Jeux Olympiques 1956 : L'exploit d'Alain Mimoun

Jeux Olympiques 1956 : L'exploit d'Alain Mimoun©Panoramic, Media365
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Emmanuel LANGELLIER : publié le mardi 05 mai 2020 à 15h02

L'athlète français Alain Mimoun avait forgé sa légende en s'adjugeant le marathon des Jeux Olympiques de Melbourne en 1956. Devancé trois fois auparavant par Emil Zatopek, le coureur d'origine algérienne au dossard numéro 13 avait enfin triomphé dans la touffeur de l'été australien.



Il a toujours cru en sa bonne étoile. Le numéro 13 ne lui avait donc posé aucun souci. Comme son âge avancé. Loin d'être placé dans les favoris malgré son épais palmarès, Alain Mimoun avait écrit à 35 ans une des plus belles pages du sport français en 1956 lorsqu'il avait remporté le marathon des Jeux Olympiques de Melbourne. Quel exploit avait réalisé l'athlète français né en Algérie française un 1er janvier, celui de 1921 !

En France, Mimoun avait tout raflé avant les JO australiens. Dès 1947, il décrochait à 26 ans ses premiers titres de champion de France sur les 5000 et 10 000 mètres. Des sacres qui avaient fait plein de petits : succès sur 5 000 en 1949, 1951, 1952, 1953, 1954, 1955 et 1956 (record), victoires sur 10 000 en 1947, 1949, 1950, 1951, 1952, 1953, 1954, 1955 et 1956. Sans oublier que le natif de Maïder était également à l'aise en cross-country (titres en 1950, 1951, 1952, 1954, 1956). En 1956, Mimoun détenait conjointement huit records de France sur les 2 miles, 3 miles, 5 000 m, 6 miles, 10 000 m, 15 000 m, 20 km et de l'heure.

Un entrainement chez lui pour ce marathon sur lequel il souhaite seulement « aller jusqu'au bout »

Une flopée de couronnements mais aucun aux JO... Mimoun, disparu le 27 juin 2013 à 92 ans, avait en effet le « malheur » d'être tombé dans la même période qu'Emil Zatopek, la « locomotive tchèque », grand rival devenu son ami. Un ami qui ne lui voulait pas forcément du bien puisqu'il l'avait devancé trois fois. Sur le 10 000 m des JO de Londres en 1948, sur les 5000 et 10 000 mètres des Jeux d'Helsinki en 1952. Également précédé sur les deux distances aux Championnats d'Europe 1950, Mimoun s'était donc contenté de trois médailles d'argent.

Pour la presse de l'Hexagone, Alain Mimoun, qui s'était préparé chez lui sur les routes de Bugeat en Corrèze, allait encore faire chou blanc à Melbourne. D'autant qu'il disputait alors son premier marathon. « Vous savez, je ne promets rien. Je ferai seulement mon possible pour aller jusqu'au bout », avait-il lancé avant l'épreuve après une 12eme place au 10 000 m. Mais le Français croyait aux signes. Il était persuadé de gagner. Sa fille, qu'il avait prénommée Olympe, était née la veille. Il portait le dossard numéro 13. La course débutait à 15h13. Et, en ce 1er décembre 1956, la victoire devait revenir aux Français, déjà lauréats en 1900 et 1928, selon un simple calcul mathématique (1928 + 28 = 1956).

Une jeune fille ramassait son mouchoir et le boostait pour rejoindre le stade olympique

Dans la fournaise de l'été australien (36 degrés à l'ombre), ils étaient treize en tête de la course après 15 kilomètres. Puis cinq après 20 bornes. Très affuté, Mimoun s'échappait alors avec l'Américain John J. Kelley. Un concurrent qu'il appréciait et qu'il lâchait quelques minutes plus tard. Le Français faisait la course en tête, à son rythme, profitant du tracé du parcours pour évaluer l'allure de ses adversaires, qu'il croisait après avoir passé le piquet marquant la moitié du parcours.

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Après avoir chambré deux Soviétiques, exténués et incapables de répondre à son petit signe, Mimoun voyait aussi Zatopek en difficulté. Le Tchèque n'avait pas sa foulée des grands jours. Le Français comprenait que son ami ne gagnerait pas cette fois. C'était la voie royale. Aux avant-postes, Mimoun avait pourtant du mal lui aussi dans le dernier quart. Sa foulée se raccourcissait, le mouchoir blanc protégeant sa tête du soleil l'agaçait et il le jetait. Mais une jeune fille le ramassait en lui lançant : « Very good ! Very good ! » Ce qui le boostait. A la vue du mât du stade olympique, à plus de trois kilomètres de l'arrivée, Mimoun accélérait.

Félicité par Emil Zatopek et porté en triomphe à Orly

L'athlète tricolore, qui s'était initié à la course dans les tirailleurs algériens et avait failli perdre une jambe pendant la bataille du Monte Cassino en 1944, entrait dans le Melbourne Cricket Ground à 17h37, encouragé par les 120 000 spectateurs déchaînés, et franchissait la ligne finale en premier. Après deux heures et vingt-cinq minutes d'effort, le caporal-chef Mimoun devenait Champion olympique devant le Yougoslave Franjo Mihalic et le Finlandais Veikko Karvonen.

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Opéré un mois plus tôt d'une hernie, Zatopek était loin du compte. Sixième, il pensait que Mihalic avait gagné. « Tu ne me félicites pas Emil ? », lui lançait Mimoun en lui annonçant aussi l'excellente nouvelle. L'athlète tchèque se mettait alors au garde à vous et retirait sa caquette. « Alain, je suis heureux pour toi », s'enthousiasmait-il avant d'enlacer son copain médaillé d'or. Accueilli en héros national plus tard à l'aéroport d'Orly, Alain Mimoun était porté en triomphe. Le journal L'Equipe, qui l'avait déjà désigné Champion des Champions français en 1949, lui décernait à nouveau cet honneur en décembre 1956.

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