JO 1992 : Grospiron, le premier boss des bosses

JO 1992 : Grospiron, le premier boss des bosses©Panoramic, Media365
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Emmanuel LANGELLIER : publié le vendredi 29 mai 2020 à 14h01

Lors des Jeux Olympiques d'Albertville en 1992, Edgar Grospiron s'était illustré en devenant le premier champion olympique de bosses de l'histoire. Le Français au tempérament flamboyant et aux formules fleuries avait réussi à populariser le ski acrobatique en France.



« C'est simple. Pour être en forme, il faut alterner vin blanc et vin rouge. Une semaine chacun ! » Voici la méthode d'Edgar Grospiron, révélée en 1992 par le Français lui-même, à peine sacré champion olympique de ski acrobatique aux Jeux d'Albertville. Une recette audacieuse, n'est-ce pas ? Intrépide et culotée à l'image du facétieux skieur, dépeint comme un « petit branleur prétentieux » par un journaliste de L'Equipe, qui avait marqué ces JO disputés dans l'Hexagone et s'était fait apprécier par le public à coups de formules détonantes.

Abonné aux bons mots, le Français à la grande gueule et au sourire ravageur n'était pas le dernier pour plaisanter et lancer à la cantonade ses formules choc. Comme le matin même de ce 13 février 1992 lorsqu'il balance : « Un vrai temps de merde ! Quelle belle journée pour devenir champion olympique ! » Détaché mais en même temps tellement dans son « truc », Grospiron avait prédit le résultats et son sacre trois ans auparavant. Il serait le premier champion olympique de bosses de l'histoire. « Certains me trouvaient arrogant... Pour moi, j'étais juste audacieux ! Et c'est mieux quand c'est toi qui mets la pression », se souvient-il.

Edgar Grospiron réussit l'exploit de passionner le grand public pour son sport, le ski de bosse

Il était persuadé qu'il allait terminer sur la plus haute marche du podium. De solides arguments penchaient en sa faveur, il faut dire. Il était alors double champion du monde des bosses en ski acrobatique, discipline dans laquelle il avait fait la loi en 1989 et 1991. Lors des Jeux Olympiques 1988 à Calgary, il avait pris la médaille de bronze alors que sa spécialité n'était encore qu'un sport de démonstration. A Albertville, Edgar Grospiron allait triompher, c'est sûr et régner sur l'Olympe.

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Quand s'ouvrent ces JO 1992, le ski acrobatique ne soulève que les initiés. Grospiron va réussir l'exploit de passionner le grand public pour un sport qui consiste à dévaler une pente constituée de bosses d'un mètre de hauteur et larges de quarante centimètres, et à effectuer des sauts en empruntant deux tremplins. En quinze jours, la France va quasiment maitriser l'art (théorique) de la discipline. Tout cela grâce à celui né en mars 1969. Sacré Edgar !

Edgar Grospiron ne tient plus en place et soudain s'envole !

Dans la nuit du 12 au 13 février 1992, le skieur visualise tout en couleurs. Enthousiasmé par la médaille d'argent glanée la veille en descente par Franck Piccard, Grospiron rêve de consécration. Dans ses songes, il se voit paré d'or au terme d'une course parfaite. La breloque suprême ne peut lui échapper. Le résultat ne peut être autre. Archi favori et surmotivé, il perçoit toute la confiance placée en lui par les supporters surexcités qu'il croise au moment de prendre la direction su stade de bosses de Lognan. « Ça m'a boosté, la sensation unique de savoir qu'ils m'attendaient et que j'allais leur donner de l'émotion, dira-t-il. Oh oui, j'allais faire le show ! »

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Pourtant, côté météo, l'incertitude domine et gagne du terrain. La neige tombe, tombe, tombe. Et les chutes de neige vont, en plus, s'intensifier. Les organisateurs s'interrogent. Jean-Claude Killy se demande s'il ne serait pas plus sage de reporter au lendemain. Tandis que le temps s'éternise, quinze mètres de visibilité devraient suffire, souffle Grospiron qui ne tient plus en place et soudain s'envole ! Il enjambe les filets de sécurité après avoir lâché ses skis et se jette dans les bras de ses fans. Et voilà que je te serre les pognes, et voici que je t'embrasse. Du Grospiron tout craché ! « On va tous les niquer ! », s'écrie-t-il avec ses aficionados.

Grospiron signe une super production de 31 secondes aux JO d'Albertville

Alors que l'épreuve est finalement maintenue, le Français est serein. Inébranlable. « Ça m'a libéré, toute l'émotion est sortie, rien ne pouvait plus m'arriver ! » Et effectivement... Edgar le gaillard s'élance le dernier. Son pote Olivier Allamand est parti juste avant lui. « A tout de suite ! On se retrouve sur le podium ! », lui a lancé Grospiron à travers un échange de clins d'œil complices. Puis, son compatriote a pris la tête du concours avec 27,87 points. Un coup de pression ? Que nenni...

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Grospiron signe une super production de 31 secondes. En état de grâce, le natif de Saint-Julien-en-Genevois, en Haute-Savoie, brille de mille feux devant les 20 000 spectateurs massés autour de la piste. Vêtu d'un pull improbable et de genoux qui font de l'œil aux juges, Grospiron cartonne. Ses courbes sont parfaites, ses sauts divins. Malgré les flocons aussi gros que des pièces de cinq francs, le jeune homme de 22 ans, qui signe le temps le plus rapide et obtient les deux meilleures notes pour ses sauts, savoure.

« J'étais en mission et j'ai fait ce que j'avais à faire », déclare-t-il après sa consécration internationale

Porté en triomphe après ce résultat, le charismatique champion tricolore rafle la toute première médaille d'or des bosses en ski acrobatique. « Quand tu franchis la ligne d'arrivée, tu es soulagé. C'est comme si tu étais défoncé. Tu es sur un nuage, dira-t-il ensuite. J'étais en mission et j'ai fait ce que j'avais à faire. » La mission menée à bien, on imagine que les festivités consécutives à son sacre avaient été à la hauteur du personnage qui aura su populariser son sport dans l'Hexagone. Sacré Edgar.

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