Wimbledon 2006 : le Graal d'Amélie Mauresmo

Wimbledon 2006 : le Graal d'Amélie Mauresmo©Panoramic, Media365

Emmanuel LANGELLIER : publié le mercredi 08 avril 2020 à 11h44

En 2006, Amélie Mauresmo remportait le tournoi de Wimbledon. Un sacre à la saveur très particulière contre Justine Henin.



Entrée dans l'histoire du sport français, Amélie Mauresmo est créditée de plusieurs faits d'armes. Celle qui a pris sa retraite en 2009 a atteint la première place mondiale du classement WTA en 2004, remporté la Fed Cup en 2003, été vice-championne olympique à Athènes en 2004 et glané 25 titres en individuel. Deux de plus que Yannick Noah, l'élément le plus décoré du tennis français qui lui a donné envie de taper dans la petite balle jaune lors de son sacre à Roland-Garros en 1983. Parmi ces tournois, Mauresmo a accroché le Masters en 2005 mais surtout deux tournois du Grand Chelem : l'Open d'Australie et Wimbledon, tous deux en 2006, rien que ça.

Eh oui, quel grand cru pour « Amé » que cette année 2006 ! Deux Majeurs au goût très spécial. Auparavant, elle avait atteint une finale de Grand Chelem en 1999 à Melbourne. Une saison également spéciale pour la Française qui venait de révéler son homosexualité en Australie, avait sorti la numéro 1 mondiale Lindsay Davenport en demi-finales avant d'être vaincue par Martina Hingis le dernier samedi de l'épreuve. Devenue complète, elle atteignait ensuite le dernier carré à Wimbledon et l'US Open en 2002 puis deux autres demies sur l'herbe londonienne venaient garnir son tableau de chasse en 2004 et 2005.

Un goût d'inachevé à l'Open d'Australie après l'abandon de Justine Henin

En juillet 2006, tandis que la France vibrait pour son équipe de football, future finaliste de la Coupe du Monde, sa quatrième accession dans le Top 4 de Wimbledon, et donc la troisième consécutive, était la bonne. Numéro 1 mondiale, Mauresmo dominait la Russe Maria Sharapova, tête de série numéro 4, en trois manches (6-3, 3-6, 6-2). La native de Saint-Germain-en-Laye, qui avait débuté fort dans le tournoi (6-0, 6-0 contre Ivana Abramovic) avant d'écarter successivement Samantha Stosur (6-4, 6-2), Nicole Pratt (6-1, 6-2), Ana Ivanovic (6-3, 6-4) et Anastasia Myskina (6-1, 3-6, 6-3), allait enfin pouvoir prétendre au sacre final dans son tournoi préféré.

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Une finale abordée avec un sentiment très particulier. Son adversaire était en effet la même que celle qui lui avait laissé un goût d'inachevé quelques mois plus tôt : Justine Henin. Lors de la finale à Melbourne, Mauresmo avait levé son premier trophée suprême sans avoir pu vaincre véritablement. Il avait manqué l'explosion de joie rêvée sur une vraie balle de match face à son amie d'alors. Menée 6-1, 2-0, la Belge avait préféré abandonner, victime de maux d'estomac. Auteure d'un tournoi brillant, et déjà victorieuse de Kim Clijsters sur abandon en demi-finales, la Française inscrivait son nom dans l'histoire des Grands Chelems à l'âge de 26 ans dans une ambiance très spéciale. La joie était contenue. « C'est sûr, c'est un peu frustrant de terminer comme cela, confiait-elle. Ma joie est quand même là, car aujourd'hui, j'avais l'impression d'être au-dessus. »

Un abandon qui dégrade la relation avec Henin

L'incident dégradera pourtant leur relation comme le racontera plus tard Henin dans le JDD : « C'est dommage parce qu'avant, on allait de temps en temps dîner ensemble. Depuis cette finale, il y a eu une incompréhension qu'on n'a jamais réussi à régler. A l'évidence, elle a eu du mal à digérer. Moi aussi j'ai eu du mal. Cet Open d'Australie, je ne le voulais pas moins qu'elle. J'avais mis ma santé en péril ce jour-là. Cela dit, je comprends sa réaction, elle n'a pas eu le plaisir de la balle de match. Nous en étions arrivées à ne plus nous dire bonjour pour des futilités. »

A l'entrée de Mauresmo et Henin, un sentiment de revanche plane donc ce 8 juillet 2006 sur le court central du All England Club. L'abandon polémique de la joueuse belge est encore dans les mémoires, même si la représentante tricolore affirme avoir tourné la page. L'entame de finale est nettement en faveur de la Wallonne. La numéro 3 du classement WTA fait d'entrée le break, empile les coups gagnants (11), se montre précise (seulement 4 fautes directes), martyrise Mauresmo en passings et en retours. La Française ne transforme que 3 de ses 12 montées au filet. 6-2 pour Henin sur un ace.

Une joie cette fois absolue à Wimbledon

Devenue numéro 1 pour la deuxième fois de sa carrière en mars précédent (elle le sera au total durant 39 semaines dans sa carrière), Mauresmo hausse son niveau et équilibre le jeu dans la deuxième manche face à la Belge qui baisse de régime. Elle fait la différence et recolle (6-3). Souvent pointée du doigt pour sa fragilité mentale dans les grands rendez-vous (elle ne dépassera jamais les quarts à Roland-Garros par exemple), la Française la plus titrée depuis le début de l'ère Open en 1968 va mettre tout le monde d'accord dans le troisième et dernier set.

Après Marie Pierce, elle efface Suzanne Lenglen

Mauresmo réalise rapidement le break et remporte tous ses jeux de service sans concéder la moindre balle de break. A 5-4 en sa faveur, elle sert pour le gain de Wimbledon. A 30A, elle suit sa première balle au filet et claque une volée de revers décroisée gagnante. Sur la balle de match, Henin attaque la deuxième balle adverse et place deux coups droits décroisés avant de propulser le troisième directement dans le filet. Au terme d'une superbe finale entre deux joueuses qui jouent vers l'avant, Mauresmo lève les bras au ciel et s'agenouille la tête entre les mains. Sa joie est cette fois absolue. Son succès ne souffre d'aucune contestation. L'émotion est très forte avec une poignée de main très fraîche au filet entre les deux rivales. Elle avait déjà succédé à Marie Pierce, 11 ans après la victoire de cette dernière à l'Open d'Australie. A Wimbledon, elle remet ça. 81 ans après Suzanne Lenglen, une Française y triomphe enfin.

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