1988 : La symphonie majeure de Steffi Graf

1988 : La symphonie majeure de Steffi Graf©Panoramic, Media365

Emmanuel LANGELLIER : publié le jeudi 04 juin 2020 à 13h11

Le Grand Chelem en tennis, vous l'avez rêvé ? Steffi Graf l'avait fait en 1988. Remporter les quatre tournois majeurs du tennis la même année, un exploit gigantesque qui demeure inédit depuis la prouesse de l'Allemande, alors âgée de 19 ans.



32 ans. Cela fait maintenant 32 ans que pareil exploit n'a plus été reproduit. Il y a pourtant eu une sacrée flopée de grands champions depuis, mais ni Serena Williams ni Maria Sharapova, Justine Henin ou autre Kim Clijsters n'y sont parvenues. Pas plus que les stratosphériques Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic chez les hommes. Cela situe la dimension de la prouesse réalisée par Steffi Graf en 1988 : le Grand Chelem.

Remporter les quatre tournois majeurs la même année, voilà ce que la joueuse allemande avait accompli au terme d'une saison tennistique quasiment parfaite. Aligner les victoires à l'Open d'Australie, Roland-Garros, Wimbledon et l'US Open, une performance rare que seules deux femmes avaient réussie auparavant : Margaret Court en 1970 et Maureen Connely en 1953, avant l'ère Open. Chez les hommes ? Rod Laver avait remporté les quatre levées majeures deux fois, la première en 1962 et la deuxième après l'ère Open en 1969. Quant à Donald Budge, il avait empilé les quatre plus grandes épreuves du tennis en 1938, à une autre époque.

Grand Chelem à 19 ans pour Graf, future épouse d'Andre Agassi

Le 10 septembre 1988, Steffi Graf faisait main basse sur le fameux Grand Chelem en s'adjugeant l'US Open, quatrième et ultime levée suprême de l'année. Être régulière tout au long de la saison, dominer une à une toutes ses rivales sur des surfaces différentes (terre battue, gazon et deux sortes de dur), dans des atmosphères diverses, la future épouse d'Andre Agassi, incapable lui aussi de lever les quatre plus beaux trophées de la petite balle jaune, comme d'ailleurs son compatriote américain Pete Sampras, y parvenait à seulement 19 ans.

En dépit d'une grosse tension nerveuse, Stefanie Maria Graf, dite Steffi, achevait sa symphonie parfaite à New York. Si supérieure à ses adversaires depuis le coup d'envoi de cette saison 1988 à Melbourne, la jeune joueuse aux jambes de rêve avait pourtant le bras tremblant au moment de conclure sa finale. Il faut dire que sa challengeure était massivement encouragée par un public largement composé de spectateurs Latino-Américains.

Suspense contre Sabatini à l'US Open pour espérer succéder à Margaret Smith Court 

Après avoir concédé la première manche sur le ciment américain, Gabriela Sabatini, réputée pour son revers mais aussi son joli minois, avait ramené l'espérance et le suspense dans un match joué sur le central de Flushing Meadows. Face à la blonde Steffi Graf, victorieuse du set inaugural (6-3), la brune joueuse argentine avait répliqué (6-3). Graf, qui avait piaffé d'impatience durant vingt-quatre heures et l'abandon de Chris Evert, allait-elle accéder au graal ultime du tennis ? Allait-elle devenir la troisième joueuse à aligner toutes les planètes ?

Absente en début de rencontre puis revenue dans le coup à l'occasion de sa première finale d'envergure, Sabatini flanchait finalement physiquement. Graf affichait sa supériorité et s'attribuait cette finale particulièrement décousue devant une opposante fatiguée. Numéro 1 mondiale depuis août 1987, la native de Mannheim infligeait une correction à l'Argentine (6-1). Battue en deux manches l'année précédente en finale par Martina Navratilova, Graf gagnait-là son premier US Open mais, surtout, signait LE Grand Chelem !

Graf, un gros coup droit et un jeu de jambes extraordinaire pour son sport

Graf s'était montrée irrésistible tout au long de l'année. Sa panoplie avait triomphé sur tous les courts : un coup droit tonitruant, un revers à la palette d'effets divers, un service redoutablement puissant et un jeu de jambes extraordinaire. « Je ne regarde jamais en arrière, je vais toujours de l'avant », disait-elle toujours. Sans être une pro de la volée, l'Allemande s'était imposée à Wimbledon en prenant sa revanche sur Navratilova.

Vaincue par l'Américaine en deux sets (7-5, 6-3) sur le central court en 1987, Graf avait cette fois triomphé après avoir renversé le cours de la finale (5-7, 6-2, 6-1). Elle avait ainsi dompté l'ancienne Tchèque dans son jardin de Londres où elle demeurait sur six sacres consécutifs et huit couronnements en dix ans. Cerise sur le gâteau : Graf avait également remporté tous ses matchs de double dames avec Sabatini, son unique Grand Chelem dans la spécialité.

Zvereva atomisée en 34 minutes en finale de Roland-Garros

Son année majestueuse s'était élancée en Australie, terre du deuxième tournoi majeur de sa carrière après Roland-Garros 1987. Vainqueure successive d'Amy Jonsson-Raaholt (6-3, 6-1), Janine Thompson (6-0, 6-1), Cammy MacGregor (6-1, 6-2), Catarina Lindqvist (6-0, 7-5), Hana Mandlikova (6-2, 6-2) et Claudia Kohde-Kilsch (6-2, 6-3) sur le rebound ace de Melbourne, Graf avait achevé son tournoi parfait sans concéder le moindre set devant Chris Evert (6-1, 7-6), le 24 janvier.

Efficace partout, Steffi Graf avait ensuite frappé les esprits à Roland-Garros, un tournoi parisien qu'elle avait conclu en quatrième vitesse le 5 juin. Pressée sur la terre battue de la Porte d'Auteuil, elle avait atomisé Natasha Zvereva, qui n'avait marqué que 13 minuscules points. Tombeuse de Navratilova en huitièmes de finale, la pauvre Russe avait été liquidée en 34 petites minutes ! Le score : 6-0, 6-0. Deux roues de bicyclette pour la finale la plus expéditive de l'histoire de l'ère Open. Là encore, Graf avait tout gagné en deux sets. En état de grâce, elle n'avait concédé que 20 jeux sur l'ensemble de la quinzaine, dont 9 face à Sabatini, qui venait pourtant de la battre deux fois d'affilée au cours des semaines précédentes, en demi-finales.

JO et « Golden Slam » pour la légende du tennis

Monstre de précocité (elle avait débuté sa carrière professionnelle à l'âge de 13 ans), Graf avait décidément une dent contre la joueuse argentine cette année-là puisqu'elle la châtiait encore dans un événement majeur : la finale des Jeux Olympiques. Trois semaines après son sacre à l'US Open, elle raflait la médaille d'or à Séoul, un match gagné 6-3, 6-3 contre Sabatini (après avoir torpillé l'Américaine Zina Garrison 6-2, 6-0 en demies). Elle parachevait alors son année en signant le « Grand Chelem doré ». Ce que personne n'avait jamais fait. Du haut niveau. Un exploit inédit et inégalé. Graf 1988, quel tube !

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