Coupe d'Europe 1993 : Le CSP Limoges à jamais le premier

Coupe d'Europe 1993 : Le CSP Limoges à jamais le premier©Panoramic, Media365
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Emmanuel LANGELLIER : publié le mardi 12 mai 2020 à 13h32

Le 15 avril 1993, le CSP Limoges devenait le premier club français à décrocher un titre de Champion d'Europe tous sports confondus. L'équipe de basket, emmenée par Richard Dacoury, Frédéric Forte (notre photo), Jim Bilba, Jurij Zdvoc et Michael Young, vivait une magnifique épopée conclue face au Benetton Trévise de Toni Kukoc (59-55).



Les plus nostalgiques éprouveront toujours un sentiment extrêmement ému en se souvenant de ce très grand moment. D'abord parce que c'était une grande première pour le sport français. Puis, parce que depuis cette émotion exceptionnelle, Frédéric Forte, l'un des principaux acteurs de cette page d'histoire, devenu en 2004 président du club limougeaud, s'en est allé. Terrassé brutalement par une crise cardiaque à 47 ans, le 31 décembre 2017.

Le 15 avril 1993, le CSP Limoges décrochait la lune en devenant le premier club français à remporter un titre de Champion d'Europe tous sports confondus. Probablement plus médiatiques, les footballeurs de l'Olympique de Marseille allaient imiter les basketteurs plus d'un mois plus tard en dominant l'AC Milan, mais le premier lauréat tricolore d'un titre européen majeur, c'est bien Limoges !

Qualif au match d'appui en quarts contre l'Olympiakos puis victoire sur le Real Madrid !

Ancêtre de l'Euroleague, la Coupe d'Europe des clubs champions s'était achevée en apothéose par deux matchs de haute volée accomplis par les Haut-Viennois contre le Real Madrid et le Benetton Trévise. Auparavant, les Limougeauds avaient dominé les Guildford Kings (72-72, 71-57) au 2eme tour puis pris la deuxième place du Groupe A avec sept victoires pour cinq revers devant Pesaro, le Virtus Bologne, Joventut Badalona, le Cibona Zagreb et le Maccabi Tel Aviv. Seulement devancé par le PAOK Salonique, le CSP avait arraché sa place pour le dernier carré aux dépens de l'Olympiakos au match d'appui en quarts, après avoir flanché lors de la première rencontre (67-70, 59-53, 60-58).

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Qualifiés pour le Final Four au Pirée, le club français signait déjà un exploit d'envergure. Il se situait ensuite au pied d'une sacrée montagne. Car, il fallait se coltiner le grand Real Madrid emmené par le géant lituanien Arvydas Sabonis (2,22 m) qui avait éconduit ses adversaires avec une moyenne de plus de 80 points inscrits par rencontre avant de dominer le Virtus Bologne en quarts (76-56, 79-58). Le 13 avril 1993, tandis que François Mitterrand abordait les deux dernières années de son ultime septennat à l'Elysée, le Limoges CSP asphyxiait pourtant le favori au titre final. Les hommes de Bozidar Maljkovic détruisaient l'institution espagnole en lui collant un écart de dix points (62-52) !

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Et voilà donc les Richard Dacoury, Michael Young, Frédéric Forte, Jim Bilba, Jurij Zdvoc, Willie Redden, Franck Butter, Jimmy Verove, Marc M'Bahia, Christophe Botton et Jean-Marc Dupraz en finale de la plus belle des épreuves continentales. Le jeu très défensif prôné par leur entraîneur serbe allait alors se retrouver à l'épreuve du Benetton Trévise, tombeur du PAOK (79-77) et dirigé par le meilleur élément européen de l'époque, Toni Kukoc.

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Le système du sorcier Maljkovic, arrivé en cours d'année la saison précédente, anéantissait les attaques adverses mais les choses débutaient bien mal, ce 15 avril 1993. Méconnaissables, les partenaires de Dacoury rejoignaient les vestiaires à la pause en étant menés (22-28). C'était la soupe à la grimace. Sur le parquet athénien, au pied de l'Acropole, les gladiateurs de la Haute-Vienne allaient heureusement réagir. Et la France allait vibrer devant son écran de télévision au son des commentaires enflammés de Patrick Montel ou George Eddy.

Interception décisive de Forte sur Kukoc

Trévise creusait néanmoins l'écart en le portant à +10. Le « Dac », surnom du capitaine Dacoury, restait pourtant confiant à la mi-temps. « Dans les vestiaires, on a réalisé qu'on n'était qu'a six points en jouant un basket faible. On savait que si on voulait, c'était possible. » Et les Limougeauds s'étaient mis en action. Sous l'impulsion de Bilba et Young, ancien de l'université de Houston où il formait un trio de rêve avec Hakeem Olajuwon et Clyde Drexler, Limoges passait devant (44-43). Le duel, serré, commençait alors véritablement devant sept millions de Français tendus devant leur poste TV.

L'équipe française résistait et tenait la dragée haute au Benetton. Après deux lancers francs de « Jim », le CSP menait 57-55 à une poignée de secondes de la sirène. Suspense, suspense ! Kukoc avait la balle en mains et prenait le shoot. La star croate allait encore scorer, c'était évident. Mais Forte délivrait un splendide geste défensif avec sa main gauche ! Peut-être l'interception la plus remarquable de l'histoire du basket tricolore. Le dernier match de la Coupe d'Europe 93 venait de basculer définitivement.

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Un élément italien commettait une faute sur Zdovc. Avec sang-froid, le meneur de la sélection yougoslave vice-championne olympique 1988, championne d'Europe 1989 et championne du monde 1990 ajoutait deux lancers francs supplémentaires. Et inscrivait les deux derniers points. Le CSP Limoges triomphait (59-55) et pénétrait avec une fureur virtuose dans l'histoire du sport français. « On a concrétisé un rêve que personne ne pensait possible. Ce qu'on a fait est magique. Cela n'arrive qu'une fois en mille ans », lâchait Maljkovic. Vingt-sept ans plus tard, Limoges demeure l'unique lauréat français de la plus belle des Coupes européennes.

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