JO 1984 : L'improbable épopée olympique des Bleus

JO 1984 : L'improbable épopée olympique des Bleus©Media365
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Thomas Siniecki, Media365 : publié le mardi 27 juillet 2021 à 20h30

L'équipe de France peut se qualifier pour les quarts de finale des Jeux mercredi, si elle s'impose face au Japon (à coup sûr si elle l'emporte avec deux buts d'écart). En souvenir de la médaille d'or de 1984, à Los Angeles.



Quand les Bleus débarquent à Los Angeles, il s'agit des onzièmes Jeux dans l'histoire de l'équipe de France. Mais il a déjà fallu s'extirper d'un premier groupe de qualification, devant la Belgique et l'Espagne, avant de sortir la RFA dans un barrage au couteau : 1-1 à l'aller, avec déjà un but de Xuereb, puis une victoire 1-0 à Bochum au retour, grâce à Guy Lacombe à l'entame du dernier quart d'heure. Aux Etats-Unis, c'est encore la phase de groupes qui s'avèrera paradoxalement bien plus compliquée que celle à élimination directe. D'abord avec ce premier match nul particulièrement inattendu contre le Qatar (2-2), puis une victoire contre la Norvège (2-1) avec un doublé de François Brisson, et enfin un nouveau nul devant le Chili (1-1).

"On passe le premier tour par le trou de la serrure", reconnaît d'ailleurs William Ayache, récemment contacté par Ouest-France pour se remémorer cette aventure. "On était un peu l'équipe B, on n'avait jamais rien gagné, se rappelle le latéral gauche nantais. Automatiquement, on ne voulait pas être ridicules et on voulait aller loin. Je crois que ça nous a mis une pression supplémentaire." Les Bleus de Michel Platini viennent en effet de remporter l'Euro 1984 en France, à la fin du mois de juin, accrochant ainsi un premier titre au palmarès du football national. Début août, c'est une toute autre atmosphère qui escorte les pas des joueurs de Henri Michel, qui disputent le premier tour loin de la Californie. Bien loin, même.

Ayache : "Voir la finale du 100 m de Carl Lewis..."

Ainsi, la phase de poules se déroule à l'autre bout du pays, à Boston sur la côte Est. Ainsi qu'à Annapolis, ville jouxtant Washington : "C'était un port, certains discutaient avec les pêcheurs du coin pour parler de leur travail, se remémore à son tour Guy Lacombe. On voulait absolument se qualifier pour aller à Los Angeles, ça a été une des forces de notre groupe." Mission finalement accomplie, donc. Le règlement de l'époque n'oblige pas encore à aligner (presque) exclusivement des jeunes, et on retrouve effectivement une sorte d'équipe de France A'. Albert Rust en est le gardien, Dominique Bijotat et Philippe Jeannol sont derrière Jean-Claude Lemoult. Devant, Guy Lacombe, Daniel Xuereb ou François Brisson sont donc associés. José Touré, lui, est remplaçant.

L'ivresse du village olympique donne des ailes aux joueurs de Henri Michel, qui prendra ensuite la succession de Michel Hidalgo dans la foulée de cette aventure. Ayache en a encore des étoiles plein les yeux : "Voir la finale du 100 m de Carl Lewis, imaginez-vous... J'étais placé devant la ligne d'arrivée." "On est allés voir les épreuves de basket, de natation, on faisait ce qu'on voulait par groupe, le coach ne nous obligeait à rien", précise Guy Lacombe. Après un succès 2-0 contre l'Egypte en quarts de finale, sur un doublé de l'inévitable Xuereb, les Français enchaînent face à la Yougoslavie (4-2 en prolongation) et enfin le Brésil (2-0), devant plus de 100 000 spectateurs au Rose Bowl de Pasadena - qui accueillera dix ans plus tard la finale de la Coupe du Monde entre le Brésil et l'Italie.


François Brisson ouvre le score à la 55eme minute, Xuereb enfonce le clou dès l'heure de jeu et termine meilleur buteur du tournoi avec cinq réalisations. Un certain Dunga est déjà au coeur du jeu de la Seleçao. "Il s'occupait de moi car j'avais été pas mal en demies", rappelait récemment Guy Lacombe à l'AFP, dans une autre session souvenir : "Oui, ça n'est pas la Coupe du Monde. Mais c'est quand même la plus grande compétition sportive au monde. Champion olympique... Quand on se retourne sur son passé, c'est quelque chose." A chaud, Henri Michel savoure : "Je remercie les joueurs de m'avoir permis de vivre un moment exceptionnel, ainsi qu'une aventure exceptionnelle depuis deux ans. Ils ont gagné douze matchs, je ne pouvais pas rêver meilleur groupe."

L'anonymat relatif n'était pas feint, comme le confirme Dominique Bijotat : "On est revenus, il n'y a pas eu de tralala et on a repris le championnat quatre jours après. L'impact s'est construit avec le temps et l'environnement. On entamait des carrières, mais on était champions olympiques." L'atmosphère autour du football aux Jeux Olympiques n'a donc finalement pas tant changé. Si le retentissement serait peut-être supérieur pour André-Pierre Gignac, Florian Thauvin et Téji Savanier, les trois joueurs confirmés de plus de 23 ans appelés à Tokyo par Sylvain Ripoll, tous leurs jeunes camarades ne seraient pas forcément portés au pinacle en cas de médaille d'or. A eux de se souvenir du difficile début de parcours de leurs glorieux aînés.

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