Ballon d'Or : Benzema, européen convaincu

Ballon d'Or : Benzema, européen convaincu©Panoramic, Media365

Thomas Siniecki, Media365 : publié le lundi 17 octobre 2022 à 21h56

Comme attendu depuis plusieurs mois et la fin de la saison dernière, Karim Benzema devient le cinquième Ballon d'Or de l'histoire du football français. C'est clairement la C1 qui permet de couronner l'attaquant du Real Madrid.



Karim Benzema remporte le premier Ballon d'Or français depuis 1998. Mais celui-ci ne fera pas seulement date pour le football tricolore : c'est le premier Ballon d'Or à récompenser une saison et non plus une année civile, ce qui répare une sorte d'anomalie tant on ne comprenait pas en quoi les fins d'année pouvaient réellement influer sur l'ultime sprint... Paradoxalement, le Ballon d'Or 2022 aurait pu revêtir une vraie cohérence avec le maintien du timing originel, la Coupe du monde se disputant au mois de décembre. Ce nouveau processus, quoi qu'il arrive, est une excellente nouvelle pour le palmarès individuel de Benzema. Car même en cas de sacre mondial au Qatar, il sera à nouveau automatiquement un des candidats à sa propre succession dans un an.

A partir du moment où la Coupe du monde devenait donc, de fait, exclue des critères, le sacre de Karim Benzema ne faisait plus aucun doute pour personne depuis le 28 mai. Même si l'attaquant français n'a pas inscrit le but vainqueur, ce match était celui qui devait décider de l'identité du futur Ballon d'Or, entre lui et Sadio Mané - l'Africain étant le seul, cette saison, à avoir pu bénéficier d'une compétition avec sa sélection nationale, leader du Sénégal à qui il a apporté le premier titre continental de son histoire au mois de février. Karim Benzema a aussi terminé champion d'Espagne et meilleur buteur avec 27 réalisations (en 32 matchs), soit dix d'avance sur ses trois plus proches poursuivants Raul De Tomas (Espanyol), Iago Aspas (Celta) et son coéquipier Vinicius Jr.

Deux mois de grâce, du 9 mars au 4 mai

Mais il est évident que le sacre de Karim Benzema porte très essentiellement un seul sceau, celui de la Ligue des champions. Champion d'Europe et meilleur buteur de la compétition avec quinze unités, alors que Robert Lewandowski n'avait tout de même pas placé la barre n'importe où en marquant à treize reprises derrière lui (échouant en quarts de finale avec le Bayern), "KB9" a marqué les esprits lors de cinq matchs consécutifs, et pas n'importe lesquels. Déjà auteur de cinq buts en phase de poules, cette performance est devenue presque anecdotique à côté de ce que l'ancien avant-centre de l'Olympique Lyonnais a réussi ensuite en l'espace de moins de deux mois de grâce, du 9 mars au 4 mai. D'abord lors de Real - PSG, en huitièmes de finale retour.

Battus 1-0 à l'aller au Parc dans le temps additionnel, sur un but exceptionnel de Kylian Mbappé, son coéquipier retrouvé en sélection, les Merengue perdent encore 1-0 chez eux à Bernabéu quand Karim Benzema inscrit un triplé en 17 minutes pour le 3-1 de la qualification (entre la 61eme et la 78eme). La faiblesse presque caricaturale du Paris Saint-Germain dans ces moments-là, certes, est mise en lumière, mais il en fallait un pour être capable d'en profiter à un point aussi élevé. En quarts de finale, rebelote, et plutôt deux fois qu'une : au match aller, sur la pelouse de Chelsea, le capitaine et nouveau symbole du Real enchaîne avec un nouveau triplé (1-3) ; au retour, les Madrilènes tremblent mais s'en sortent, encore et toujours, battus 3-2 en prolongation après un énième but salvateur de Karim Benzema.


La demi-finale face à Manchester City sera le sommet de sa saison. Le match aller est un régal, des deux côtés. Les Citizens gagnent 4-3, le Français marque deux fois dont une panenka inoubliable. Au retour, le scénario presque obligatoire est à nouveau de sortie, celui qui voit le Real au bord du précipice avant de se relever quand plus personne n'y croit. Plus personne, à part les joueurs portés par Karim Benzema. Man City mène 1-0, le Real revient à 1-1 à la 90eme minute grâce à Rodrygo sur une passe de son capitaine, puis le Brésilien arrache la prolongation dans un temps additionnel qui suspend son vol. Inutile de vous rappeler qui transforme le penalty de la qualification à la 95eme minute... Jamais sur le podium du Ballon d'Or lors des éditions précédentes, Karim Benzema fait son entrée par la très grande porte.

Au sommet de son art à 34 ans, il confirme aussi ce que son ancien mentor Cristiano Ronaldo lui a transmis d'une certaine façon : il n'y a plus d'âge. Mieux que ça, même, l'expérience attend désormais le nombre des années et s'en voit récompensée. Dans les esprits des suiveurs, il est encore difficile de ne pas imaginer un joueur sur le déclin à l'approche des 35 ans, qui plus est un attaquant aussi mobile et intégré au jeu que Karim Benzema. Il fait partie de ceux qui confirment ce changement d'époque. Kylian Mbappé et Erling Haaland auront leur temps, sans aucun doute très longtemps - et très vite - mais ils patienteront encore un peu face à ce vieux sage qui n'a jamais paru aussi jeune. C'est le couronnement d'un joueur qui magnifie le football et son collectif depuis de nombreuses saisons, et son côté inéluctable a quelque chose de rassurant.

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