Jeux paralympiques 2018 : Le nouveau carré d'or de Bochet

Jeux paralympiques 2018 : Le nouveau carré d'or de Bochet©Media365

Thomas Siniecki, Media365 : publié le vendredi 17 décembre 2021 à 22h00

Née sans avant-bras gauche, Marie Bochet est une bête de compétition. A Pyeongchang, il y a un peu moins de quatre ans, la Française réussissait pour la deuxième fois de suite à décrocher quatre titres paralympiques.


Descente

Dès le lendemain de la cérémonie d'ouverture à Pyeongchang, où Marie Bochet était porte-drapeau de l'équipe de France, la quadruple championne paralympique en titre démarre sa deuxième moisson en quatre ans avec la descente. "Le plus gros enjeu, c'était de montrer que je pouvais être présente dans la foulée de la cérémonie. Il y avait beaucoup de pression. C'est important de bien entrer dans ses Jeux, de faire une bonne première course. J'avais besoin de me libérer et c'était un soulagement, une belle entame qui annonçait de belles choses."

A 24 ans, Bochet met immédiatement les pendules à l'heure en terminant avec plus de deux secondes d'avance sur sa plus proche poursuivante. "Mes derniers entraînements n'avaient pas été parfaits, j'ai surtout pensé à arriver en bas, indique-t-elle à L'Equipe, confirmant ainsi encore son immense stress. Pour les prochaines courses, je prendrai plus de risques. La cérémonie terminée, la nature a repris ses droits et je suis redevenue ce que je n'ai jamais cessé d'être : une compétitrice. Aux Jeux, une victoire n'en appelle pas toujours une autre, mais je me sens en confiance." Pas toujours, mais parfois oui. Quand on s'appelle Bochet, par exemple.

Super-G

Dès le dimanche, c'est l'heure de la deuxième médaille d'or pour la skieuse savoyarde. Celle-ci est beaucoup moins écrasante, puisque Bochet ne l'emporte qu'avec 27 centièmes d'avance. Elle juge sa course "un peu trop confortable", pensant plutôt aux prochaines échéances qu'à la joie de ce nouveau titre. "Je suis toujours très sévère avec moi-même. Mon objectif, pour ces Jeux de Pyeongchang, était de produire mon meilleur ski tout en me faisant plaisir. Pour le moment, il n'est pas atteint, malgré mes deux victoires. L'écart était très réduit, j'ai vraiment eu peur."

Comme à Sotchi quatre ans plus tôt, Bochet ne réussira pas le quintuplé à cause d'une chute lors de sa troisième épreuve : le lundi, elle manque ainsi une porte lors d'un autre super-G, celui du super-combiné. "Je suis frustrée, il va falloir se remobiliser. Je suis un peu effondrée. Je suis contente d'avoir posé mon ski, ça me rassure un peu pour le géant. Cette frustration ne sera que bénéfique pour la suite. Rien n'est jamais gagné, c'est aussi la beauté du sport." Encore obnubilée par sa technique, qui lui permet de dompter ses émotions positives comme négatives, la championne sait exactement où elle en est. Et l'avenir très proche va lui donner largement raison.

Géant

Le parcours de la combattante se poursuit le mercredi, toujours sans aucun jour de repos. Sans doute une bonne chose pour Bochet, qui peut immédiatement effacer le souvenir douloureux de son super-combiné de la veille. Presque sans surprise, la Française réussit une véritable démonstration en reléguant sa dauphine à plus de quatre secondes ! Un peu anxieuse à l'occasion de la première manche, elle en profite pour assurer le coup et se mettre en condition de lâcher totalement les chevaux lors de la deuxième.

Après sa course, elle révèle une petite tentative de déstabilisation : "L'Allemande, qui ne vient jamais me parler, est venue me voir entre les deux manches, ça m'a un peu énervé... Elle m'a dit de faire attention. Je n'ai pas pensé à lui répondre que je lui avais laissé sa chance la veille, et qu'elle ne l'avait pas saisie." Ne jamais aller titiller Bochet, surtout lorsqu'elle a le couteau entre les dents... "Ce n'est pas une demi-médaille, elle est belle. Je suis contente d'avoir su réagir." Place au slalom pour terminer, avec un décalage de l'épreuve du jeudi au dimanche. D'un seul coup, enfin trois jours de repos ! Presque déstabilisant...


Slalom

Le slalom est très particulier et important pour Bochet, puisque c'est la seule épreuve qu'elle n'avait pas gagné quatre ans plus tôt en Russie. "Au fond, c'est la médaille que j'allais vraiment chercher. Il y avait tellement d'ambition que c'était vraiment difficile. J'étais tellement seule, je suis partie en toute première et je termine en toute dernière... Je suis tout le temps en équipe, et là j'étais seule, malgré mon staff." L'ultime titre sonne alors, plus que jamais, comme un véritable "soulagement" : "J'en ai encore des frissons."

Cette course "représentait énormément de choses, et je termine de la plus belle des manières". Elle place encore la deuxième à plus de quatre secondes ! C'est l'accomplissement de sa carrière, même si elle réussira encore une nouvelle rafle moins d'un an plus tard aux Mondiaux handisport. "C'est plus difficile de rester au sommet que d'y aller", répète-t-elle. Bochet est la plus grande athlète paralympique hivernale française de tous les temps, avec ces huit médailles d'or. A Pékin, son défi sera immense. Pourquoi pas, cette fois, réussir à enchaîner les cinq titres ? Quoi qu'il arrive, il faudra sans doute attendre longtemps pour qu'un(e) autre athlète bleu(e) vienne la détrôner.

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