Ballon d'Or 1991 : Papin, l'autre patron de l'OM

Ballon d'Or 1991 : Papin, l'autre patron de l'OM©Panoramic, Media365
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Thomas Siniecki, Media365 : publié le mardi 11 octobre 2022 à 13h29

Nous mettons à l'honneur les quatre Ballons d'Or français, avant la cérémonie 2022 qui en verra peut être un cinquième. Jean-Pierre Papin reste le seul joueur tricolore à avoir soulevé le trophée dans un club du pays.



Si Karim Benzema venait à être sacré Ballon d'Or lundi, le parallèle avec Jean-Pierre Papin serait inévitable : il deviendrait ainsi le deuxième avant-centre français sacré, les trois autres Ballons d'Or tricolores ayant été des milieux offensifs plus ou moins purs (Raymond Kopa jouait aussi ailier, surtout au Real Madrid). Il serait aussi consacré au terme d'une saison sans grande compétition internationale. Hormis Michel Platini, qui a tout fait, Raymond Kopa et Zinedine Zidane ont chacun profité de leur Coupe du monde respective pour être couronnés. Ce ne serait pas le cas pour Karim Benzema cette saison, ça ne l'a pas été non plus pour "JPP" en 1991. Mais le natif de Boulogne-sur-Mer, quelque part, a fait encore plus fort.

En effet, contrairement à l'attaquant du Real (si, encore une fois, il venait à être effectivement récompensé), Jean-Pierre Papin n'a pas été champion d'Europe l'année de son Ballon d'Or. Tous les supporters marseillais, sauf les plus jeunes, s'en souviennent encore et ne l'oublieront jamais vraiment : c'est la saison où l'OM est battu par l'Etoile Rouge aux tirs au but, au terme d'un match frustrant à Bari (0-0 a.p., tab : 5-3). S'il est aussi partie prenante du parcours parfait des Bleus, entraînés par Michel Platini, en éliminatoires de l'Euro 92, c'est donc bien pour ses performances et ses "papinades" sous le maillot de l'Olympique de Marseille que Jean-Pierre Papin va glaner la récompense suprême individuelle.

"Casanova, j'ai passé des heures à lui en mettre plein la tête"

Au coeur de l'équipe européenne dominante, il apparaît notamment en transe lors des deux matchs du quart de finale face à l'AC Milan (1-1 à l'aller à San Siro, 1-0 au retour à Marseille puis forfait des Milanais à la dernière minute, qui ne voulaient pas reprendre après une panne d'éclairage), ce club qu'il rejoindra un an plus tard - pour échouer encore en finale, en 1993, contre l'OM. A cheval sur des saisons à 23 et 27 buts en championnat de France, en 1990-91 puis en 1991-92, Jean-Pierre Papin est salué pour son style, son influence et sa régularité sur toute une année, le propre de ces fameux millésimes impairs. Il dédie son Ballon d'Or à Alain Casanova : "J'ai passé des heures à lui en mettre plein la tête. S'il n'avait pas été là, tous mes buts n'auraient pas eu la même saveur."

Le futur entraîneur de Toulouse était alors le gardien remplaçant de Pascal Olmeta au sein du club phocéen, celui qui en prenait effectivement de tous les côtés dans sa cage pour permettre à "JPP" d'enchaîner ces séances supplémentaires, interminables et inlassables de reprises de volée à l'entraînement, jour après jour... Sacré champion de France et meilleur buteur de D1 pour la quatrième année de suite (il en ajoutera ensuite une cinquième, ainsi qu'un quatrième titre collectif, avant de partir à Milan), le capitaine représente mieux que quiconque cette machine OM du début des années 1990. Celui de son président Bernard Tapie, bien sûr, sorte de père spirituel à qui son histoire est inévitablement liée à force de rabibochages en tout genre.


Jacques Thibert, dans France Football, célèbre le lauréat en décembre 1991 : "Dans un football contemporain frileux et compassé, il est une sorte de survivant, un accélérateur de particules, un briseur de rythmes mous. La balle lui vient, et à chaque fois il se passe quelque chose. Comme si, en un instant, en une action, il jouait sa vie et son rêve. Cette frénésie se traduit par les buts et les victoires que l'on sait. Par l'admiration du public et le respect de tous (...) Les psys diraient que son esprit de compétition 'se fonde sur une mort symbolique', celle de l'adversaire évidemment. 'JPP' serait donc pour eux une sorte de tueur, de primitif, qui ferait 'appel à des fonctions cérébrales archaïques' sans renier, heureusement, la pensée logique de l'homme évolué."

Plébiscité à l'image de Michel Platini, une petite dizaine d'années plus tôt, il termine avec un total de 141 points sur 145 possibles, il relègue à 99 unités ses trois poursuivants Lothar Matthäus, Darko Pancev et Dejan Savicevic. Champion d'Europe avec l'Etoile Rouge, ce dernier ne le prend pas très bien, parlant encore en 2013 de "honte"... Jean-Pierre Papin, sur le moment, répondait déjà à cette prétendue étrangeté : "Quand tu te retournes sur ma carrière, tu t'aperçois que j'ai souvent suivi le chemin inverse des autres..." Une bizarrerie qui n'en était évidemment pas une. "Depuis huit saisons, je ne fais que marquer des buts de plus en plus spectaculaires. Je réussis l'impossible." Sorte de première version de Marco van Basten, "JPP" tapait dans tout ce qui bouge, surtout le ballon, avec un succès insolent.

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