Tour de France 1984 : Laurent Fignon double la mise

Tour de France 1984 : Laurent Fignon double la mise©PANORAMIC, Media365
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Emmanuel LANGELLIER : publié le lundi 30 mars 2020 à 14h03

En 1984, Laurent Fignon remportait son deuxième Tour de France consécutif. Devançant Bernard Hinault, le jeune Français confirmait alors brillamment sa victoire de l'année précédente.



En 1983, Laurent Fignon avait fait fort. A l'occasion de sa première participation, il remportait le Tour de France, ouvert cette année-là aux amateurs colombiens. Jeune coureur de 23 ans, il l'emportait avec plus de quatre minutes d'avance devant l'Espagnol Angel Arroyo et le Néerlandais Peter Winnen avec une seule victoire d'étape, le dernier contre-la-montre. L'année suivante, il allait confirmer de façon éclatante.

Laurent Fignon, le parfait gentleman

Cette année 1984, Fignon affiche de nets progrès. Il glane cinq étapes individuelles et une par équipe pour s'affirmer comme le meilleur coureur par étapes de la planète. Le patron du vélo, c'est lui. Ses améliorations notables, le Français les affiche particulièrement sur trois contre-la-montre et deux étapes de montagne avec arrivées au sommet qu'il s'adjuge. Plus régulier sur les tous les terrains, Fignon remporte alors une deuxième Grande boucle en deux participations ! Absent l'année précédente, Hinault termine deuxième à plus de dix minutes...

Une équipe Renault-Elf redoutable, que des génies du vélo

Après le départ de Hinault chez La vie claire, la formation Renault règne sur le Tour. Fignon a préparé son sacre en prenant la deuxième place du Tour d'Italie (derrière l'Italien Francesco Moser) puis en écrasant les Championnats de France à Plouay. Vêtu du maillot tricolore, il se présente sur le Tour 84 escorté du statut de grand favori avec une équipe redoutable. Renault-Elf est composée de Greg LeMond, le champion du monde américain, les frères Marc et Yvon Madiot, Vincent Barteau, Pascal Jules, Dominique Gaigne, Lucien Didier, Pierre-Henri Menthéour et Pascal Poisson. Une armada qui va briller mille feux. L'équipe Renault-Elf terminera le Tour de France 1984 à la première place du classement par équipes, avec plus de 46 minutes d'avance sur l'équipe Skil.

Fignon doit pourtant faire face à deux sérieux rivaux : l'Irlandais Sean Kelly et Hinault. Le premier a empilé les succès (Paris-Nice, Tour du Pays basque, Tour de Catalogne, Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège), tandis que le second revient avec l'ardent désir de rejoindre Jacques Anquetil et Eddy Merckx avec le record de cinq victoires. Le « Blaireau » signe d'ailleurs son retour en remportant le prologue entre Montreuil et Noisy-le-Sec, le 29 juin. Il retrouve le Maillot Jaune. Pour une courte durée.

Fignon marque encore les esprits lors de la première étape de montagne

Le lendemain, Hinault en est dépossédé au profit du Belge Ludo Peeters. Renault ne va attendre que quelques jours pour prendre le pouvoir. Au lendemain de la victoire de Marc Madiot sur la deuxième étape, la formation tricolore survole le contre-la-montre par équipes de 51 kilomètres entre Louvroil et Valenciennes. Au soir de la cinquième étape, Vincent Barteau s'empare de la tunique de leader. Elle ne va plus quitter les partenaires de Fignon jusqu'aux Champs-Elysées, où l'arrivée est jugée le 22 juillet.

Fignon fait la première fois la différence individuellement sur le contre-la-montre de 67 kilomètres entre Alençon et Le Mans (septième étape). Il reprend alors 49 secondes à Hinault. Le Parisien marque encore les esprits lors de la première étape de montagne. Il place une attaque saignante à quelques kilomètres de l'arrivée à Guzet-Neige où l'Ecossais Robert Millar lève les bras devant le Colombien Luis Herrera et l'Espagnol Pedro Delgado. Septième, le coureur à la crinière blonde accroît son avance de 52 secondes sur Hinault.

Fignon assomme la course à l'Alpe d'Huez et s'offre La Plagne à son palmarès

Après les victoires d'étapes de ses partenaires Pascal Poisson (douzième étape) et Pierre-Henri Menthéour (treizième étape), Fignon fait encore très mal à ses adversaires en l'emportant lors de la seizième étape à La Ruchère dans un contre-la-montre comportant une dernière partie en côte. Le lendemain, sur la première halte alpestre entre Grenoble et l'Alpe d'Huez, Hinault se signale et place des attaques dans le col du Coq et dans la rampe de Laffrey auxquelles répond Fignon. Dans un premier temps distancé par le duo Hinault-Herrera, il va rattraper Hinault, victime d'une défaillance, puis le lâcher. Il finit l'étape deuxième derrière Herrera. Le Français s'empare alors du Maillot Jaune avec 4'22 d'avance sur Barteau et 5'41 de Hinault. Il assomme le Tour et va remettre ça le lendemain.

Cyrille Guimard : "Laurent Fignon, il fait partie des personnages qui ne sont pas nés sous une bonne étoile"

Insolent de facilité, le coureur de Renault-Elf, qui décédera en 2010 à l'âge de 50 ans, s'impose à La Plagne avec 1'04 sur le Suisse Jean-Marie Grezet, malgré une attaque tentée par Hinault avant le dernier col. Il est finalement repris par le groupe du maillot jaune, et Laurent Fignon place une accélération dans la montée vers La Plagne. Il arrive en solitaire au sommet, Hinault arrive lui avec 3 minutes de retard sur le vainqueur. Le Blaireau pointe à 8'39 au classement général. Fignon est sur la voie royale mais il ne réduit pourtant pas le rythme. Après une étape avec de nombreux cols répertoriés entre La Plagne et Morzine, où les favoris se neutralisent (succès d'Arroyo), il passe encore la ligne devant tout le monde au sommet de Crans-Montana en Suisse à l'occasion de la vingtième étape.

Un panache admirable sur les Champs-Elysées pour faire gagner son pote Pascal Jules

Fignon s'adjugera une cinquième et dernière victoire d'étape sur le contre-la-montre individuel entre Villié-Morgon et Villefranche-en-Beaujolais. Hinault perd encore 36 secondes, LeMond termine quatrième à 41''. Sur les Champs-Elysées, le dernier jour, il affiche encore un panache admirable. Dans la dernière ligne droite après la place de la Concorde, il se montre altruiste et essaie d'emmener son pote Pascal Jules vers la victoire sur la plus belle avenue du monde. Mais Jules tombe sur plus fort que lui, le sprinter champion de Belgique Eric Vanderaerden.

Légendes du Maillot Jaune - Laurent Fignon par Cyrille Guimard 

Entouré de Laurent Fabius, le Premier ministre, Fignon reçoit son dernier Maillot Jaune des mains de Jacques Chirac, maire de Paris. Nanti de ses petites lunettes rondes, il lève les bras en vainqueur pour la deuxième année de suite. A 24 ans, il a de quoi être fier. Il a relégué Hinault à 10''32. Premier Américain à figurer sur le podium d'un Tour, LeMond pointe à 11'46. Fignon recevra ensuite un télégramme de félicitations du président de la République François Mitterrand.

Des aveux de dopage à la mort suite à sa maladie, les derniers jours du mari de Valérie Fignon

Même s'il n'aimait pas en parler, Laurent Fignon a avoué s'être dopé au cours de sa carrière. Il a notamment été contrôlé deux fois positifs aux amphétamines, en 1987 puis en 1989. Cependant, à chaque fois, aucune suspension n'a été stipulé à son égard. A l'entendre, c'était de coutume de toute façon à l'époque. Comme il l'indique dans son livre : "Acceptons une chose simple: dopé ou non, un grand champion en forme était imbattable. Dopé ou non, un coureur moyen ne pouvait pas battre un grand champion. C'était la loi du cyclisme. Et c'était ça la réalité du dopage de cette époque".
Daniel Mangeas : "Le Tour 1989, Fignon-LeMond, c'était une atmosphère bizarre" 

Malheureusement, en 2009, il annonce publiquement qu'il souffre d'un cancer des voies digestives. Il est possible que cela puisse être lié aux prises d'amphétamines et de cortisone dont il a reconnu avoir fait usage. Personnellement, Laurent Fignon blâmait plus son manque d'hygiène alimentaire que le dopage. Il disait vouloir se battre contre le cancer, comme ce qu'il a toujours fait sur un vélo. Cette fois-ci, il ne gagnera pas. Laurent Fignon s'est éteint le 31 août 2010 des suites de son cancer. Celui qui a passé les dernières années de sa vie à commenter le Tour de France laisse derrière lui de nombreux souvenirs, notamment celui d'un coureur privilégiant l'attaque et le panache.

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