Mondial 2007 : France - All Blacks, le nouveau cauchemar néo-zélandais

Mondial 2007 : France - All Blacks, le nouveau cauchemar néo-zélandais©Media365

Thomas Siniecki, Media365 : publié le mardi 26 octobre 2021 à 21h34

Pour la deuxième fois en huit ans, le XV de France met à terre les Blacks en phase finale de Coupe du monde (18-20), à Cardiff à l'occasion des quarts de finale de l'édition 2007. Replongeons dans un match absolument inoubliable.



L'histoire du mythique France - All Blacks de 2007, dès le départ, partait sur des bases un peu folles. Alors que la Coupe du monde était organisée dans l'Hexagone, les Bleus ont trouvé le moyen d'aller jouer ce quart de finale à... Cardiff, un des seuls matchs concernés par cette ineptie du calendrier. Le tout à cause de leur défaite en ouverture face à l'Argentine (12-17)... Tellement français, diront certains. Les supporters néo-zélandais seront même trois fois plus nombreux, environ 20 000 contre 7 000. L'affrontement démarre déjà en coulisses, avec un désaccord concernant les couleurs des maillots : les Bleus ont bien le droit de jouer en bleu, mais les Blacks ne veulent pas évoluer à nouveau en gris, comme lors de leur sortie précédente contre l'Ecosse où il était difficile de les distinguer.

Au final, ce sont bien dans ces deux tons que les deux formations vont se retrouver, huit ans après le monument de Twickenham en demi-finales (43-31). Bernard Laporte décide d'aligner Damien Traille à l'arrière, alors qu'il n'est pas habitué à ce poste, afin d'espérer bénéficier de son long et puissant jeu au pied. L'idée est à peu près la même pour Lionel Beauxis, seulement 21 ans et lancé dans le grand bain à l'ouverture. Les deux pays rivalisent de présence officielle en tribune, puisque le président Nicolas Sarkozy et son Premier ministre François Fillon côtoient Helen Clark, la Premier ministre de Nouvelle-Zélande. Le haka, d'entrée, est mémorable pour le regard complètement habité de Sébastien Chabal, certes remplaçant mais qui semble vouloir littéralement dévorer ses adversaires.

Poux : "Ils multipliaient les mauvais choix. Ils ne savaient pas quoi faire"

Le pilier Jean-Baptiste Poux, en 2017, était revenu sur l'événement pour célébrer les dix ans de cette victoire pas comme les autres (pour Midi olympique) : "Je me suis rendu compte que la façon dont nous avions répondu au haka avait beaucoup compté. Nous nous sommes avancés vers eux avec un tee-shirt bleu, blanc ou rouge, ça a imposé quelque chose." La première période tourne néanmoins, comme attendu, à l'avantage des Blacks, inévitables favoris. Après l'essai de Luke McAlister, les Néo-Zélandais mènent 13-3 à la pause. C'est le retour des vestiaires qui, comme en 1999, enclenche un des plus grands moments de l'histoire du rugby français : à la 53eme minute, Thierry Dusautoir marque à son tour et les Bleus reviennent à hauteur (13-13).

Un essai à 17 passes qui "a servi de déclic", selon Poux : "Après, je me souviens des All Blacks se mettant à douter, c'était très net. Ils multipliaient les mauvais choix, jusqu'à ces séquences finales où ils ne tentent pas le drop. Ils ne savaient pas quoi faire." Rodney So'oialo aplatit une deuxième fois, mais les Néo-Zélandais, à la 63eme minute, ne prennent que cinq points d'avance (18-13). Arrive alors l'action de la 68eme, qui fait basculer ce match au rang de mythe : Frédéric Michalak perce ballon en main, Traille finit par délivrer à Yannick Jauzion qui s'en va marquer, en dépit d'un léger en-avant qui déchaîne encore les passions. Jean-Baptiste Elissalde transforme, ce qui fait toute la différence avec l'essai précédent des All Blacks, qui refusent effectivement d'essayer ce drop qui les ferait repasser devant. Score final : 20-18 pour l'équipe de France.


L'euphorie est totale et logique dans les rangs des Bleus, auteurs surtout d'une incroyable performance défensive : seulement 27% de possession de balle, mais un total de 197 plaquages (contre 47 pour la Nouvelle-Zélande) dont 38 pour le seul Dusautoir ! "Ce match restera très longtemps au fond de moi", déguste le capitaine Raphaël Ibanez. Graham Henry, le sélectionneur des Blacks, est beau joueur malgré la première élimination de son pays avant les demi-finales d'une Coupe du monde : "Les meilleurs ont gagné. Ils ont joué avec flamme et passion." Etrangement, c'est avec un peu plus de recul qu'il se montrera plus véhément, évoquant même la possibilité d'un match truqué comme seule explication, au vu de la mansuétude de l'arbitre sur le fameux en-avant de Traille.

"J'ai été impliqué dans 140 tests, j'ai entraîné 20 ans au niveau provincial ou supérieur, douze ans au niveau international, et je n'avais jamais vécu un match pareil", maudissait ainsi l'entraîneur néo-zélandais, qui prendra sa revanche quatre ans plus tard en finale à domicile (8-7). Du côté des Bleus, une défaite face à l'Angleterre viendra anéantir cet exploit une semaine plus tard en demies, malgré le retour au Stade de France (9-14). Plus français que jamais, peut-être, avec cette idée du panache poussée au maximum, mais sans confirmation derrière... Depuis, en plus de 2011, le XV de France a subi une humiliante déculottée en quarts de finale de l'édition 2015 (62-13). Souhaitons que les prochaines retrouvailles, pour le match d'ouverture tant attendu en 2023 (premier match de Coupe du monde en France entre les deux équipes), convoque plutôt les souvenirs de 2007.

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