : L'inattendue démonstration du Milan face au FC Barcelone©Panoramic, Media365

Emmanuel LANGELLIER : publié le lundi 27 avril 2020 à 15h29

Annoncé comme l'archi favori de la finale de la Ligue des Champions 1994, le FC Barcelone de Johan Cruyff, Romario, Stoichkov et Guardiola tombait à la surprise générale sur un score très lourd (4-0) devant l'AC Milan de Fabio Capello, Massaro, Savicevic et Desailly. Un exploit entré dans la légende du sport mondial.



Avant de galérer comme ces dernières années, l'AC Milan a connu de sacrées belles heures de gloire. Pendant de nombreuses années, même. Si le Milan, comme on le nomme en Italie (on dit aussi directement l'Inter pour l'Inter Milan), désespère ses fans et court après le titre en Serie A depuis 2011, il y a eu une période faste dans les années 1990. Le grand Milan remportait alors tout ce qu'il passait sous ses crampons et régnait sur l'Europe.

La Ligue des Champions ? Le club milanais y figurait quasiment chaque année en finale. Avant de connaître des années de vaches maigres menant aux finales de 2005 et 2007 contre Liverpool (célèbre défaite puis victoire revancharde), les Rouge et Noir ont disputé le titre suprême européen en 1989, 1990, 1993, 1994 et 1995. Cinq finales pour trois titres, dont l'un des plus fameux face au FC Barcelone.

Johan Cruyff pose avec la coupe quelques jours avant la finale

Le 18 mai 1994 reste dans toutes les mémoires des supporters rossoneri. Le Barça de Johan Cruyff était de l'avis de tous les observateurs avertis le vainqueur déjà désigné de la C1. L'équipe catalane, surnommée la « Dream Team », à l'instar des Etats-Unis version basket des JO 1992, régalait cette saison à chaque sortie et le titre devait lui revenir, c'était certain. Cela ne faisait aucun doute, armée de son redoutable duo offensif Romario-Stoichkov, la formation catalane allait soulever la coupe.

D'ailleurs, Cruyff pavoise déjà plusieurs jours avant avec le trophée en mains. L'ancien grand attaquant, triple Ballon d'Or France Football, confie alors, sûr de lui, que l'AC Milan incarne le football du passé, son Barça celui de l'avenir. « Nous avons dépensé autant pour acheter Romario que le Milan pour Marcel Desailly, ce qui montre l'écart de philosophie entre les deux clubs. Milan joue la défense, nous l'attaque », ajoute le maître néerlandais qui va cruellement déchanter.

Baresi et Costacurta sont suspendus...

On rapporte en outre à Fabio Capello, l'entraîneur lombard, que les Blaugrana sont extrêmement détendus avant la finale. Ils plaisantent, se prélassent sur l'herbe en se servant des ballons comme appui-têtes. Remontée par ces propos et ces comportements, l'institution milanaise veut également effacer l'échec de l'année précédente quand elle avait raté la dernière marche devant l'Olympique de Marseille, premier lauréat français, et toujours le seul à ce jour, de la Coupe aux grandes oreilles grâce à un coup de tête victorieux de Basile Boli (1-0).

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La prestation des Rossoneri, qui évoluent en blanc ce mercredi 18 mai 94, va être terrible sur la pelouse du stade olympique d'Athènes. Tombeur de Monaco (3-0) en demi-finales après avoir devancé Porto, le Werder Brême et Anderlecht en phase de groupes équivalente aux quarts, le Milan doit pourtant préparer sa finale avec un gros coup dur. Deux même, puisque son axe central défensif type est absent. Franco Baresi et Alessandro Costacurta sont suspendus. Capello, maître tacticien qui vient de conduire les Transalpins à un troisième titre national d'affilée (il y en aura un quatrième en 95-96 plus une autre finale de Ligue des Champions, perdue contre l'Ajax Amsterdam, 0-1), concocte une charnière avec Filippo Galli, habituel remplaçant, et Paolo Maldini, latéral gauche titulaire. Un drôle d'axe pour une finale... Mais les attaquants barcelonais ne vont pas exister.

Les artistes catalans s'empêtrent dans la toile d'araignée milanaise

Plus frais physiquement que les Barcelonais dont les festivités pour le titre en Liga ont quelque peu pompé de l'énergie, les Milanais s'alignent dans un système robuste en 4-4-2 qui va piéger la mécanique si raffinée de Cruyff. Mauro Tassotti et Christian Panucci débutent comme latéraux, Zvonimir Boban, Demetrio Albertini, Marcel Desailly et Roberto Donadoni composent le milieu, Daniele Massaro et Dejan Savicevic emmènent l'attaque. Ces deux derniers (Jean-Pierre Papin ne figure pas sur la feuille de match comme Brian Laudrup et Florin Raducioiu, trois joueurs étrangers maximum pouvant être à l'époque utilisés) font basculer la rencontre.

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Milan étouffe rapidement le Barça où l'on trouve le maestro Pep Guardiola devant la défense, au côté du duo Guillermo Amor-José Mari Bakero, et Txiki Begiristain sur le front offensif avec Romario et Hristo Stoichkov, les terreurs de la Liga (30 buts pour le Brésilien, 16 pour le Bulgare). Le bloc mis en place par Capello fait merveille, le pressing est imposant, les Rouge et Noir maitrisent. Les artistes catalans s'empêtrent dans la toile d'araignée rossonera. Servi par Savicevic, Massaro, démarqué au deuxième poteau, ouvre le score dès la 22eme minute du pied gauche. Avant la pause, l'attaquant italien signe superbement le doublé et écoeure les Catalans d'une reprise croisée gagnante sur un déboulé de Donadoni (45eme, 2-0). Barcelone est sonné, Cruyff fait la moue. Le challenger domine nettement le grand favori.

Le lob génial de Savicevic, l'enroulé de Desailly, 4 à 0 score final

La démonstration se poursuit en seconde période. Réputé défensif et sans imagination (seulement 36 buts en 34 matchs en Serie A cette saison-là), le Milan donne la leçon au créatif Barça (91 pions en Liga !), fébrile en défense, qu'il foudroie dès le retour des vestiaires. A la 47eme minute, sur le côté droit, Savicevic subtilise le ballon à Miguel Angel Nadal, l'oncle du futur tennisman prodige Rafael, et réussit un lob fabuleux du gauche dans un angle fermé depuis l'angle de la surface de réparation barcelonaise. Le ballon atterrit dans la lucarne d'Andoni Zubizarreta, totalement impuissant (3-0). Un but légendaire.

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Le portier catalan va s'incliner une quatrième fois devant un Milan euphorique sur un tir parfaitement enroulé par « Marcello » Desailly, la pieuvre de l'entrejeu milanais, défenseur central de formation mais aligné au milieu par Maître Capello. Le Milan éteint définitivement le FC Barcelone de Ronald Koeman, buteur libérateur en finale deux ans auparavant (1-0 contre la Sampdoria Gênes après prolongation). Romario, dont le papa est décédé quelques jours avant le match, n'est jamais entré dans le match comme son compère Hristo Stoichkov, futur Ballon d'Or en fin d'année. L'AC Milan du président Silvio Berlusconi accroche une cinquième C1 et prouve avec brio qu'un match n'est jamais gagné d'avance. Barcelone attendra douze ans pour rejouer une finale (2-1 contre Arsenal en 2006).

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